Les saisons 2011/2012 et 2012/2013 ont été atypiques en Espagne. Le Real Madrid, puis le FC Barcelone ont remporté le championnat à tour de rôle avec cent points. Une grosse performance de la part des deux grosses machines, mais cela a permis de voir le gouffre qui les sépare des autres équipes. La Liga était en manque de compétitivité.

Dans le football, les résultats sont souvent en corrélation avec le budget des équipes. Plus un club est riche, plus il a de chances de faire partie des meilleurs. En revanche, si dans une ligue la richesse est limitée à une certaine élite, le niveau de compétitivité se retrouve impacté. En Espagne, cette situation s’est ressentie pendant plusieurs années. Le Real et le Barça ont longtemps dominé sans partage le championnat. Dans la recherche de solutions qui pourrait rendre meilleure l’adversité, « LaLiga » a décidé d’améliorer la puissance financière et technologique des clubs les plus modestes. De ce fait, l’institution dirigée aujourd’hui par Javier Tebas a trouvé la clé dans les droits de télévision et dans la technologie de pointe.

Une redistribution des revenus audiovisuels plus juste

Pour trouver un début d’explication de la compétitivité sur le terrain développée dans la première partie, il faut scruter les comptes des clubs de l’élite espagnole. Durant ces cinq dernières années, la Liga a équilibré les revenus provenant des droits de télévision. En effet, cet argent est la principale ressource de la majorité des clubs.

En 2015, le gouvernement espagnol a approuvé l’initiative de la Ligue de mutualiser les droits de télévision. Tout d’abord, la répartition prend en compte les résultats obtenus et leur progression. Ensuite, un tiers du montant perçu concerne les recettes d’abonnement et de box-office durant les cinq dernières années. Enfin, les deux tiers restants proviennent des ressources générées dans la commercialisation des retransmissions télévisées.

De ce fait, depuis la saison 2014/2015, l’écart de revenus s’est réduit de manière significative. À l’époque, les entités les plus importantes, à savoir, le Real Madrid ou le FC Barcelone, gagnaient neuf fois plus que les plus modestes.

L'évolution des revenus audiovisuels en Liga entre les saisons 2014/2015 et 2017/2018.
L’évolution des revenus audiovisuels entre les saisons 2014/2015 et 2017/2018

Comme nous pouvons le constater dans le graphique ci-dessus, en 2014/2015, Eibar était le club le moins doté en revenu audiovisuel. De l’autre côté, le Real Madrid et le FC Barcelone ont touché le pactole de 138 millions d’euros. Depuis, le revenu maximal (en gris) a connu une croissance de 11,5% tandis que le revenu minimal a augmenté de 183%.

Pour la saison 2018/2019, le SD Huesca, qui jouait pour la première fois de son histoire en Liga, a gagné 44 millions d’euros. Alors que le FC Barcelone, le club le mieux payé, a touché 166 millions d’euros. Ce système de négociation centralisé a été une petite révolution pour les clubs les plus modestes. En effet, avant cette réforme, ils bénéficiaient d’une dizaine de millions. Maintenant, leurs recettes ont quadruplées voire même quintuplées.

CD Leganés, la Liga Santander a bénéficié de la mutualisation des droits de télévision
Depuis son accession en Liga en 2016/2017, le CD Leganés franchit les étapes. Le club a obtenu 47,3 millions d’euros de revenus audiovisuels la saison dernière (Crédit photo : cdleganes.com)

« La nouvelle répartition permet de maintenir la compétitivité dans les compétitions internationales et d’assurer en même temps un championnat passionnant et compétitif. »

Le directeur des Opérations Corporatives de la Liga, José Guerra, y voit aussi une amélioration des résultats au niveau européen. (El Pais)

Le championnat d’Espagne de première division est retransmis dans cent quatre-vingt pays à travers le monde. Par conséquent, il doit travailler d’arrache-pied pour garantir un niveau de compétitivité relevé. Ainsi, depuis 2012, il utilise la télévision comme pilier de croissance économique. À ce propos, les clubs gardent une marge importante dans leur capacité d’investissement, de recrutement et de rétention des talents. Entre 2015 et 2018, les droits audiovisuels sont passés de 26,3% à 42%. Et aussi, ces mêmes clubs les considèrent comme la base de la hausse des revenus des saisons à venir.

En outre, cette politique économique a eu des répercussions sur la sélection nationale espagnole. Disposant d’effectif de meilleure qualité, les autres clubs ont vu beaucoup de leurs joueurs intégrer facilement la Roja. Comme l’atteste le rassemblement du mois de septembre 2019, Villarreal (avec Raul Albiol, Pau Torres, Gerard Moreno et Santi Cazorla) a eu plus de représentants que le Barça et le Real réunis. Par ailleurs, cette envie des petits clubs de se mesurer aux grands n’est pas seulement palpable sur le plan économique. Ils ont aussi changé leur manière de travailler avec des outils de pointes dans la préparation des matchs.

Le « Big Data » au service de tout le monde

Depuis 2018, la Liga a mis à la disposition de tous les clubs professionnels (LaLiga Santander et LaLiga Smartbank, NDLR) un outil d’analyse vidéo et statistique. Développé par la société Mediapro grâce à l’intelligence artificielle et au « Machine Learning », Mediacoach offre une palette supérieure dans l’analyse des données statistiques. Cet outil a complètement changé la manière dont les staffs techniques préparent et vivent les matchs.

Présentation de Mediacoach et de son utilsation en temps réel sur les pelouses de la Liga ! (crédit vidéo : Youtube – @MktRegistrado TV)

Mediacoach mesure en temps réel les performances globales et individuelles. De plus à la fin de chaque match, il établit un rapport de plus de deux mille pages sur trois cents vingt-huit aspects du rendement de chaque équipe. L’objectif de la Liga est de donner à chacune les informations nécessaires sur les aspects de jeu de l’adversaire. Parmi les nombreuses variables fournies par Mediacoach, les entraîneurs ont un accès facile à plusieurs statistiques intéressantes de leurs rivaux.

« Mediacoach permet aux équipes disposants de moins de ressources d’affronter dans de meilleures conditions les équipes les mieux dotées. »

Ricardo Resta, directeur du secteur Sport et Mediacoach de la Liga, explique le but de la démocratisation de l’analyse statistique. (El Pais)

Dans ces conditions, toutes les équipes partent sur le même pied d’égalité dans l’analyse vidéo. Même si cela ne réduit pas considérablement l’écart de niveau qui existe entre elles, cette technologie offre des chances supplémentaires. Dans l’édition en cours de la Liga, Mediacoach a également décelé des signes de compétitivité accrus. L’analyse des tirs cadrés a montré que l’écart entre les trois cadors et les autres formations se raccourcit.

Le Barça, le Real Madrid et l’Atlético se retrouvent souvent dans des situations difficiles où ils n’arrivent plus à empêcher leurs adversaires de marquer. Par la même occasion, ils sont moins efficaces pour finir leurs actions de buts. Une compétitivité qui rend la Liga passionnante et qui fait vivre le spectacle. Autrement dit, des matchs imprévisibles dans lesquelles chaque équipe dispose des armes nécessaires pour gagner.