Dans ce groupe A, les Bleues ont un horizon dégagé. Deux matchs, deux victoires (Corée du Sud 4-0 et Norvège 2-0). Derrière, ça pousse, ça se dispute, ce n’est pas mort. La moribonde Corée du Sud espère encore, la Norvège y est presque, le Nigéria y croît. Avant-veille de troisième match, l’heure de ne voir que ses forces.  

La tradition veut que le groupe A soit celui du pays hôte. Lors du tirage des poules, les sélections demandent aux divinités du football d’être exaucées sur deux points. Ne pas tomber dans un groupe de la mort, avec des seconds couteaux qui ressemblent au premier chapeau. Et ne pas tomber dans le groupe du pays hôte, surtout en match d’ouverture. Ca veut dire jouer à onze quand les autres en face, chez elles, jouent à 45 000, minimum. Allez réussir votre entrée dans la compétition après ça…

Le sort a décidé que le groupe A ne comporterait pas d’équipe américaine, Nord comme Sud. On garde ça pour plus tard, les huitièmes, avec possiblement le Brésil (groupe C) si les coéquipières de Marta et Formiga accrochent la seconde place ou finissent meilleures troisièmes. Et puis les quarts surtout. Si la trajectoire des Bleues est parallèle à celle des Etats-Unis, il y aura une superbe affiche le 28 juin, au Parc des Princes, à Paris : les Bleues face aux Stars and Stripes. Comme une finale deux tours trop tôt.

Groupe A : la Terre tourne rond

Pour le moment, dans cette poule A, la Terre tourne rond… ou à peu près. À la veille des troisièmes matchs, décisifs pour les qualifications en huitièmes de finales, la France meilleure nation FIFA (4ème place) culmine grâce à ses deux victoires en deux matchs (4-0 face à la Corée du Sud le 7 juin et 2-1 face à la Norvège le 12 juin).

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Entrée réussie des Bleues dans la compétition, elles dominent la Corée 4-0 (crédit Twitter : @equipedefrance)

En en embuscade, Norvège et Nigéria (12ème et 38ème classement FIFA), léger avantage pour les Scandinaves grâce à une meilleure différence de buts (+2 vs -1). À la traîne, presque condamnée, la Corée du Sud pourtant 14ème, mais trop tendre, bien trop tendre pour ce niveau de compétition. La défense qui faisait sa force (un seul but encaissé durant les phases de qualification), a pris l’eau en deux matchs : quatre buts contre la France, deux contre les Super Falcons du Nigéria, dont un contre son camp. Finalement, seul but inscrit par celles que l’on surnomme les Guerrières Taegeuk. Pour le match de la dernière chance, face à la Norvège le lundi 17 juin à 21h, il faudra sortir la grosse cavalerie et le zéro déchet technique.  Les Sud-coréennes ne sont peut-être pas outillées pour.

L’aggiornamento norvégien

Car la Norvège, justement, hormis compter parmi les vainqueurs du trophée en 1995, a montré une forme physique et technique impressionnante. Sans Ada Hegerberg. Oui, sans la Ballon d’Or Ada Hegerberg. Après un Euro 2017 raté qui a conduit au retrait de l’attaquante lyonnaise de sa sélection nationale, la Norvège semble sur la voie de l’aggiornamento. Emmenées par le Suédois Martin Sjogren, les Scandinaves sont entrées de plein pied dans un autre football. Leurs qualités athlétiques sont toujours leur marque de fabrique. Demandez aux Bleues, à Marion Torrent. Face aux Norvégiennes, physiquement, faut donner de soi, pas seulement du genou. De soi, en entier.

Mais dans cette Coupe du Monde, les Norvégiennes proposent autre chose. Du jeu. Un allant. Elles ont les joueuses pour, et c’est beau à voir.

Les Norvégiennes ont fait trembler les Françaises en proposant un jeu physique et technique (crédit vidéo : Youtube FIFA)

Les patronnes sont au rendez-vous. Caroline Graham Hansen, l’attaquante de Wolfsburg, comme l’autre star de cette sélection, la polyvalente joueuse de Chelsea Maren Mjelde. Et celles que l’on découvre : Guro Reiten, Lisa-Marie Utland, toutes deux buteuses face au Nigéria. Dès qu’elles attrapent le ballon, on frissonne. Parce qu’on sait qu’avec ces femmes-là, un duel perdu vire toujours au drame.

Tout est perdu pour la Corée du Sud ?

Perdu face à la France. Perdu face au Nigéria. Alors difficile, oui.

Ces Super Falcons, d’ailleurs, on les sent bouillir. Cueillies à froid pour leur premier match contre la Norvège (défaite 3-0), elles ont passé leurs nerfs, poliment, sportivement sur les Coréennes, pas du tout impressionnées par la différence au classement FIFA. Elles sont gonflées à bloc, et Asisat Oshoala, l’attaquante de Chelsea est entrée dans son Mondial en déposant la défense coréenne et crucifiant la gardienne pour le but du 2-0.

Les Nigérianes s’inclinent 3-0 face aux Norvégiennes pour leur premier match (crédit vidéo : YouTube FIFA)

Un match pour se roder, le suivant pour peaufiner, le dernier pour confirmer ? Face à la France, les stats ne seront pas de leur côté. Le public non plus. Il faudra oublier l’un et l’autre. Oublier le 8-0 infligé le 8 avril 2018 en match amical. Se dire que c’était déjà une autre vie.

Jouer le troisième match comme si c’était le premier

Ce qui se joue dans un troisième tour, c’est un destin. Et dans ce groupe A, chaque équipe a la certitude de le maîtriser. C’est simple, il faut gagner. La France pour s’assurer la première place du groupe (même si un match nul suffirait), les autres pour accrocher la seconde place. La troisième position, trop incertaine : ça se joue entre meilleures troisièmes des groupes A, B, ou F, potentiellement l’Espagne, la Chine, la Suède. Des morceaux.

Faudra se lancer avec la volonté de faire mal, d’enfoncer le clou au maximum. C’est à la différence de buts que ça se joue aussi. Pas de pitié. Même les Bleues, déjà qualifiées, en mode rotation, se devront de gagner. Quand on joue devant son public, il n’y a pas d’alternative. Et pour les huitièmes, rien de tel que de s’offrir un adversaire qui n’aura pas tout réussi en poules. Mais pour les autres, Norvégiennes, Coréennes, Nigérianes, il faudra y aller comme au premier jour, lorsque tout restait encore à écrire.