Le traitement des joueurs en MLS est unique en son genre dans le monde du ballon rond, et à coup sûr, engendre un impact certain sur le développement sportif et économique de la ligue.

Contrairement aux championnats européens où les clubs sont relativement libres de traiter les contrats de leurs joueurs comme bon leur semble, la ligue nord-américaine impose à ses franchises un certain nombre de règles pour composer leur équipe. Voici un bref descriptif des principales catégories de joueurs et des mécanismes d’acquisition.

À chaque joueur son statut

Tout d’abord, sachez que la ligue contrôle une grande partie des budgets des clubs. En plus des allocations d’argent que la ligue octroie à chaque franchise, elle leur impose un plafond salarial à respecter pour composer leur effectif. Ce fameux salary cap se montait en 2019 à $4,240,000 avec un salaire maximum par joueur de $530,000 par an. Il permet de recruter un maximum de 20 joueurs sous contrat (et un minimum de 18), appelés les seniors. Cependant il est possible d’ajouter 10 joueurs supplémentaires mais le budget qui leur sera alloué sera alors différent du budget salarial et viendra potentiellement empiéter sur les moyens financiers du club pour acquérir de nouveaux footballeurs par transfert.

Les joueurs justement : ils ont tous un “rôle” prédéfini qui engendre des implications sur le nombre de places dans l’effectif et sur les budgets. Voici les principales catégories :

  • Domestic et International players : les joueurs de “base”

Le salaire minimum de ces joueurs est de $70,250. Le domestic player est un joueur américain ou canadien. Il n’y a pas de limite sur le nombre de domestic players dans un effectif, tout comme pour le homegrown player (américain, canadien ou non) qui est un joueur formé au club, c’est-à-dire passé par l’académie. Enfin, les international players sont les joueurs non-américains et non-canadiens qui n’ont pas été formés au club. Il y a 192 places pour cette dernière catégorie en 2019 réparties entre les 24 équipes.

  • Generation Adidas : Le talent précoce

Ce sont les jeunes les plus talentueux du pays. un contrat Generation Adidas permet au joueur, souvent universitaire, d’évoluer en MLS avant la fin de ses études. Ce genre de statut n’est accordé que par la Major League Soccer et la Fédération des États-Unis de soccer. C’était le cas par exemple du tristement célèbre Freddy Adu qui a pu commencer en professionnel à l’âge de 14 ans. À noter que ces salaires ne sont pas imputés au salary cap mais à un autre budget.

Freddy Adu n’avait que 14 ans à ses débuts avec DC United en 2004
(Crédit photo : Soccer Travels)
  • Le Designated Player : La superstar

Le fameux Designated Player aussi appelé (DP) a l’avantage de pouvoir échapper au plafond salarial. En effet, le joueur ne comptera que pour $530,000 dans le budget salarial du club et le reste de son salaire proviendra d’un autre budget. Chaque équipe ne peut comporter au maximum que 3 Designated Players. Il s’agit de grands noms du football tel que Zlatan Ibrahimovic, Nico Gaitan ou encore Bastian Schweinsteiger qui ont des salaires de plusieurs millions de dollars annuel mais imputés seulement à hauteur de $530,000 au $4,240,000 prévus. Le premier joueur à avoir porté ce statut est aussi celui qui a permis sa création : David Beckham. Il existe également le Young Designated Player qui permet au club de ne déduire du salary cap que $150,000 pour un joueur de 20 ans ou moins et $200,000 pour un joueur de 21 à 23 ans.

Beckham signe en 2007 à LA Galaxy comme le premier Designated Player de l’histoire de la MLS (Crédit photo : Majorleaguesoccertalk.com)

Un recrutement très encadré

La MLS est aussi différente dans la manière de gérer les transferts. S’il est bien possible d’acheter un joueur contre une somme d’argent, il est aussi envisageable qu’un transfert soit effectué sans que cela ne concerne le moindre sportif. En effet certains clubs peuvent être intéressés par l’achat d’une place supplémentaire de joueur international pour leur effectif, par une meilleure position à la SuperDraft ou d’autres avantages approuvés par la ligue. C’est également tout autant de monnaies d’échanges pour l’acquisition d’un nouvel athlète.

Une autre solution qui fait fureur dans les autres ligues américaines est la draft. Appelé SuperDraft en MLS, elle est composée de 4 sessions pendant lesquelles les clubs peuvent choisir les meilleurs athlètes universitaire éligibles. L’ordre de choix est initialement l’ordre inverse du classement sportif de la saison précédente. Ainsi, l’équipe ayant terminé dernière aura le meilleur choix à la SuperDraft et le champion en titre, le dernier choix. C’est un bon système afin d’équilibrer autant que possible le championnat et éviter que l’écart ne se creuse trop durement entre les meilleurs et les plus faibles équipes. Evidemment, côté jeunes, les clubs peuvent aussi s’appuyer sur leurs académies pour former leurs propres joueurs.

La SuperDraft 2018 à Philadelphie
(Crédit photo : USA TODAY Sports)

Enfin, la dernière spécificité majeure des recrutements en MLS est le système de listes pour avoir priorité sur certains joueurs. L’allocation ranking list regroupe les footballeurs des équipes nationales américaines A et jeunes, et des anciens de la MLS partis tenter leur chance dans un autre championnat. Pour acquérir ces joueurs les clubs sont classés, comme pour la draft, dans un ordre préétabli. Enfin, la discovery list : elle permet à un club de recruter un athlète hors-MLS et qui n’est pas non plus sur l’allocation ranking list. Si une équipe veut par exemple un joueur évoluant en France, elle doit préalablement le placer sur sa discovery list pour avoir la priorité de négociation avec lui.

Alors frein ou aide au développement ?

La MLS regorge de spécificités dans la gestion de son championnat. C’est un doux mélange entre ce qui se pratique dans les autres grandes ligues américaines et le football tel que nous le connaissons en Europe. Mais toute cette régulation concernant les contrats des joueurs et les moyens mis en œuvre pour les acquérir nuit-elle au développement de la ligue ? Il n’est aujourd’hui pas possible pour les propriétaires de franchises MLS de dépenser énormément afin de faire prospérer leur club plus rapidement que ce soit sur le plan sportif ou économique. On est ici à l’inverse de ce qui se fait en Chine où les investissements pour attirer d’excellents joueurs sont extrêmement importants. Mais les règles imposées ont également du bon. Elles donnent une équité sportive et donc un attrait pour le championnat, elles permettent d’envisager le futur avec de solides bases économiques et elles favorisent l’essor des joueurs locaux. Chacun se fera son opinion mais ce qui est certain c’est que la MLS n’a pas encore fini de grandir.