La Coupe d’Afrique des Nations 2019 qui se déroule en Égypte (21 juin/19 juillet) a fort mal débuté pour la Tunisie. En concédant un nul 1-1 face à l’Angola, les « Aigles » vont affronter le Mali et tenter de faire un résultat.

À l’heure des premiers matchs de la CAN 2019, un enseignement peut d’ores et déjà être tiré : celui qu’elle est une compétition difficile avec des scores étriqués et un niveau de jeu globalement équivalent entre les équipes. Dans ces conditions, le match nul 1-1 de la Tunisie face à l’Angola de Wilson Eduardo constitue une contre-performance. Cependant, rien de rédhibitoire pour le moment. Il faudra donc tenter d’engranger des points lors du match ô combien important face au Mali vendredi à 16h30 au New Suez Stadium. Pour cela, les Tunisiens compteront donc sur leurs milieux de terrain pour les sortir de l’ornière. Une donnée essentielle du dispositif et un poste qui démontre l’important vivier de joueurs du pays.

Msakni et ses amis heureux (Crédit photo : Tunisie Numérique)

Tunisie, les 5 mousquetaires de la technicité

Lorsque l’on se plonge avec attention dans l’effectif des « Aigles de Carthage », un fait saute aux yeux, la présence de nombreux visages connus par tous les amoureux de la Ligue 1. Lorsque l’on suit attentivement là encore ces noms, un autre fait se fait également jour : la présence de milieux de terrain aussi techniques que vifs permettant de voir des gestes de grande classe sur le terrain.

Wahbi Khazri (à gauche N°18) et Ellyes Skhiri (à droite N°17), les numéros se suivent toujours (Crédit photo : Kapitalis)

Dans un football maghrébin qui a également donné ses plus belles lettres de noblesse à ce poste ô combien essentiel, les noms de Wahbi Khazri (Saint-Etienne, 28 ans), Naïm Sliti (Dijon, 26 ans), Ellyes Skhiri (Montpellier, 24 ans) ou Bassem Srarfi (Nice, 22 ans) ne dépareraient pas au sein d’effectifs plus huppés. Ajoutez à ces noms le dernier milieu plus offensif Youssef Msakni, en prêt à Eupen cette saison et la Tunisie démontre qu’elle est bien outillée à ce poste.

« Il doit prendre conscience de ses qualités, Sliti, c’est le profil type du joueur technique, créatif, instinctif »

Alain Giresse, le sélectionneur tunisien, à propos de son milieu de terrain Naïm Sliti. La remarque est également valable pour tout le milieu de terrain des « Aigles » (Jeune Afrique)
Bassem Srarfi (N°18 à droite) en mode d’Artagnan (Crédit photo : Ogcnissa)

Capables de combiner dans les petits espaces, dotés de techniques à une touche de balle et tout l’attirail de milieux modernes, ces quatre joueurs représentent le meilleur moyen de qualification pour la Tunisie. De plus, entre Khazri, capable d’évoluer en faux 9, à l’instar de Leo Messi à Barcelone et Sliti, buteurs réguliers, l’attaque tunisienne est entre de bonnes mains.

Youssef Msakni (à gauche, N°7) et Naïm Sliti, la technique en actions (Crédit photo : Kapitalis)

L’ombre de Santos plane encore en attaque

Seulement si le football tunisien est réputé pour sa défense solide et son milieu de terrain à tout faire, un autre poste est en carence, celui du buteur ! En 2004, quand la Tunisie remporta la CAN à domicile, elle le fit avec un attaquant évoluant à Sochaux naturalisé tunisien en la personne de Francileudo dos Santos Silva Lima dit Santos qui fut un des meilleurs réalisateurs de la compétition avec 4 buts.

Riadh Bouazizi (à gauche, N°13) et Francileudo Santos (N°11) en 2004 après le gain de la CAN à domicile. Depuis lors, le Brésiliano-Tunisien n’a jamais eu d’équivalent en sélection dans son rôle de buteur (Crédit photo : France Football)

Attaquant prenant la profondeur et offrant des solutions à ses partenaires, il était capable de débloquer des situations bouchées et un des grands artisans de la victoire finale des Tunisiens. Depuis lors, à part l’ancien attaquant de l’Espérance Tunis Ahmed Akaïchi (et ses trois pions marqués lors de la CAN 2015 en Guinée-Equatoriale), aucun buteur tunisien n’a réussi à sortir du lot.

Ce qui est problématique lors des grandes compétitions. Pour cette CAN afin de marquer, le sélectionneur Alain Giresse pourra compter sur ses attaquants Taha Yassine Khenissi de l’ES Tunis ou le jeune Firas Chaouat du CS Sfax. Une tâche ardue pour une sélection qui doit se reposer sur un buteur fiable mais surtout régulier désormais. À ces derniers d’être dignes de leurs glorieux anciens tels que Mohamed Ali Akid ou Témime Lahzami, buteurs dans les années 70.

Tarak Dhiab, le précurseur du milieu

Pour pouvoir comprendre cette accointance liée aux milieux de terrain-buteurs, il faut se plonger également dans l’histoire du football tunisien. Dont l’un des précurseurs à ce poste fut Tarak Dhiab. Celui qui fut surnommé « L’Empereur du football tunisien » balisa le chemin pour les générations à venir. Gaucher, technique lui aussi, capable de marquer des buts, Dhiab a considérablement marqué une génération dans son pays et sur le continent africain.

Tarak Dhiab, la légende du football tunisien (Crédit vidéo : Youtube, Artiste Tunisien 03)

Une carrière de plus de 15 ans à l’Espérance Tunis, celui qui est considéré comme le « meilleur joueur tunisien du siècle » représente la belle époque du football maghrébin. Entre le Marocain Mohamed Timoumi, l’Algérien ancien du PSG Mustapha Dahleb et donc Dhiab qui furent des joueurs techniques et prouvant que la maîtrise de tout l’apanage du football n’était pas seulement européen.

Un joueur qui concentra également sur sa personne une bonne partie du football national grâce auquel surtout de nombreux autres joueurs firent leur apparition par la suite tels l’ancien international passé par Fribourg en Allemagne et en Turquie à Besiktas, Zoubeir Baya, l’ancien parisien Selim Benachour ou encore Faouzi Rouissi. Des milieux au toucher de balle, buteurs et là encore portant le poids de leur sélection à diverses époques.

Giresse et le carré magique ressuscité ?

Pour Alain Giresse, l’objectif sera, outre de prendre des points face aux Maliens, tenter de sortir du groupe E. Pour l’ancien milieu de terrain international français et qui est grandement contesté après la piètre match nul face à l’Angola, la solution passera irrémédiablement par son milieu.

Un retour aux sources finalement pour celui qui fut dans une équipe de France et son carré magique. Composé de Michel Platini, Luis Fernandez, Jean Tigana et Alain Giresse donc, ce dernier pourra se remémorer cette belle équipe. En tentant d’appliquer avec Sliti, Khazri, Skhiri et Msakni, les mêmes recettes pour la Tunisie ? Pour cela il leur faudra mettre en place une meilleure répartition des rôles avec Khazri en poste avancé et les autres lui tournant autour.

Premier match de la CAN 2019 pour la Tunisie et un nul contre l’Angola 1-1 (Crédit vidéo : Youtube, CAF TV)

Dans tous les cas, la meilleure chance de qualification des Tunisiens sera de mettre au diapason tous ces joueurs. À l’instar de l’Équipe de France des années 80 dans laquelle les milieux étaient plus buteurs que les attaquants eux-mêmes. Ce qui ouvrait davantage le champ des possibles et la variété dans les actions. Une sorte de lien jamais démenti entre la France, terre d’accueil de nombreux Tunisiens ou d’origine (tel Cyril Hanouna NDLR). À Sliti ou Khazri de montrer la voie.

Équilibre à trouver VS équipe jeune

Au sein d’une équipe dont seulement un joueur dépasse les 30 ans (le défenseur de l’Étoile du Sahel Karim Aouadhi, avec ses 33 ans, NDLR), il est fort difficile de miser sur une expérience. Dans ces conditions, cette jeunesse d’âme voire cette insouciance propres aux équipes en reconstruction seront les meilleurs atouts pour Sliti et les siens.

« Nous n’avons pas su jouer comme il le fallait et nous devons nous rattraper pour le prochain match, a réagi l’attaquant. Ce sera contre le Mali et notre prestation doit être différente par rapport à ce que nous avons produit aujourd’hui. Il faudra mettre plus de rythme, d’intensité pour faire un vrai match de football. Face à l’Angola, nous n’avons pas su maitriser la possession du ballon et le faire circuler rapidement pour mettre en difficulté l’adversaire »

Wahbi Khazri, tout est dit dans la citation… (Football 365)

Si d’aventure Khenissi réussit à se mettre au niveau d’efficacité de Khazri ou de Msakni, les Tunisiens tenteront de retrouver leur lustre d’antan. Pour cela Giresse devra remobiliser les troupes et impliquer tous les joueurs afin d’aider le groupe à passer l’écueil de la Mauritanie mais surtout du Mali. Une tâche ardue mais pas impossible si le collectif prend en charge la qualité individuelle.

Mali, match décisif mais pas que…

Quoiqu’il en soit, les Tunisiens seront au pied du mur vendredi face au Mali. Il leur faudra tenter de prendre au moins un point face aux coéquipiers de l’attaquant du FC Porto Moussa Marega. Pour pouvoir espérer se qualifier lors du dernier match face à la Mauritanie mardi prochain.

« On a des joueurs expérimentés et le coach (Alain Giresse NDLR) l’est également. Mais le niveau général doit se réhausser et on doit impliquer d’autres joueurs tels que Bassem Srarfi (milieu) pour pouvoir avoir une chance de se qualifier »

Moetez Hammami et Samy Ben Youssef, supporters Tunisiens à Paris qui y croient fort

Pour cela, buteur ou pas buteur défini, Wahbi Khazri et ses compatriotes devront se faire violences et marquer. Rien d’impossible pour le « carré magique » tunisien mais à la seule condition de voir le milieu de terrain se mettre en ordre de marche ensemble avec technique, fougue, passion mais surtout volonté de montrer au football africain qu’il faudra compter sur eux. Comme le dit l’adage populaire, le juste milieu est le meilleur. Tout simplement ?