Le 14 mai 2017, les Spurs disaient adieu à leur antre mythique d’un White Hart Lane, après 118 ans d’histoire commune. Une séparation déchirante qui annonçait le défi architectural le plus ambitieux des dix dernières années, la construction d’un complexe monumental : le Tottenham Hotspur Stadium.

Les joueurs et supporters sont unanimes face au nouveau stade, considéré comme le plus beau d’Europe. Même place que le White Hart Lane mais nom différent, comme pour montrer la nouvelle dimension d’un club qui veut s’imposer comme l’un des plus grands du continent.

Le White Hart Lane et le football business

Le White Hart Lane a hébergé le club de Tottenham de 1899 à 2017. Une cohabitation qui a été considérée comme l’une des plus belles du championnat. Un stade qui date de la genèse du football, une ambiance fameuse et réputée, des tribunes très proches du terrain, voilà le mélange parfait qui faisait du White Hart Lane une enceinte très anglaise.

Dans son histoire, le stade aura vu les Spurs remporter deux fois le Championnat, huit fois la FA Cup, et deux fois la Coupe de l’UEFA, défiler les légendes Paul Gascoigne, Jimmy Greaves, David Ginola. Mais il fallait changer d’antre pour gagner plus de trophées.

Le White Hart Lane était en effet un frein à l’affirmation du club dans la cour des grands. En raison, une capacité très modeste (36 000 places) qui paraissait ridicule face à des monstres comme le Camp Nou (100 000 places) ou l’Allianz Arena (75 000 places), ou face aux rivaux de Londres (l’Emirates Stadium d’Arsenal contenant 60 000 places).

Un stade trop modeste pour un club aussi riche et ambitieux (Crédits Photo : besoccer.com)

Le problème n’est pas seulement lié à la capacité du stade : les 41 000 places de Stamford Bridge n’ont pas empêché Chelsea de gagner la Ligue des Champions en 2012, l’Europa League en 2013 et la Premier League en 2017. Avec le football business qui s’accroît considérablement depuis les dix dernières années, il est nécessaire de montrer la puissance du club aux yeux du monde, et le moyen le plus efficace pour diffuser cette image est d’utiliser le symbole ultime du club : le stade et son architecture.

Pour s’imposer comme une grande équipe, montrer sa richesse, Tottenham avait besoin d’une nouvelle enceinte moderne et attirante, s’opposant au caractère traditionnel du White Hart Lane. Connu comme l’un des clubs les plus riches au monde, Tottenham va beaucoup mettre d’argent sur la table pour construire un stade inédit qui montrera la grandeur du club. Avec un coût de 1,16 milliards d’euros, le Northumberland Development Project voit le jour en 2014.

En mai 2017, Tottenham joue un dernier match à White Hart Lane contre Manchester United. Le club gagne 2-1. Une émouvante et poignante cérémonie d’adieu est faite, le stade est envahi à la fin de la rencontre. Le club déménage ensuite pour le mythique stade de Wembley, en attendant la construction du nouveau complexe prévu pour 2019.

Le White Hart Lane envahi lors de la dernière rencontre de Tottenham avant la destruction du stade (Crédits Photo : Tottenham Hotspur)

Nostalgie et adaptation difficile à Wembley

Tottenham joue ainsi l’intégralité de la saison 2017/2018 à Wembley, pendant que le nouveau stade se construit petit à petit. Mais, alors que le White Hart Lane se fait détruire et raser de la carte, les Spurs peinent à se sentir chez soi à Wembley. Le problème est que Wembley, stade monumental de 90 000 places, est tout simplement celui de l’équipe d’Angleterre. Difficile alors pour le club de s’approprier le lieu. Et cela se ressent tout de suite dans les rencontres « à la maison ».

En 19 matchs à Wembley lors de la saison 2017/2018, le club ne marque que 43 points sur 57 possibles, se classant ainsi cinquième équipe à domicile, pour être deuxième à l’extérieur avec 34 points. Les Spurs terminent quand même à la troisième place avec 77 points.

La saison 2018/2019 renforce ce sentiment – n’allons pas jusqu’au mal être – qui touche les joueurs et les supporters. En 31 journées, le club londonien a marqué plus de points à l’extérieur qu’à domicile. Avec 27 points en 14 matchs à domicile, l’équipe marque 33 points en 17 journées dans les autres stades. Aujourd’hui classés quatrième, ils sont en concurrence directe avec Chelsea, Arsenal et Manchester United.

La défaite 3-1 contre les Wolves le 29 décembre dernier, un exemple parmi d’autres de la difficulté du club à s’imposer à Wembley (Crédit Vidéo : Youtube Wolverhampton)

Le problème des performance au sein du stade n’est pas seulement dû à un sentiment commun mais aussi à la pelouse avec des dimensions bien plus grandes qu’à White Hart Lane. La pelouse de Wembley est 440 m² plus grande que l’ancien stade de Tottenham qui était connu comme très petit, avec 105 mètres de long pour 67 de large. Les supporters avaient ainsi hâte de retourner chez eux. Il faudra attendre le 3 avril.

Une nouvelle enceinte titanesque

Et ils n’ont pas été déçus. Le nouveau complexe est gigantesque. Les constructeurs ont tout pensé pour optimiser les performances et l’attractivité du club, afin de concurrencer les grands. Le Tottenham Hotspur Stadium, qui prendra le nom d’une entreprise prochainement, comme les stades de Lyon et du Bayern Munich, est doté de 62 000 places, ce qui fait de lui le deuxième plus grand stade de Premier League, derrière Old Trafford.

Le club a voulu battre les records, avec les plus grands écrans géants (325 m²) et la plus grande surface de vente d’Europe (2000 m²) mais aussi rendre le stade tout à fait attractif avec le « Sky Walk », un mur d’escalade pour l’adrénaline mais aussi un hôtel de 180 chambres et un restaurant occupé par des cuisiniers étoilés. Le « Tunnel Club », avec un abonnement à 23 000€ propose des places offrant à une vue inédite de l’entrée des joueurs et un grand confort.

Un stade qui offre grand nombre d’activités hors football (Crédit Twitter : @NewsSpursStadium)

Le stade vise ainsi à attirer un public plus large que le simple supporter de football. Cela va encore plus loin, l’enceinte ne se servira pas seulement au club de Tottenham mais aussi au club de rugby des Saracens et à deux rencontres de NFL (le grand championnat de football américain aux Etats-Unis). Un stade qui va donc énormément faire parler de lui.

Pour autant, le stade ne s’éloigne pas du football, mieux, il s’en rapproche. Si le White Hart Lane posait problème pour une trop grande proximité entre la tribune et la pelouse. Elle a été un petit peu corrigée avec une proximité maintenant de 8 mètres, ce qui reste toujours plus près que la moyenne. Dans les tribunes mêmes, un « mur blanc » de 17 500 places a été érigé, en s’inspirant du « mur jaune » du Borussia Dortmund.

Le Tottenham Hotspur Stadium fait rêver par son architecture très moderne, considérée déjà comme une prouesse sans égal, surmonté par l’emblème du club, le « Golden Cockerel ».

Le « Golden Cockerel », l’âme du club, surplombe le stade de Tottenham (Crédit Twitter : @SpursOfficial)

Un retour à la maison réussi

Le 3 avril dernier, les Spurs jouaient leur premier match dans l’enceinte du nouveau stade contre Crystal Palace après une grande cérémonie.

Alors qu’ils étaient à un point pris en cinq rencontres, ils avaient à tâche de se reprendre en prévision du match contre Manchester City pour les quarts de finale. Défaits par Burnley le 23 février, par Southampton le 9 mars, puis par Liverpool le 31 mars dernier sur le même score 2-1, les Spurs restaient sur un enchaînement de contre-performances notable accentué par une défaite 2-0 à Chelsea puis un match nul contre Arsenal, avant de poser pour la première fois les pieds sur leur nouvelle pelouse.

Mais ce premier match a finalement été une réussite avec une victoire 2-0 contre Crystal Palace avec des buts de Heung-Min Son à la 55ème et de Christian Eriksen à la 80ème minute. Les joueurs de Tottenham ont empêché leurs adversaires d’exister en les écrasant dans tous les secteurs du jeu avec 65% de possession et 26 tirs contre 5. Habituellement dangereux, Wilfried Zaha et Luka Milivojević ont été fantomatiques en opposition à Son et Eriksen qui ont brillé.

Tottenham a surpassé Crystal Palace pour son premier match dans le nouveau stade (Crédit vidéo : Youtube Tottenham Hotspur)

Comme pour l’Atletico Madrid avec Vicente-Calderon, la séparation de Tottenham avec son mythique stade White Hart Lane annonce en réalité un avenir radieux pour une enceinte attirante. Les présentations ont été réussies entre les joueurs et le stade lors de la victoire contre Crystal Palace, maintenant à eux d’officialiser le mariage ce soir contre Manchester City.