Kiev, le 26 mai 2018 : Gareth Bale signe un surprenant doublé en finale de la Ligue des Champions, crucifiant les Reds de Liverpool FC. Sadio Mané aura beau réduire le score, le mal est fait, le Real Madrid soulève sa treizième coupe aux grandes oreilles…

Le point commun entre les deux attaquants cités ? Eh bien, ils ont pris leur envol grâce au club de Southampton FC ! Et à bien y regarder, le Gallois et le Sénégalais figurent comme de simples exemples chez les Saints. En effet, le club basé dans le Hampshire a fait décollé une liste considérable de stars du ballon rond. On pourrait encore citer la légende Alan Shearer dans les années 1980-1990 et plus récemment Theo Walcott ou Alex Oxlade-Chamberlain. Pour autant, Southampton n’a jamais connu d’heure de gloire en Premier League et erre aujourd’hui dans les méandres du championnat. Alors, comment expliquer le contraste entre l’excellent pôle de formation du club et les prestations toujours mitigées de son effectif tout au long de l’histoire du club ? Eléments de réponses ici.

Le Yale du Football

Pour tout jeune joueur anglais, le centre de formation de Southampton FC est une voie sacrée. L’organisation optimisée et les résultats probants des jeunes pousses ont contribué à rendre l’académie très attractive.

Éloignée de 128 kilomètres de Londres et faisant face à la Manche, la ville de Southampton jouit d’une aire d’influence considérable dans la partie sud de l’Angleterre. Certes, dans la même région, Brighton et Bournemouth concurrencent voire dépassent aujourd’hui les Saints en Premier League. Cependant, les Seagulls et les Clarets sont loin d’être des pensionnaires de longue date du championnat.

En effet, Brighton n’a évolué que 6 saisons en Premier League dans son histoire et Bournemouth a attendu 2015 pour faire ses premiers pas dans l’élite. De plus, les deux clubs ne sont pas plus réputés que ça pour leur centre de formation. Ainsi, depuis la descente aux enfers de Portsmouth au début des années 2010 (aujourd’hui en D3), Southampton est le seul club historique du sud en Premier League. En cela, le centre de formation polarise une large partie de la carte.

Le St Mary’s Stadium fait face à la mer (crédit photo : Southern Daily Echo)

La position géographique est fondamentale puisque les graduates (joueurs du centre de formation qui ont ensuite joué avec l’équipe professionnelle) proviennent principalement du sud de l’Angleterre. Par exemple, Calum Chambers, aujourd’hui défenseur à Arsenal FC, est né à Petersfield à 40 km de Southampton. Matt Targett, défenseur clé à Aston Villa, vient de Eastleigh à 10 km de cette même ville.

Les avantages historiques et géographiques se rejoignant, le centre de formation de Southampton FC s’est présenté comme une vraie référence au fil des années. Ajoutez à cela des objectifs très élevés…

« La philosophie de notre club [est] de produire au moins 50% de notre première équipe avec des joueurs de l’Académie. »

Matt Hale, manager de l’académie de Southampton

Si Matt Hale parle d’un objectif de 50 % de graduates dans l’équipe A, rentre-t-on dans le clous aujourd’hui ? Eh bien, pas tout à fait, mais presque. Sur trente-cinq joueurs pour la saison 2019/2020 (comptez ceux qui sont prêtés dans d’autres clubs), le club compte tout de même onze hommes issus du centre de formation.

Le jeune français Yan Valéry est un pur produit de l’académie de Southampton (crédit photo : Le Ballon Rond)

Cette ambition, en apparence tout à fait gargantuesque, paye en fin de compte. Sur un plan financier du moins… En effet, en 2015, le Centre d’Etude International des Sports (CEIS), a publié une étude sur les centres de formation les plus rentables au monde et c’est Southampton qui sort en première position avec 90 millions d’euros générés de 2012 à 2015 pour la vente de joueurs de l’académie.

La fuite des cerveaux

Certes, le tiers des joueurs de Southampton provient du centre de formation du club. Mais en observant le classement de l’équipe lors des dernières saisons, on comprend qu’on ne touche pas les étoiles avec cette stratégie. Dix-septièmes avec trente-six points à la fin de la saison 2017/2018, les Saints n’ont pas fait mieux en 2018/2019, terminant seizièmes avec trente-neuf points. Le niveau du club aujourd’hui est faible, et Southampton est toujours à la limite de retrouver la Championship.

Et en regardant de près le bilan par saison, on constate que Southampton n’a jamais été un grand club. L’équipe a fait l’ascenseur les 3/4 du siècle dernier avec les divisions inférieures. Son unique trophée ? Une FA Cup remportée en 1976 alors que le club jouait en D2. Pensionnaires de l’élite de 1978 à 2005, les Saints ont ensuite nagé sept années dans les divisions inférieures pour remonter à la surface en 2012. On est alors passé du coq au vin. De 2013 à 2017, Southampton est en effet devenu redoutable, signant quatre top 8 d’affilée en Premier League. Le club aura même le privilège de goûter à l’Europa League en 2016/2017, avant de s’enfoncer dans le bas de tableau à la fin de la décennie.

Ici avec le maillot de l’équipe d’Angleterre, Matthew Le Tissier et Alan Shearer sont de véritables stars à Southampton au début des années 1990 (crédit photo : FourFourTwo)

Mais qu’est-ce qui explique alors une aussi soudaine rechute ? La réponse est simple. Les saisons florissantes du milieu des années 2010 ont en effet été permises par des éléments tels que Sadio Mané, Virgil Van Dijk, Jay Rodriguez ou encore Dusan Tadic. Or, en 2019, aucun de ces quatre joueurs n’évolue encore pour Southampton. Mané est parti du club en 2016, Rodriguez en 2017. En 2018, Van Dijk est parti rejoindre Mané à Liverpool FC tandis que Tadic s’en allait à l’Ajax Amsterdam.

Southampton revête ainsi plus que jamais le costume d’équipe-tremplin. Le club s’est révélé être la dernière étape pour l’explosion de ces grands talents. On retrouve alors ces points communs avec l’académie : la capacité à former et encadrer des joueurs pour optimiser leur décollage mais aussi une certaine tendance à les laisser partir facilement.

Sadio Mané, l’instinct du buteur à Southampton (crédit vidéo : YouTube, Southampton FC)

Les plus grandes stars qui ont émergé de l’académie de Southampton ne sont pas restées longtemps fidèles aux Saints. La faute notamment au contraste à la fin des années 2000 entre le prestige du centre de formation et le niveau limité du club alors en Championship. Gareth Bale, Theo Walcott et plus tard Alex Oxlade-Chamberlain sont donc tous contraints de faire leurs débuts loin des projecteurs, en D2. Ils sont alors d’ores et déjà poussés vers la sortie s’ils veulent percer.

De ce fait, Oxlade-Chamberlain jouera seulement 43 matchs pour les Saints, Walcott 23 et Bale 40. On évitera ici de faire une liste trop exhaustive, mais Adam Lallana, Luke Shaw, Calum Chambers furent entre autres dans la même situation. Imaginez alors un instant si Southampton était en Premier League à ce moment-là…

Retour vers le futur

Et aujourd’hui, où en sommes-nous dans les vestiaires de l’académie ? Y a t’il toujours des jeunes prometteurs chez les Saints ? Eh bien, l’académie et le club sont garnis de jeunes prodiges à suivre de très près. Retenez ces noms, on risque d’en reparler dans les prochaines années.

À seulement 19 ans, Michael Obafemi est l’un des attaquants les plus prometteurs aux yeux de l’équipe nationale d’Irlande. Celui qui a fait ses débuts avec les Saints en 2018 compte pour l’instant une dizaine d’apparitions avec Southampton ainsi qu’une cap avec les Boys in Green. Certes, il n’a pas encore beaucoup joué ni en club ni en sélection nationale. Mais il est important de rappeler que des claquages tendineux l’ont écarté des terrains de décembre 2018 à mai 2019. Débloquant le score contre Fulham en League Cup le 28 août dernier, il se montre déjà comme l’un des buteurs en puissance du club.

Du haut de ses 19 ans, Michael Obafemi fait figure de grand espoir pour l’équipe d’Irlande (crédit photo : RTE)

Descendons d’un cran. Au milieu de terrain, Callum Slattery est en train de timidement se faire une place dans l’effectif senior. S’il n’a pas encore joué dix rencontres avec Southampton en 2019, il est un habitué des équipes jeunes d’Angleterre. Le jeune joueur de 20 ans compte en effet une vingtaine de rencontres avec les catégories U16, U19, U23.

Ok, il y a donc déjà de belles promesses en attaque et au milieu. Mais c’est surtout en défense que les graduates du club entretiennent les attentes. Le latéral droit français Yan Valéry n’a déjà plus grand chose à prouver avec ses 28 titularisations. Kayne Ramsay, aujourd’hui titulaire chez les U23 de Southampton, a fait ses débuts pour l’équipe première contre Manchester City en décembre 2018. Rien que ça !

Mais cette même équipe U23 est en difficulté cette année. Bien qu’étant en première division de Premier League U23, elle lutte pour le maintien. Dans une stratégie de plus en plus cosmopolite, l’effectif compte dans ses rangs des joueurs slovaques, autrichiens, norvégiens et… français. L’Hexagone est même très bien représenté dans le Hampshire. En effet, l’ancien rennais Enzo Robise, né en 2001, est un serial buteur à Southampton. L’ailier est à une moyenne d’un but tous les deux matchs. En U18, Allan Tchaptchet est un élément également décisif, comptant un but en trois matchs en octobre.

Longtemps courtisé par Lille et l’Olympique de Marseille, Enzo Robise fait le bonheur de l’équipe U23 de Southampton (crédit photo : Southampton FC)

L’académie de Southampton est donc assurément l’une des plus rentables au monde. Très bien organisée et disposant de résultats probants, elle fait naturellement rêver plus d’un jeune footballeur. Pour autant, les résultats décevants de l’équipe A montrent un problème de gestion de ces joueurs, notamment avec une logique de revente assez fréquente. Sans Van Dijk, Mané, Schneiderlin ou Tadic, Southampton est donc devenu un club-tremplin qui s’enfonce dans les dernières places en Premier League.