Dimanche 15 décembre, 14h30 aura lieu un match au sommet en Süper Lig turque. Sivasspor, le leader, accueillera le cinquième au classement, Fenerbahçe. Une occasion unique pour Sivas d’imprimer sa marque sur le football turc?

Sivasspor et son logo. Il y a un air avec l’AS Monaco, non? (Crédit photo : Sivasspor.org.tr)

Le championnat turc connaît désormais le concept de concurrence accrue. En effet, entre le second, Beşiktaş, et le septième au classement, Alanyaspor, seulement un écart de cinq points. Quant au leader, c’est la surprenante équipe de Sivasspor. Un club qui a connu pas mal de péripéties ces dernières années et renaît de ses cendres.

La ville de Sivas, une histoire centenaire

Raconter l’histoire de Sivas, au cœur de l’Anatolie centrale, au carrefour de l’est et l’ouest, de la Mer noire et du sud revient à remonter le temps. En effet, il y a maintenant 100 ans, se tenait un Congrès qui façonnera de manière définitive la future République turque. Le 4 septembre 1919, Mustafa Kemal lancera les jalons d’un pays qui luttait encore pour sa survie.

Sivas est vraiment l’Anatolie dans toute sa splendeur (Crédit photo : Laf Sözlük)

Ce Congrès fut celui de Sivas, une ville choisie à l’époque par le futur Atatürk en raison de sa géographie permettant d’y aller et venir sans éveiller les soupçons. Pour un pays écartelé, sorti vaincu de la Première Guerre Mondiale et envahi de toutes parts, la symbolique visait également à aider à reconnaître la renaissance de l’Anatolie.

Le Congrès de Sivas du 4 septembre 1919. On reconnaît sur la photo Mustafa Kemal, le futur Atatürk (quatrième en partant de la gauche) – (Crédit photo : TRT Haber)

Ces villes traditionnelles ayant été le ferment de la contestation et de la révolte face au potentat d’Istanbul. Un moyen pour Mustafa Kemal de fédérer le pays et lui permettre de recouvrir sa liberté. Le Congrès de Sivas et sa date ont donc dans l’imaginaire collectif du pays une importante considérable. Dans cette optique, cent ans après, un autre symbole a refait surface à travers le football.

La renaissance de Sivasspor

Si le nom de Sivasspor n’est pas tellement connu par les suiveurs du football turc, cela risque de changer prochainement. Cette saison, le leader incontesté du championnat local après 14 journées affole les statistiques. Cinq victoires d’affilées sur les cinq dernières journées, 30 points au compteur, la meilleure attaque et la seconde meilleure défense du championnat.

Aatif Chahechouhe fut le buteur patenté du club lors de son passage (Crédit photo : Africa Top Sports)

Tous les voyants sont donc au vert avant d’affronter Fenerbahçe dimanche prochain et son armada de stars. Dans tous les cas, la reconnaissance cette saison du travail collectif, d’un groupe compétitif et ambitieux. L’histoire d’un bon début de saison pour une équipe ayant bien négociée l’apathie des gros clubs d’Istanbul.

« Notre objectif est d’accrocher une place européenne »

Le président de Sivasspor Mecnun Otyakmaz est ambitieux. Cela semble bien parti pour le moment (Futbol Arena)

Mais Sivasspor représente également ce que la stabilité peut permettre lorsqu’elle est utilisée à bon escient. En premier lieu, à travers la direction de l’équipe et son président, Mecnun Otyakmaz. Un homme qui ne laisse personne indifférent et rien au hasard. Une certaine forme de tradition du président à l’ancienne et au bagout élevé.

Mecnun Otyakmaz, un président rigoureux et… bling-bling

La personnalité de Mecnun Otyakmaz ne laisse personne insensible en Turquie. Un homme né dans la ville même, homme d’affaires et président son club depuis maintenant 15 ans. En point d’orgue, des performances exceptionnelles avec la saison 2007-2008, le club aura terminé quatrième au classement mais avec le même nombre de points que… Fenerbahçe et Beşiktaş.

Le président de Sivasspor, Mecnun Otyakmaz (à gauche) et l’entraîneur Roberto Carlos (à droite) lors de la présentation de ce dernier (Crédit photo Milliyet)

Mais surtout lors de la saison 2008-2009 où Sivasspor sera le dauphin de Beşiktaş et aura lutté jusqu’au bout pour le titre. Un autre point fort du bonhomme est sa capacité, à l’instar de l’ex-président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, à vouloir attirer des stars à Sivas. Si le Marocain Aatif Chahechouhe fut une attraction locale et sera un top-buteur, le Brésil ne fut pas en reste.

Roberto Carlos (à droite, en blanc) a entraîné (ou joué) à Sivasspor durant une saison (Crédit photo : UEFA.com)

Tous les suiveurs du Real Madrid et de l’AS Roma se souviennent de Cicinho, un arrière latéral droit plus qu’offensif. Mais les connaisseurs se rappellent davantage d’un autre latéral, gauche celui-là, avec une frappe de mule et une tonicité hors-norme : Roberto Carlos. Il fît un détour dans sa longue carrière avant de se poser à Sivas et coacher l’équipe durant une saison.

Sivasspor en action (Crédit vidéo : Youtube – TT TV)

Après dimanche, suite ou fin?

Quelque part, la rencontre contre Fenerbahçe lancera véritablement la saison de Sivasspor afin de savoir si le club peut continuer sur la lancée ou revenir dans le rang ? Toutefois, rien n’est moins sûr pour une formation sans star avérée mais solide et compacte collectivement. Pour mener ce petit monde à la baguette, ils auront l’appuie de Rıza Çalımbay, ancien capitaine de Beşiktaş (près de 500 matchs pour les « Aigles », NDLR) maintenant l’entraîneur du club à la quête de son premier titre de champion.

Rıza Çalımbay, l’entraîneur de Sivasspor. Ancien joueur, capitaine, symbole de Beşiktaş, son surnom était : « Atom Karınca », la fourmi atomique car il était partout sur le terrain. Oui, oui, comme le dessin animé (Crédit photo : Hürriyet)

Ce dernier est un habitué des joutes locales et qui peut s’appuyer sur le buteur Malien Mustapha Yatabaré, le gardien Malien Mamadou Samassa, anciens de Ligue 1. Sans compter l’Ivoirien Arouna Koné et son intéressant numéro 2. Cependant, tous les yeux avertis seront braqués sur les pépites du club, Emre Kılınç, un petit ailier vif et Mert Hakan Yandaş, un milieu box-to-box.

Emre Kılınç (à gauche) et Mert Hakan Yandaş (à droite), les deux pépites de Sivasspor. Un futur départ programmé pour le duo à Istanbul? (Crédit photo : Orta Cizgi)

Dans tous les cas, les adversaires sont prévenus, Sivasspor vendra très chèrement sa peau et ne laissera rien passer. L’équipe et le club en général permettront également de pérenniser un certain modèle. Sérieux dans son budget et ayant appris de ses erreurs passées, ambitieux dans le jeu. Mais surtout, capable de produire un contenu tout en fédérant une ville. Un modèle à suivre ? La réponse sera certainement donnée si Sivasspor continue sur cette lancée…