Quatre ans après sa descente en Ligue 2, Sochaux enchaine les problèmes et mésaventures tant au plan sportif qu’économique. Entre rachat par une société chinoise et tutelle basque, le Lionceau n’arrive toujours pas à trouver son bonheur.

17 mai 2014, Stade Auguste Bonal, Montbéliard. Sochaux affronte Evian-Thonon-Gaillard pour le compte de la dernière journée de Ligue 1. Les locaux doivent obligatoirement remporter ce match pour se maintenir. Malheureusement, un Daniel Wass des grands soirs pliera le match et les visiteurs finiront par triompher sur le score de 3-0. Sochaux retrouve la Ligue 2 qu’elle avait quitté 12 ans auparavant. Un coup dur pour les Lionceaux qui restaient sur une seconde partie de saison tonitruante sous la houlette d’Hervé Renard. Cette date marque le début du déclin du club jaune et bleu. Quatre ans ont passé depuis et le club est très mal en point …

La fin de l’ère Peugeot

Durant cette année 2014, Peugeot, actionnaire unique depuis la création du club doubiste en 1928, décide de mettre en vente le club.

Wing Sang Li, rachète Sochaux en 2015 (Crédit : L’Equipe)

Cette vente est décidée par le nouveau président du groupe PSA, Carlos Tavares. Ce dernier, s’estimant incompétent en matière de gestion de club de football, préfèrera vendre le club à des personnes pouvant s’en occuper mieux que lui. L’autre raison officielle reste l’aspect économique car cette année-là entrait au capital de la société à hauteur de 14% chacun deux actionnaires différents : le constructeur automobile chinois Dongfeng et l’Etat français. PSA étant en grande difficulté financière à l’époque.

Le 6 juillet 2015, la vente du club est officialisée. Le repreneur s’appelle Wing Sang Li, homme d’affaires hong-kongais de 60 ans, PDG de Tech Pro Limited, qui possède la filiale LEDUS, productrice de produits LED sur le marché chinois. Pour des raisons professionnelles, il délèguera un poste de directeur général du club à Ilja Kaenzig, ayant déjà officié en Suisse auparavant. Nouvelle administration, nouveau logo, c’est un Sochaux neuf avec des ambitions de Ligue des Champions qui se propage. A priori.

Le sportif en demi-teinte

Le club en 2014 doit faire face, comme tout club relégué, à un exode massif de joueurs. Avec ses meilleurs éléments partis (Cédric Bakambu, Sébastien Corchia, Matthieu Peybernes, Carlao entre autres), la formation mise à l’honneur (5 jeunes passés pros) et des recrutements en National (Florian Tardieu, Famara Diedhiou, Karl Toko Ekambi), le club repart avec l’ambition de faire l’ascenseur. Le club coaché par Olivier Echouafni, tout droit arrivé d’Amiens en National à l’époque, se doit de correspondre aux attentes. Cependant, le club paiera cher son début de saison catastrophique et terminera à une triste dixième place.

La saison 2015-2016 sera bien plus compliquée et inquiétante. En effet, le club débute par 10 matchs sans victoire, s’enfonce dans le classement et Olivier Echouafni en paiera les frais puisqu’il sera remercié par la direction. Albert Cartier arrive en octobre 2015, le club engrange alors des points mais avec 15 matchs nuls sur la saison ! Il faudra attendre la dernière journée et la victoire 2-0 face à Clermont pour officialiser le maintien des doubistes en L2 et, ironie du sort, Evian prendra leur place dans la zone rouge et descendra en National (dissolution du club l’été suivant la fin du championnat). Le seul rayon de soleil de cette saison sera le parcours jusqu’en demies-finales de Coupe de France perdue contre Marseille 1-0 après avoir éliminé en chemin trois écuries de Ligue 1 : Monaco, Nantes et Bastia.

Sochaux-Clermont (J38 de Ligue 2 2015-2016), où Florian Tardieu et ses confrères se sauvent de la relégation in extremis (Crédit : France 3)

En 2016-2017, la saison sera du même acabit que la précédente sans pour autant flirter avec le bas du classement. Une nouvelle saison marquée par un nombre important de matchs nuls (13) et un Albert Cartier poussé vers la sortie par les supporters et les joueurs. En Coupe de la Ligue, un quart de finale contre Monaco perdu aux tirs aux buts après avoir mené au score de la 15ème à la 82ème minute. Les Lionceaux avait pourtant éliminé Marseille le tour précédent aux tirs aux buts.

Les ennuis commencent pour Wing Sang Li

L’année 2017 aura causé beaucoup de torts à Wing Sang Li. Durant cette même année, les coups durs s’enchaînaient pour lui. Les actions de Tech Pro Limited à la bourse de Hong Kong étaient en dessous du centime d’euro, le cours de l’action dut et reste suspendu. Il se retrouva avec une entreprise morte et doit vivre et financer le club avec le capital qui lui reste. La presse et les médias révèlent que l’homme d’affaires chinois puisait dans les capitaux du club pour ses fins personnelles : une voiture électrique de luxe pour sa femme ou encore un immeuble en Suisse pour lui et ses associés. Le club connaissait alors déjà une santé financière instable, les comptes laissés par Peugeot étant épuisés et les déficits s’agrandissant.

En décembre 2017, la DNCG rend son verdict et décide d’une interdiction de transfert à titre onéreux et un encadrement de la masse salariale pour le club jaune et bleu. De plus, Ilja Kaenzig, dont son salaire révélé par la presse équivaut à 663 000€ annuels (+ 145 000€ d’avantages en nature par le club),
fut forcé de quitter le club. Sochaux devra faire face également à 18 fins de contrat dans l’effectif professionnel à la fin de l’exercice 2017-2018, et donc une valse de
départs gratuits et des entrées d’argent par la vente qui s’envolent. Seulement 5 joueurs seront prolongés.

Et la bombe explose lorsqu’en mars 2018, le documentaire The China Hustle sort sur la plateforme de VOD Netflix. Ce documentaire porte sur l’investissement des citoyens et hommes d’affaires américains sur des cours d’actions en Chine après la crise de 2008. Certaines actions étaient fictives et des chinois en profitaient pour détourner ces fonds et s’enrichir sur le dos d’une fausse société. Cinq hommes furent cités et mis en avant à la fin du documentaire pour leurs fraudes. Wing Sang Li apparait comme le plus grand fraudeur avec 401 millions de dollars en actions fictives. Contre le destin, on y peut rien.

L’homme, déjà peu visible en public et dans les médias, sera de moins en moins présent au club. Sa filiale LEDUS France fera faillite, alors qu’elle ne produisait aucun produit en rapport avec la marque.
De plus, durant cette année 2018, le club fut sous le coup d’une rétrogradation administrative en National 2 et la perte du statut professionnel. Et par conséquent du centre de formation, reconnu pendant des années pour la qualité des jeunes y sortant, et qui constituent tous les ans une grande partie de l’effectif senior. Avec l’arrivée du groupe Baskonia, le club sera « sauvé » de cette rétrogradation et la DNCG réitèrera seulement ses sanctions données en décembre 2017.

L’arrivée des basques en Franche-Comté

Le mois de mai 2018 ne fut pas passé inaperçu dans le monde du football français. Le groupe Baskonia, dirigé par Haritz Kerejeta, signe un contrat d’association de 3 ans avec Wing Sang Li. Le groupe, également  propriétaire du club d’Alaves en Liga, aura la gestion administrative du club entre leurs mains. Les prestations seront financées par Wing Sang Li.

Haritz Kerejeta, président du groupe basque Baskonia, réalisant sa première conférence de presse, après la signature de la convention liant les deux clubs (Crédit : France 3)

Dans leurs bagages, un nouvel entraîneur viendra remplacer Peter Zeidler, parti à St Gall en Suisse, bien aimé des supporters et transparent avec les médias. Ses choix tactiques furent très appréciés et il reste à ce jour un nom apprécié de l’ère LEDUS. José Manuel Aira, entraîneur de Rudes, autre club affilié à Baskonia, jouant en première division croate, signe et ramène avec lui un staff complet pour l’équipe première venant s’ajouter aux salariés déjà présents tels que Gérard Gnahouan ou
Sandy Guichard.

L’objectif premier fut de faire des économies pour passer la DNCG. Ce ne fut pas attendre puisque la masse salariale fut réduite de manière conséquente avec une multitude de prêts gratuits signés par la nouvelle cellule de recrutement géré par le nouveau directeur sportif David Vizcaino qui s’épaule sur le responsable du recrutement Phillipe Raschke. En tout, ce sont huit prêts et deux joueurs libres du réseau Baskonia ainsi que trois autres recrues qui furent trouvés. Treize joueurs de l’équipe première ont quitté le club en fin de contrat et trois autres en résiliation, les plus gros salaires du club en faisaient partie.

L’ambition de Baskonia est de finir au milieu de tableau cette saison, le club pointe actuellement à la 12ème place du classement de Ligue 2. À ce moment-là, les supporters et collectivités locales s’insurgent : tout le monde réalise que Sochaux devient un club satellite. 90 ans d’histoire s’envolent pour devenir le club secondaire d’une écurie espagnole.  La pilule a du mal à passer.

La face cachée de l’iceberg et les supporters s’en vont en guerre

L’arrivée des espagnols a scindé les supporters sochaliens en trois groupes : les pro-Baskonia, soutenant l’arrivée d’Alaves au club ; les anti-Baskonia, refoulant l’idée de devenir le satellite de n’importe quel club qu’il soit ; et les neutres qui préfèrent prendre partie pour personne et se focaliser sur le sportif.

Suite à la signature du contrat d’association, deux groupes de supporters ont décidé de suspendre voire arrêter leurs activités : le Val.70 s’est dissout après 15 ans de bons et loyaux services et la Tribune Nord Sochaux, ultras les plus fervents du club doubiste, a lancé un boycott du stade Bonal qui a eu son effet puisque l’affluence au stade n’a jamais été aussi basse depuis des années. Restent présents mais en faible nombre deux groupes : le Supporter Club, le plus gros groupe de supporters du club et le plus influent. Mais aussi très proche de la direction, ce qui leur vaut une mauvaise réputation chez beaucoup de supporters les considérants comme des « moutons à la solde de Baskonia ». Les Boys 07, petit
groupe en Populaire Sud, sont aussi à noter parmi les fidèles mais ont perdu beaucoup de membres ces dernières années.

À peine débarqués que les ennuis commencent. Les Espagnols voulant appliquer les règles contractuelles de leur pays, sont contraints de revoir leurs plans car la législation internationale est différente : les salaires proposés à José Manuel Aira et son staff étaient trop bas pour être homologués par l’Inspection du Travail. De même pour renouveler les contrats des services externes au club comme le domaine sanitaire ou les jardiniers, qui ont donc été remerciés. Une société espagnole prend le relais.

Cependant, la reprise de la saison s’était faite sans service de jardinage et le traçage tout comme l’entretien de la pelouse fut effectué par … un club du coin. Un des terrains d’entraînement historiques de Sochaux, Chabaud, situé en face du stade Bonal, est délaissé par la nouvelle direction. Sans entretien, le terrain est devenu impraticable et une décharge. Les infrastructures l’entourant dégradées. Des groupes de supporters sont venus le nettoyer et ont déposé les détritus sur le parking des joueurs du stade Bonal. Une discussion avec les joueurs avait même eu lieu.

Chabaud, de terrain d’entraînement à véritable champ de patates (Source : Arthur Geillon du groupe Sociochaux)

Les associations Tribune Nord Sochaux, Planète Sochaux, et le collectif Sociochaux multiplient alors les actions à l’encontre des directions Baskonia et Wing Sang Li. Ils se mettent officiellement en opposants du club ou lanceurs d’alertes. Les actions fusent, les communiqués se multiplient, tout est fait pour montrer le véritable visage de certaines personnes.

Un Sochaux version Baskonia peu convaincant sur le terrain et qui commence à interroger

À l’heure où cet article est écrit, Sochaux vient de prendre 3-0 à domicile par Niort. Un match où l’équipe n’a développé aucun jeu et fut pris de court par leurs erreurs défensives dans la surface de réparation. Des affiches à l’encontre de la direction sont collées un peu partout dans la ville de Montbéliard, où se situe Bonal, et dans le stade même.

Le jeu de José Manuel Aira, basé sur la possession de balle, rend inoffensif le jeu doubiste et les attaquants sont en disette totale depuis des semaines. De plus, défensivement, certains joueurs ne sont pas au niveau. Trop d’erreurs sont provoquées dans le jeu à des endroits critiques du terrain.

Le club se retrouve face à ses responsabilités pour la gestion du club. Baskonia vient dans l’idée d’améliorer la santé financière du club, cependant sur le court terme, des économies sont réelles, mais sur le long terme, toutes les actions engrangent des coûts exorbitants. Chabaud, pour être remise en état, va coûter plus cher que de l’entretenir régulièrement. Surtout que l’autre terrain d’entrainement, Wembley, se dégrade assez vite et ne tient pas l’hiver, contrairement à Chabaud. De plus, le changement régulier de staff n’aidait pas à la pérennité de Sochaux. En effet, des personnes employées par Baskonia n’étaient pas au niveau, et furent donc remerciées rapidement avec un chèque à chaque fois.

C’est un club mal en point en tentative de sauvetage par des personnes aux actions louches qui fait actuellement du surplace en Franche Comté. Depuis quatre ans, Sochaux vit l’enfer. Si la situation ne s’améliore pas, le pire est à craindre pour le club doubiste, sachant que le club n’est pas à l’abri de la descente. Le PDG de Baskonia a annoncé sa volonté de racheter le club, mais Li n’a pas l’air vendeur et les relations entre les deux parties se fragilisent. Baskonia envisageant même de quitter le club à l’issue
de la saison. Affaire à suivre …

Propos recueillis et rédigés par Arthur Geillon