Siga Tandia, silhouette longiligne, bondissante, toujours en mouvement. Siga Tandia, capitaine de l’ASJ Soyaux, mais pas que. Milieue de terrain, mère, femme aux multiples vies, cette admiratrice de Christiane Taubira nous parle de son club, son équipe, et d’elle, aussi.

– Bonjour Siga ! Première question : le foot, une prédestination ?

« Pas vraiment. En fait, je faisais surtout du judo. J’en ai fait pendant 8 ans. Le foot, j’y joue depuis toujours, mais comme ça, c’était un sport de récréation, avec les copines. Mes profs de sport insistaient pour que je joue en club. Mais des clubs de foot féminin, à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup. Puis j’ai déménagé à Tremblay-en-France. C’est là que la compagne d’un des animateurs m’a convaincue de jouer en club. Elle-même était footeuse. Alors j’ai laissé tomber le judo. Tout s’est enchaîné, grâce à des rencontres en fait. Un jour l’entraîneur de l’équipe des garçons m’a dit :‘Vas ailleurs, change d’air, ça te fera du bien. »

–  Et alors ? Ça a été le cas ?

« C’est la meilleure chose qui me soit arrivée. J’ai rejoint le Tours FC en 2005, à l’époque en deuxième division. J’avais 15 ans, j’ai dû très tôt me prendre en main. J’ai rencontré d’autres personnes, très différentes de moi. Ça m’a donné une ouverture d’esprit, j’ai évolué sur mon rapport à l’autre, je suis plus compréhensive. Là où j’habitais, c’était plus fermé. C’est la banlieue parisienne, on était tous un peu semblables. En région, j’ai rencontré des gens complètement différents de moi. Bien sûr, je suis loin de ma famille et elle me manque, surtout qu’elle m’a toujours soutenue dans mes choix de vie. Et avec le foot, on loupe pas mal de choses, d’événements familiaux, puisque les matchs ont lieu le week-end. Mais mes parents et mes cinq sœurs essaient parfois de venir me voir jouer. »

Siga Tandia est arrivée à Soyaux en 2008. La capitaine est une des plus anciennes de l’effectif sojaldicien (crédit photo : Maëlle Fonteneau)

–  Ca fait 10 ans que tu es à Soyaux, pourquoi es-tu restée si fidèle au club ?

« Je me suis tout de suite sentie en confiance ici. C’est un club avec un très fort esprit de famille, ça me permet de jouer au plus haut niveau tout en gardant les pieds sur terre. C’est aussi un club qui a su évoluer. J’ai un contrat fédéral depuis la saison dernière, ce qui signifie maintenant que je peux me consacrer complètement au foot. »

 – Ce n’était pas le cas avant ?

Jusqu’à ce qu’elle signe un contrat fédéral la saison dernière, Siga Tandia travaillait également en tant qu’aide-soignante (crédit photo : Maëlle Fonteneau)

« Avant, j’avais trois vies en une. J’étais aide-soignante, maman, et joueuse de D1. J’ai deux filles de 2 ans et demi, Amy et Nine. Je commençais mes journées à 6h30 chaque matin, ou je finissais tard, il y avait les week-ends de garde… Mes collègues étaient très compréhensifs mais je ratais quand même un certain nombre de matchs. Cette triple vie m’a permis d’être très organisée et rigoureuse. Pour autant, ce n’est que lorsque j’ai pu me consacrer à 100% au foot que j’ai compris que j’étais en surmenage. »

Tu es capitaine de cette équipe de Soyaux, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

« Être capitaine de Soyaux, c’est une fierté. C’est là que je me suis construite, j’ai eu mes enfants, je me suis établie. Je veux maintenir l’équipe au plus haut niveau. J’ai connu la descente en D2 (2009-2010 et 2011-2012), je sais ce que ça signifie. Je me sens une responsabilité vis-à-vis des filles et vis-à-vis du club. Je suis un trait d’union. J’ai une conception ouverte du capitanat. Je pars du principe que la parole doit être libre. Moi j’ai besoin de m’exprimer pour réussir, je pense que c’est la condition pour être bien sur le terrain. Les filles doivent pouvoir s’ouvrir à moi facilement. »

 – Tu portes le numéro 22, pourquoi ?

« (rires) Il fallait choisir un numéro, j’ai pris le jour de naissance de la personne qui partage ma vie. »

Tu es milieue de terrain, comment considères-tu ton poste ?

« Alors je n’ai pas toujours été milieue. J’ai commencé arrière centrale… Milieue, c’est un poste qui demande beaucoup d’abnégation, à répéter sans cesse les courses, faire le relai entre attaque et défense. Bon, de toute façon, moi j’ai besoin de courir (rires). »

–  Comment regardes-tu la deuxième partie de saison ? (entretien réalisé avant la défaite face à Metz, 3-2, le 2 février dernier)

« Il faut gagner. Les cartes sont entre nos mains, on est maîtresses de notre destin. Les matchs à venir sont contre des équipes de notre niveau, c’est un autre championnat qui commence. Il faut tirer les leçons de nos mauvais matchs de la première partie de saison. Le match contre Lille notamment (3 novembre 2018, 9ème journée). On jouait à 11 contre 10. On aurait dû monter en intensité, prendre l’ascendant sur l’adversaire. Mais inconsciemment, on s’est dit ‘On est une de plus, ça va’. Ce match est un contre-exemple. »

Pour la deuxième partie de saison, le message de la capitaine est clair : il faut gagner (crédit photo : FootBelles)

 – Une personne qui t’inspire particulièrement ?

« Christiane Taubira. Elle est tellement éloquente, c’est si important de savoir s’exprimer, d’avoir un message clair. C’est une arme. Cette femme dégage tellement de force et de sérénité. C’est pour moi un exemple. »

–  Penses-tu que Nine ou Amy joueront au foot plus tard ?

« Mes filles sont encore petites. Mais sur les deux, j’aimerais bien qu’il y en ait au moins une qui joue ! »