Derrière la lutte acharnée pour le titre en Liga NOS entre le F.C. Porto et le Benfica Lisbonne, la saison du Sporting passe quelque peu inaperçue. Pourtant, c’est une équipe en pleine reconstruction et qui risque de compter l’an prochain. Grâce notamment à sa colonne vertébrale brésilienne.

Cette saison, toute la lumière se concentre sur la lutte intense pour l’obtention du titre entre Porto et Benfica. À l’ombre de ce combat de chefs entre les deux équipes les plus titrées du pays, le Sporting fourbit ses armes. Pour mieux rebondir l’an prochain devant ses rivaux ?

Raphinha (à gauche) et Luiz Phellype, heureux après un but (Crédit photo : Renascença)

Le Sporting, à l’ombre du soleil

Pour qui suit la Liga NOS, cette saison est exceptionnelle et palpitante. À trois journées seulement de la fin du championnat, deux petits points séparent le Benfica de João Félix du FC Porto de Moussa Marega. Même si un avantage certain est à voir du côté des « Rouges » de Lisbonne.

Cependant, derrière ce duo de feu, le troisième larron Sporting Portugal passe injustement inaperçu. Il est vrai que le club de la capitale essaye de rebondir après une saison dernière quelque peu difficile. Entre un ancien président qui avait ouvertement attaqué ses propres joueurs et des résultats en dents de scie, il était clair que le Sporting allait souffrir.

Pourtant, malgré ces péripéties, une certaine transition s’opère en douceur. Avec à la tête deux hommes, l’un sur le terrain, l’autre sur le bord de touche. D’une part, l’excellent travail réalisé par l’entraîneur néerlandais du club, Marcel Keizer, ancien de l’Ajax. Ce dernier ayant eu l’intelligence de s’appuyer sur une ossature claire en donnant les clés du camion à son capitaine, Bruno Fernandes, d’autre part.

Ce dernier réalisant aussi une saison pleine et avec des statistiques que les amateurs de basket-ball qualifierait de « double-double ». En effet, avec seize buts et douze offrandes, le Portugais de 24 ans réalise sa meilleure saison en championnat.

Une équipe de Coupes

Cependant, si les résultats sont moins clinquants que les deux rivaux éternels, le Sporting n’a pas à rougir. Au contraire puisque vainqueurs de la Coupe de la ligue portugaise en janvier dernier, les coéquipiers du Néerlandais Bas Dost ont d’ores et déjà un trophée en poche.

Par ailleurs, le 25 mai prochain, se profile à l’horizon la finale d’une autre Coupe, celle du Portugal face au FC Porto d’Alex Telles. Bref, lorsqu’une équipe est dans le dur et essaye de se reconstruire, les coupes nationales représentent une bouffée d’air frais. Pour cimenter un groupe et permettre à celui-ci de passer un cap. Ce que font à merveille Keizer et Fernandes, chacun à leur niveau et avec un groupe réceptif.

Juges de paix… ou pas ?

Pour autant, le Sporting peut également se targuer de pouvoir perturber quelque peu la lutte au titre. Si, effectivement, les prochains adversaires de l’équipe lisboète sont Belenenses et Tondela, deux formations largement à leur portée, une autre date intéresse les Vert et Blanc. Même si cela donne le gain du championnat à l’autre club de Lisbonne, le Benfica… Cruel dilemme et finalement sans importance pour une équipe du Sporting qui voit plus loin que cette saison.

En effet, la 34ème et dernière journée de championnat les verra affronter, une semaine avant la fameuse finale de Coupe, le FC Porto. Avec probablement la ferme intention pour le Sporting d’empêcher les hommes de Sérgio Conceição de remporter le titre. Un Porto qui a assisté à l’infarctus de son gardien Iker Casillas mercredi matin à l’entraînement… Heureusement avec un pronostic vital non engagé.

Des joueurs d’avenirs…

Il est souvent difficile de se projeter sur une saison en espérant que tous les joueurs se mettent au diapason. Avoir cette possibilité de compter sur toutes ses forces vives et leur permettre de passer un cap. Le Sporting comme chaque club, chaque année, n’échappe pas à cette règle immuable.

Si Bruno Fernandes et Bas Dost sont les deux joueurs statistiquement les plus vus cette saison, le reste de l’effectif n’est pas en reste. Pouvant compter sur une belle ossature brésilienne et des jeunes joueurs prometteurs. Entre le gardien Renan Ribeiro, 29 ans, qui semble se révéler au grand jour. Un homme sûr de lui et sobre permettant à sa défense de compter sur lui.

Le gardien brésilien Renan Ribeiro, la bonne pioche du Sporting (Crédit photo : Record)

Mais surtout, il existe deux joueurs qui risquent bien de faire parler d’eux. L’un est attaquant et a presque un patronyme royal, le dénommé Luiz Phellype, 25 ans au style bien particulier. L’autre, joueur certes fluet mais ô combien technique, Raphinha, élégant milieu offensif de 22 ans. Deux joueurs en pleine ascension et qui seront les fers de lance du club.

Renan dans ses oeuvres (Crédit vidéo : Youtube – SharkProductions)

… à la sauce brésilienne

Historiquement, le Portugal est lié au Brésil, par la langue commune ainsi que la colonisation du pays par les navigateurs portugais dès le XVIème siècle. Ce lien ne s’étant jamais distordu malgré les avanies de l’histoire. Cependant, le football n’est pas en reste et le Sporting a toujours eu cette sensibilité brésilienne. Une certaine accointance avec le pays de Neymar pour dénicher des pépites à polir.

Si l’on parle du poste d’avant-centre, entre la machine à marquer Mário Jardel dans les années 90 ou Liédson, le naturalisé portugais, le club lisboète ne s’est pas beaucoup trompé. Cette saison donc, la bonne pioche offensive semble être Luiz Phellype, l’ancien buteur de Paços de Ferreira arrivé lors du mercato d’hiver et déjà auteur de 6 buts en championnat.

« Arrivé en janvier, titulaire depuis mars et les six dernières rencontres depuis la blessure de Bas Dost, Luiz Phellype est devenue la référence offensive du Sporting de Marcel Keizer et l’un des meilleurs buteurs du club. Avec une moyenne d’un but par match depuis qu’il est devenu titulaire, Luiz Phellype a pu surpasser Bas Dost, Liedson et Islam Slimani, qui étaient en tête dans l’histoire récente du Sporting, lors de leurs six premiers matchs consécutifs »

Luiz Phellype en compagnie de sacrés clients (A Bola)

Capable de marquer dans toutes les positions, attiré par le but comme un aimant et doté d’une bonne puissance physique, le Brésilien est le point d’ancrage idéal. Un homme qui a su profité de la blessure du titulaire-buteur Dost pour reprendre le relais. Avec un succès méritoire et des performances de choix.

Raphinha, petit mais costaud

Si une équipe de foot a besoin de joueurs spécifiques à des postes spécifiques, les premiers postes concernés sont ceux de gardien et de buteur. Avoir un dernier rempart solide derrière qui rassure ses défenseurs et un autre capable de marquer, même avec des miettes.

Toutefois, il ne faut jamais oublier un autre poste essentiel à la bonne mise en musique de l’ensemble. Ce poste nécessitant de pouvoir être vif, technique et doté d’une bonne dose de culot. Précisément le type de joueur qu’est Raphael Dias Belloli dit Raphinha. Ailier de poche mais ô combien talentueux, avec une merveilleuse technique tout en débordement. Jugez-en par vous-même.

Débordement de Raphinha et but de Luiz Phellype. Les Brésiliens en action (Crédit vidéo : Youtube – VSPORTS)

Un style de jeu qui n’est pas sans rappeler un autre brésilien, Anderson Talisca, que les supporters turcs du Beşiktaş Istanbul ont vénéré durant deux saisons. « Petit Raphael » est clairement la bonne pioche du Sporting, capable également de soulager Fernandes. L’ancien du Vitória Guimarães étant même complémentaire avec Luiz Phellype.

Raphinha, un joueur technique et un futur « Masterclass » ? (Crédit photo : D20 Sports)

La preuve avec ce but marqué lors de la dernière journée par ce dernier face à… Guimarães, sur une passe de… Raphinha. Avec à la clé une belle victoire 2 buts à 0 et un bon bol d’air pour sécuriser la troisième place au classement devant Braga. La naissance d’une belle doublette brésilienne ?

Une saison de transition avant le grand bond ?

Cette saison est clairement celle de la transition mais il ne faut pas se méprendre. Transition ne signifie pas manque d’ambition bien au contraire. Le Sporting s’inscrivant clairement dans le futur avec des joueurs d’avenir et de talents. Un club de football est instable par nature et c’est ce qui rend ce jeu aussi passionnant. Toutefois, avec une bonne ligne de partition et des joueurs ayant une faim de loup, une équipe peut s’avancer avec des certitudes.

Cette saison est à classer dans la réussite du club, avec une belle troisième place, éventuellement les deux Coupes nationales dans la besace et des joueurs avec une expérience commune. Avant d’attaquer la suivante avec des joueurs plus matures et sûrs d’eux. Dans la digne tradition brésilienne d’un club qui aura pour objectif un titre attendu depuis bientôt 20 ans. Une éternité mais pour des Brésiliens aussi joueurs, techniques et talentueux, la valeur n’attend pas le nombre des années.