La crise stéphanoise de ce début de saison 2019/2020 a mis en lumière certaines faiblesses que le club traîne depuis plusieurs saisons. Parmi celles-ci, le manque principal est sûrement l’absence d’un vrai buteur à la pointe de l’attaque des Verts depuis sept ans.

Si les performances de ce début de saison ont surtout été imputées à Ghislain Printant, remplacé par Claude Puel pour le reste de la saison, il est difficile de considérer qu’il disposait d’un effectif complet et fourni à tous les postes. Depuis le départ de Pierre-Emerick Aubamayang, aucun joueur formé pour être un numéro 9 n’a dépassé la barre des 15 buts sur une saison, et toutes les recrues à ce poste ont été décevantes.

Saison 2012-2013 : Une saison à dix-neuf buts pour Pierre-Emerick Aubamayang, un record depuis Michel Platini… (Crédit vidéo : Youtube, @Ligue1Conforoma)

L’enchaînement des déceptions : un poste maudit ?

Depuis Nolan Roux et ses neuf buts en 2015/2016, tous les meilleurs buteurs par saison de Saint-Etienne étaient des joueurs dont le poste préférentiel n’était pas d’être à la pointe de l’attaque, que ce soit Romain Hamouma (sept buts en 2016/2017), Rémy Cabella (huit buts en 2017/2018) ou Wahbi Kazhri la saison passée (treize buts), qui était certes placé en pointe, mais dont la vocation est davantage d’être un milieu de terrain. Dans sa carrière, il a marqué quatre-vingt buts en 417 matchs, il ne peut pas être considéré comme un vrai buteur.

Depuis deux saisons, le milieu offensif tunisien Wahbi Kazhri occupe la pointe, préféré à Robert Beric, un peu plus efficace mais trop peu présent dans le jeu. (crédit photo : LFP)

Le dernier grand attaquant de l’AS Saint-Etienne était le Gabonais Aubamayang, auteur de quarante et un buts en quatre-vingt-dix-sept matchs, ce qui fait de lui le 31e meilleur buteur de l’histoire du club en seulement trois saisons, et qui est désormais un attaquant de classe mondiale. Après son départ, de nombreuses recrues se sont succédé au fil des mercatos, certaines très prometteuses, mais aucune n’a donné satisfaction. Parmi ces fiascos, il y a eu Ricky van Wolfswinckel (neuf buts en trente-neuf matchs), Alexander Soderlund (six buts en 52 matchs), Nolan Roux (seize buts en soixante 77 matchs), Robert Beric dans une moindre mesure car assez efficace et apprécié du public, mais qui ne s’est pas non plus imposé auprès de ses coachs (trente-trois buts en 94 matchs), et enfin Loïs Diony (sept buts en 50 matchs).

Loïs Diony, l’une des grandes déceptions des derniers mercatos. Il avait pourtant flambé avec Dijon, mais n’a pas surpassé la malédiction du 9 à Saint-Etienne. (crédit photo : L’Equipe.)

Ces nombreux échecs font presque l’effet d’une malédiction, puisque la plupart étaient prometteurs, à l’image de Diony qui sortait d’une saison prolifique avec Dijon. Même quand Kahzri a enchaîné les buts la saison passée, la pression liée à ce poste chez les Verts l’a rattrapé et il est désormais muet depuis la 20e journée de la saison précédente. Sept ans sans trouver une pointe qui convainc, cela a créé une attente énorme autour de ce rôle, et il faudra sûrement recruter un buteur aux nerfs solides pour outrepasser cette série noire, quand on connaît en plus la ferveur de Geoffroy-Guichard…

Un manque qui coûte cher en Ligue 1

En Ligue 1, avoir un bon attaquant est une nécessité tactique, et toutes les équipes ayant remporté le championnat depuis une dizaine d’années étaient pourvues d’un « tueur » culminant au-delà des 20 buts par saison, que ce soit le PSG, avec Ibrahimovic, Cavani, Mbappé ; l’AS Monaco, lors de son sacre de 2016/2017, qui, jouant avec deux attaquants, a pu mettre en lumière ses trois finisseurs : Mbappé à nouveau, Falcao et Germain ; ou encore, le club de Montpellier, il y a sept ans, avec Olivier Giroud. Au vu du profil tactique du championnat, le buteur a pour rôle d’être le pilier régulier de l’équipe, capable de concrétiser les temps forts de son équipe par un but et de punir les erreurs des adversaires. Comme un symbole du début de saison catastrophique de l’ASSE, aucun de ses numéro 9 n’a marqué durant les premières journées.

Avec des buteurs muets depuis le début la saison, c’est vers Romain Hamouma (meilleur buteur stéphanois), et Mathieu Debuchy (auteur d’un but victorieux contre Nîmes) que se tournent les Verts. (crédit photo : Eurosport)

Cependant, on se doit de nuancer ce constat, et ne pas voir l’échec de ce début de saison uniquement par le prisme d’un recrutement manqué cet été. En effet, même si la présence d’un grand attaquant aurait sûrement permis au club d’arracher une place en Ligue des Champions sur ces dernières années, l’ASSE s’en est très bien sortie sur plusieurs des saisons passées sans numéro 9, comme en 2018/2019 où elle termine 4e. Sur cette saison, les expected goals (xG) du club stéphanois, c’est-à-dire les buts qu’ils « auraient dû marquer » selon la qualité des occasions, sont de 7,99 : ils auraient dû marquer 7,99 buts et ils en ont en fait marqué 7. Cela illustre que le problème stéphanois n’est pas celui du réalisme, mais bien du fait qu’ils ne se procurent que trop peu d’occasions. Même si l’attaquant participe à la création des occasions, cet aspect du jeu repose davantage sur la responsabilité des autres postes, et aussi du plan de jeu de l’entraîneur.


Sainté tire moins que la moyenne en L1 (74 contre 97,75) mais cadre plus (39% contre 32%) : le problème semble davantage dans la création d’occasions que dans l’efficacité, nuançant les conséquences de l’absence d’un buteur. (crédit photo : OneFootball)

Le poste est ciblé : des pistes pour l’avenir

Pour les clubs français, le poste de buteur est l’un des plus rares, et les profils à succès coûtent cher dans un championnat où il est plus facile pour les ailiers de briller. Les équipes renforcent grandement l’axe, jouent bas et resserré, les attaquants doivent donc exceller dans leur fonction principale : concrétiser chaque occasion. La comédie des dernières années du « grantattakan » à l’OM illustre la rareté des joueurs à ce poste. Aussi, quand on voit les moyens déployés pour s’approprier les services de l’attaquant argentin Dario Benedetto, (transfert de 14 millions d’euros, plus 2 de bonus, et un contrat de 4 ans minimum à 260 000 euros mensuel pour un joueur de 29 ans), c’est très cher et long, dur à revaloriser, il est difficile d’imaginer Sainté opter pour une option similaire. Pour la cellule sportive de l’ASSE, il est davantage possible de leur imputer des erreurs de casting qu’une inactivité sur la recherche de ce poste.

Rares sont les clubs en Ligue 1 qui peuvent s’offrir une attaque comme ce duo Ben Yedder / Slimani à Monaco. (crédit photo : Le Parisien).


« Vous croyez qu’un coach se satisfait toujours de ce qu’il a ? […] Nous souhaitons les mêmes renforts que depuis le début. […] certainement offensivement.»

Ghislain Printant, technicien stéphanois au début de la saison, à propos du mercato d’été.

Dans ce poste cher et convoité, l’ASSE a cependant déjà lancé de nouvelles pistes, y compris à activer dès le mercato d’hiver. Si bien des noms avaient circulé durant le mercato d’été, sans aboutir, l’intérêt des stéphanois pour le croate Bruno Petkovic, attaquant du Dinamo Zagreb, semble se confirmer. Bien que sa qualité de buteur reste à prouver (seulement trente-trois buts en 166 matchs), le « grand » attaquant (1,93 m) est cependant sur une très bonne série cette saison (huit buts en 9 matchs), et a l’avantage d’être encore jeune, seulement 25 ans. Il faudra surtout qu’il soit fort mentalement, même si ses bonnes performances en phases qualificatives de la Ligue des Champions vont dans sa faveur.

A l’image du jeune stéphanois Charles Abi, est-ce que l’attaquant recherché ne pourrait pas venir de la formation ? (crédit photo : Radio Sport FM)

Finalement, et si le « grantattakan » que cherchent les Verts, ils ne l’avaient pas déjà ? L’échec à ce poste repose particulièrement sur un manque de confiance et si un joueur se met à enchaîner les buts, Beric par exemple, cela pourrait repartir sans même devoir renforcer l’effectif. De plus, Sainté peut regarder chez ses jeunes. Charles Abi, buteur de formation âgé de 19 ans, a intégré le groupe professionnel et joue ses premiers matchs, lui qui a remporté la Gambardella 2019. Davantage ailier, mais pouvant évoluer buteur, le Cap-verdien Vagner Dias, prêté à l’ASNL depuis moins d’un an, éblouit la Ligue 2 et pourrait faire jouer la concurrence au terme de son prêt. Si, parmi tous ces profils, il est difficile de dégager certaines certitudes autour de l’avenir de ce poste, on peut imaginer que quand un numéro 9 fera une saison pleine avec le club, cela changera complètement la face de l’équipe.