Après une désillusion européenne douloureuse, le Racing Club Strasbourg Alsace peine à retrouver ses marques dans le championnat français. À la suite de ce début de saison éreintant, le club alsacien doit de se replonger dans ses ambitions nationales.

Suite à un dernier exercice étincelant, où le RCSA s’était maintenu aisément et avait remporté la Coupe de la Ligue, cet épisode 2019/2020 s’annonce davantage sinueux pour l’équipe alsacienne. Avant de recevoir Nantes samedi, Strasbourg compte déjà onze matchs officiels cette saison, c’est-à-dire six matchs de plus que son adversaire, après moins de deux mois de compétitions officielles. Toujours à la recherche de leur première victoire de la saison en championnat, l’équipe alsacienne pointe à la dix-huitième place du classement : de quoi sonner l’alarme ?

L’Europa League : un cadeau empoissonné

Le 30 mars 2019, l’euphorie gagne le club alsacien. Premier club à remporter une coupe nationale au détriment du PSG depuis l’En Avant Guingamp en 2014 en Coupe de France, c’est aussi l’occasion pour le RCSA de retrouver l’Europa League, treize années plus tard. Au début de la saison 2019/2020, après l’ivresse du sacre vient la réalité du calendrier. En remportant la Coupe de la Ligue, la place européenne n’étant pas directe, Strasbourg doit passer trois tours de barrage pour accéder à l’arbre principal de la compétition, trois confrontations aller-retour.

Le rêve européen devient un cauchemar physique, où le club alsacien joue neuf matchs officiels en juillet et en août, contre seulement trois pour les autres équipes de Ligue 1. Difficulté supplémentaire pour ces équipes barragistes, contrairement à celles qui jouent les poules à partir de septembre, c’est que la période intensive se trouve en juillet et en août, le mois suivant la reprise. À cette période, les joueurs sont loin d’être prêts physiquement, et c’est un moment où les clubs préfèrent avoir le temps d’assurer une préparation complète déterminante pour le reste de la saison.

« Quand tu joues tous les trois ou quatre jours, tu as moins d’énergie et de lucidité. »

Thierry Laurey, après la défaite contre Rennes (0-2), le 25 août dernier

Au terme de cette campagne qualificative, le bilan est lourd : Strasbourg a failli aller jusqu’au bout et arracher une place dans la C3 mais tombe lourdement au dernier match, face à l’Eintracht Francfort, dans un match très houleux, laissant des séquelles physiques mais surtout mentales aux joueurs du RCSA. Le scénario est possiblement le plus cruel et le plus dommageable pour le public et pour l’équipe, et cela se ressent sur leur implication et leur forme dans les matchs de championnat.

Une défaite face à l’Eintracht Francfort qui a laissé des traces. (crédit photo : Ouest-France)

Mauvaise série en Ligue 1 : sonner l’alarme ?

Avant de jouer une équipe de Nantes en forme, le RCSA se trouve à la dix-huitième place de Ligue 1, avec trois points et trois buts marqués pour six encaissés en cinq journées. Alors que le club n’était pas tout à fait concentré sur ses objectifs nationaux, la campagne européenne ratée n’explique pas tout pour l’équipe de Thierry Laurey. Leur difficulté à remporter des matchs en Ligue 1 ne date pas que d’aujourd’hui, le RCSA n’a remporté que deux de ses seize derniers matchs de Ligue 1 entre février et mai 2019. Après une première partie de saison fulgurante lors du précédent exercice, des réserves ont fait leur apparition en deuxième partie, avec notamment une difficulté à marquer (1,53 buts marqués par match en 2018/2019, 0,6 cette saison) et à s’imposer sur sa pelouse et ailleurs.

Lors des six prochains matchs à venir, le Racing va notamment affronter Nantes, Lille, Montpellier, Marseille et Nice, des équipes qui se placent en haut du tableau et qui proposent des débuts de saison convaincants. Au bout de cette série complexe, Strasbourg pourrait être dans la zone de relégation, à plus d’un quart de la saison. Sans être alarmiste, la mauvaise phase pourrait se prolonger encore pendant quelques journées, et, à la prochaine trêve, le bilan pourrait être très alarmant. Cela conduirait à revoir les ambitions à la baisse pour viser un maintien nécessaire en première division.

« Ce qui est fait est fait. Maintenant, notre tête est uniquement tournée vers le championnat. On ne peut plus se trouver d’excuses. »

Kenny Lala, avant le match contre le PSG, en conférence de presse.

Un rebond à venir pour un club à la trajectoire ascendante

Au delà du bilan comptable catastrophique, Strasbourg devrait logiquement se relever par la suite. En effet, Thierry Laurey peut déjà commencer à bâtir sur les nombreux motifs de satisfaction obtenus dès l’entame de l’exercice 2019/2020. Une fois passé le contrecoup physique et moral de l’élimination en Europa League, il faut savoir retenir des barrages les qualifications contre le Maccabi Haifa FC et contre le Lokomotiv Plovdiv, ainsi qu’une grosse victoire à domicile contre Francfort. En Ligue 1, Strasbourg reste sur un match convaincant face au PSG malgré la défaite 1-0. De plus, l’équipe a une possession moyenne de balle de 50 %, en ayant déjà joué le PSG et l’AS Monaco, et un total de quarante-cinq tirs sur cinq matchs, dont 31 % cadrés.

Dans l’analyse statistique du début de saison, en se fiant aux expected goals (xG), expliqué dans cet article de goal.com, l’équipe de Strasbourg marque moins que ce qu’elle devrait au vu de ses occasions créées. Au prisme de cet outil statistique, le RCSA serait même sixième du classement de Ligue 1 en expected points. L’intérêt de cette statistique pour Strasbourg est de voir que leur mauvaise passe dépend davantage d’un manque d’efficacité et de réussite dans les deux surfaces que du fait de subir la domination des équipes qu’elle a affronté.

Les résultats “qu’auraient du faire” Strasbourg lors de ses cinq premiers matchs selon les xG. (crédit photo : understat.com)

En plus des performances de qualité, les deux premiers mois de compétition ont vu l’émergence d’un jeune crack en défense. En effet, depuis quelques semaines, et particulièrement après le match contre le PSG, toutes les bouches ne parlent que de Mohamed Simakan. Il est un défenseur central flexible, dépannant au poste de latéral, âgé seulement de dix-neuf ans, qui a impressionné lors des barrages et lors du match contre le PSG, possédant l’excellente note moyenne de 6,25 depuis le début de la saison par L’Equipe en Ligue 1. Le jeune vient compléter un effectif déjà bien établi, construit et profond, avec certains cadres de grande classe, comme Kenny Lala ou le gardien Matz Sels.

Mohamed Simakan, la révélation du début de saison. (crédit photo : racingstub.com)

Peut-être que les mois de décembre et de janvier permettront à Strasbourg de se replacer au centre du tableau, puisque, en terme de timing, le début de saison sera assurément digéré, et surtout, le calendrier leur sera clément avec seulement des déplacements à Bordeaux et à Monaco qui pourront être compliqués.

« C’est vrai qu’on a du mal à marquer des buts (seulement trois en cinq journées, et aucune victoire, trois nuls, deux revers), mais on se crée des situations. […] Malgré cette défaite, j’ai bon espoir… »

Thierry Laurey, après la défaite à Paris (1-0), le 14 septembre.

Finalement, le Racing se projette sur une saison où il faudra sûrement assurer le minimum, c’est-à-dire le maintien, pour espérer ensuite repartir vers le haut. Le projet du président Marc Keller est ambitieux, c’est une équipe qui est sur le courant ascendant depuis plusieurs années, qui était encore en CFA 2 lors de la saison 2011/2012, enchaînant les montées jusqu’à remporter la Ligue 2 en 2016, puis d’assurer son maintien dans chacun des exercices suivants. Les dernières saisons ont apporté de nombreuses certitudes.

Thierry Laurey, technicien performant aux différents échelons français, a promu le Gazélec Ajaccio de dix-neuvième de Ligue 2 jusqu’à la promotion en Ligue 1 de 2013 à 2014. Il répond très largement aux attentes depuis sa prise de fonction en 2016 dans le club du nord-est de la France. Si, par son entame et sa forme, cette saison s’annonce plus complexe que la précédente, elle doit servir à prolonger ce que Marc Keller a construit avec son équipe depuis plusieurs saisons. Président reconnu, il est grandement responsable du retour de Strasbourg dans l’élite après la faillite financière et la descente en CFA 2 en août 2011. L’histoire récente est très gratifiante pour le Racing : disposant d’un entraîneur de qualité, un effectif profond et complet, ainsi qu’une excellente gestion des ressources par le président, le RCSA rêve en grand sur le long terme, avec peut-être la belle perspective, dans cinq à six ans, de pouvoir rejouer l’Europe dans une Meinau flambant neuve.