Pour les non initiés, le fonctionnement de la Jupiler Pro League peut paraître, au mieux abstrait, au pire incompréhensible. Phase classique, play-offs I et II, autant de termes étrangers aux suiveurs non avertis. Éléments de compréhension dans un pays où rien n’est définitivement figé.

Le football belge est en constante réforme. Il faudrait plusieurs vies pour le résumer. Ici nous reviendrons sur les dernières réformes qui ont donné le système actuel. En 2015 est entériné une réforme qui vise à réorganiser les divisions une, deux et trois ainsi que les niveaux amateurs pour la saison 2016/2017. Elle est historique parce qu’elle marque la première scission entre football pro et amateur. En division une, on trouve depuis seize équipes et huit en seconde (contre dix-sept auparavant, NDLR). Cela limite le football belge professionnel à vingt-quatre formations.

Des play-offs I pour le gratin du football belge

La phase classique dure trente journées où la totalité des seize équipes se rencontrent en phase aller-retour. À l’issue de cette phase qui prend fin mi-mars, un second mini-championnat a lieu. Sur la première partie de tableau, on retrouve les six premières équipes qui s’affrontent dans la phase des play-offs I.

« Au niveau des droits télévisés cela allonge le championnat, au lieu de trente matchs de phase classique on y ajoute dix journées supplémentaires. C’est aussi une manière de rendre la fin de saison plus passionnante. »

Sébastien Braun, journaliste à l’Avenir

Au début de cette seconde phase, les points de la phase classique sont divisés par deux. Petite subtilité, les points sont arrondis à l’unité supérieure. Concrètement si on prend l’exemple de Genk, champion l’année dernière : à la fin de la phase classique le club avait 63 points, divisés par deux cela fait 31,5 qui ont été arrondis à 32 pour débuter les play-offs I. Spécial.

La saison dernière, l’Antwerp (quatrième des play-offs I) en s’imposant face à Charleroi en barrages, s’est qualifié pour le deuxième tour préliminaire d’Europa League (Crédit photo : Photo News / L’Avenir)

Le champion est par conséquent désigné à la fin de cette phase ainsi que les places qualificatives pour les coupes d’Europe (si il y a égalité de points on prend en compte le classement de la phase régulière, NDLR). Le champion est qualifié pour la phase de groupes de Champions League. Le deuxième est qualifié pour le troisième tour qualificatif à la Champions League. Le troisième est qualifié pour le troisième tour préliminaire à l’Europa League.

Classement de la phase classique de la saison dernière, les six premières équipes se sont affrontées lors des play-offs I pour le titre de champion et les places européennes. Lokeren, dernier, étant automatiquement relégué. (Crédit : transfermarkt.com)

Enfin et cela se corse, le quatrième rencontre le vainqueur des play-offs II pour une place qualificative pour le deuxième tour préliminaire à l’Europa League. Enfin, sur le même modèle que la plupart des championnats européens, le vainqueur de la coupe nationale, la Croky Cup, se retrouve lui directement en phase de groupes d’Europa League. Une attribution des places européennes bien entendu tributaire du coefficient UEFA de la Belgique.

Réforme des play-offs II, là où le bât blesse ?

En juin dernier, la fédération belge décide de reformer le système de play-offs II. La réforme ne concerne pas les play-offs I, les clubs restants attachés à la division des points par deux puisque la suppression de cette règle n’a pas trouvé de majorité lors du vote.

La réforme des play-offs II est votée à 80% en juin 2019. La formule passe alors de deux à quatre poules de quatre clubs issus de division une et deux. Sont concernés les clubs de première division entre la septième et la seizième place et les six premiers de la D1 B.

Genk est la seule équipe à s’être qualifié pour une coupe d’Europe en ayant remporté les play-offs II avec une équipe qui comptait notamment dans ses rangs Kevin De Bruyne et Thibaut Courtois (Crédit photo : footnews.be / PhotoNews)

Les quatre vainqueurs des poules se retrouvent en demi-finales puis finale sur une format aller-retour. Le vainqueur rencontre alors le quatrième de play-offs I. Concrètement, une équipe qui finit quinzième de la phase classique peut se qualifier pour le quatrième tour préliminaire de l’Europa League ! En dix ans de play-offs II, c’est arrivé une seule fois avec Genk en 2009/2010.

Chose surréaliste le premier de 1B et le dernier de la 1A prendront part à ses matchs où seront mêlées seize équipes. Une première pour deux clubs qui habituellement finissaient leur saison à la mi-mars car assurés de descendre en D1B pour l’un et de monter en D1A pour l’autre. Étonnant, sachant tout de même que ces deux clubs n’auront rien à jouer.

Classement actuel de D1B, le champion de la phase classique sera automatiquement promu, les six premières équipes prendront part aux play-offs II avec une possibilité de qualification en quatrième tour préliminaire d’Europa League ! (Crédit : proximus.be)

En définitive, cette réforme ne modifie pas en profondeur le fonctionnement du championnat belge. La RTBF qualifie d’ailleurs cette réforme de « réformette » qui ne risque pas de relancer l’intérêt du public pour des play-offs II qui peinent à remplir les stades.

Le fantôme de la BeNeLeague

Plusieurs alternatives ont été proposées mais finalement le football belge s’est contenté de cette simple réforme des play-offs II. Mais s’il y a une option qui revient régulièrement dans l’actualité footballistique belge, c’est bien celle de la BeNeLeague.

Ce championnat mêlerait les meilleurs clubs belges avec les meilleurs clubs néerlandais. Cela apparaît comme un sceptre qui revient régulièrement. Le premier à l’évoquer, c’est le président d’Anderlecht Michel Verschueren en 1996. L’objectif est clair : faire augmenter les droits télévisuels et donc les budgets des clubs belges et hollandais pour que ceux-ci soient en mesure de garder leurs meilleurs footballeurs. En 2003, Harry Van Raaij, président du PSV Eindhoven, avait même soumis l’idée à l’UEFA qui n’avait pas donnée suite.

Vincent Kompany est un des joueurs qui a pris publiquement parti pour la création d’une BeneLeague (Crédit photo: wallfoot.be / Photo News)

Depuis, Marco Van Basten, Roland Dûchatelet (alors président du Standard de Liège, NDLR), et plus récemment Vincent Kompany se sont déclarés en faveur d’une telle initiative. Sans succès.

« Je ne comprends pas que des pays comme la Belgique et les Pays-Bas ne participent pas ensemble à une compétition plus vaste… De quoi élever le niveau de jeu de chacun »

Vincent Kompany à props de la création d’une BeNeLeague

La fédération belge et les petits clubs s’opposent régulièrement à ce projet où ils auraient plus à perdre qu’à gagner. Seuls les meilleurs clubs seraient concernés et la Jupiler Pro League perdrait la mainmise sur le championnat ce qui serait perçu comme un aveu d’impuissance.

Au final, seules les sections féminines ont sauté le pas avec une expérience qui aura duré… deux saisons entre 2013 et 2015 ! Récemment en juin dernier, la presse belge relatait que certains clubs belges et néerlandais se seraient rencontrés pour évoquer le projet… sans suites. La BeneLeague apparaît définitivement comme l’Arlésienne du football belge.

Lutte d’influence et désintérêt pour les play-offs II

Il faut dire que ces réformes font l’objet de lobbying actif entre les clubs. Sans surprise, ces derniers mieux armés économiquement s’opposent aux plus précaires. Anderlecht, le FC Bruges, Genk et la Gantoise vont régulièrement à l’encontre des clubs les moins riches.

Les plus aisés menacent régulièrement de faire sécession avec donc, un championnat type BeNeLeague voire en rejoignant le championnat français comme l’avait menacé l’ex-président du Standard de Liège. Pour l’instant, l’utopie demeure et l’ensemble des vingt-quatre clubs professionnels de Belgique est appelé à composer ensemble.

Derrière ces menaces, il y aussi le constat d’une formule actuelle qui ne séduit pas les foules. Un postulat surtout vrai pour les play-offs II malgré la possibilité d’une qualification en tour préliminaire d’Europa League. Pour remplir son stade, le Standard de Liège avait même rendu gratuites les places pour ses abonnés lors de la saison 2016/2017. Sans succès.

« Si même la gratuité ne suffit plus à remplir les tribunes, seule l’implémentation d’un véritable enjeu peut sauver les PO2 de l’ennui et de la lassitude »

Romain Lengendries, journaliste dans les colonnes de la RTBF

Le constat est sans appel pour un football belge qui évolue dans une phase de réforme constante. La formule des play-offs I, en place depuis dix ans, est amenée à rester en place. Celle des play-offs II apparaît plus discutée.

« Les play-offs II n’ont jamais intéressé personne ! Il n’y a que les petits clubs qui s’y retrouvent, cela ne facilite pas l’engouement bien évidemment »

Sébastien Braun, journaliste à l’Avenir

La question des droits télévisuels demeure centrale dans un football belge qui dispose de moyens économiques moins importants que ses voisins. Dans les années à venir, les révisions de ce système devraient être légion. À l’instar des autres championnats, la Jupiler Pro League n’échappe pas aux oppositions entre gros et petits clubs aux objectifs économiques divergents. Le débat est donc loin d’être clos dans un plat pays qui décidément ne fait rien comme les autres.