La France se pare de bleu, de blanc, de rouge. Vingt-et-un ans après, la Coupe du Monde revient en France et, pourquoi s’interdire de rêver, à la France. Un mois à vivre au rythme du Mondial, les villes sortent banderoles et bam-bam, mains sur le cœur et Marseillaise. Et parmi les 35 000 communes françaises, Vrigne-aux-Bois, qui célèbrera les Bleues toutes fleurs dehors.      

Comme un parfum dans l’air. Quelque chose qui paraît nous dire « viens », qui nous fait sentir étrangement bien. Les jours s’égrainent, les journées rallongent, la Coupe du Monde se rapproche. Dans moins d’une semaine, au soir du 7 juin, la France aura rendez-vous sur la pelouse du Parc des Princes, pour un mois de compétition, un mois entier à désirer un trophée convoité, jamais conquis. Un soir pour dégoûter la Corée du Sud. Pourvu que l’histoire soit longue.

La France, depuis quelques semaines, vit au rythme de cette compétition. On n’a jamais vu ça. Dans le métro parisien, des affiches de sponsors où trônent Amandine Henry et autres Wendie Renard. Des clips de promotion des équipes. Des émissions consacrées au football féminin. Des publicités. On n’a jamais entendu ça.

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Amandine Henry, égérie Nike, présente sur des affiches des métros, magasins de sport (crédit Twitter : @amandinehenry6)

Les neuf villes hôtes se préparent, de Montpellier au Havre, en passant par Reims, Lyon, Grenoble, Valenciennes, Nice, Rennes et Paris. Et Vrigne-aux-Bois aussi.

Neuf villes hôtes… Et Vrignes-aux-Bois

Amandine Henry, en couverture de Télé Z (crédit Twitter : @Cathalapointe)

Vrigne-aux-Bois, commune des Ardennes, au milieu du triangle Sedan, Charleville-Mézières, Reims. Les Ardennes, terre de football féminin, terre de Marinette Pichon, la légendaire buteuse bleue, meilleure buteuse tricolore à ce jour (81 buts en 112 sélections), Elise Bussaglia (Dijon) et Gaëtane Thiney (Paris FC), toutes deux sélectionnées pour cette Coupe du Monde. Et Vrigne-aux-Bois, terre de Marie-Louise Butzig, première gardienne de but des Bleues, celle qui a permis à Sarah Bouhaddi, Solène Durand, Pauline Peyraud Magnin d’advenir. La première à avoir porté officiellement les gants bleus, lors de ce premier match officiel de la France, face aux Pays-Bas. C’était le 17 avril 1971, Marie-Louise Butzig avait 27 ans et la France ce jour-là perdit 4-0.

Dans ces années-là, il y avait à Vrigne-aux-Bois une équipe de football féminin. Mais la carrière de Marie-Louise Butzig allait s’écrire à quelques kilomètres de là, à Reims, grande place du football féminin dans les années 70 et 80, club pionnier comme Soyaux, comme Juvisy.

Transcrire le foot en fleurs

C’est toute cette histoire que Vrigne-aux-Bois ressuscite à l’occasion de cette Coupe du Monde, en mettant à l’honneur Marie-Louise Butzig et les vingt-trois Bleues sélectionnées dans le projet de fleurissement de la commune. Pendant six mois, jusqu’aux premières gelées d’octobre, Vrigne-aux-Bois célèbrera le football féminin, ses grandes dames, des pionnières jusqu’aux footballeuses d’aujourd’hui.

Vous pouvez chercher ailleurs en France. Vous ne trouverez nulle part ailleurs pareille initiative. Entre Vrigne-aux-Bois et les fleurs, c’est du sérieux. Label Ville fleurie, trois fleurs. Au niveau régional on ne peut pas faire mieux. En 2018, la commune reçoit le prix de la créativité pour le projet de fleurissement sur l’Armistice.

Vrigne-aux-Bois, ville fleurie, prépare un projet de fleurissement chaque année. En 2019, la Coupe du monde féminine !

« Ce prix est rarement attribué car il nécessite de présenter un beau projet »

Dominique Fortems, responsable Espace verts de Vrigne-aux-Bois

Chaque année un nouveau projet, chaque année la même exigence pour garder son label et répondre à l’engouement des habitants, impatients de découvrir le thème choisi.

« Il y a toujours une attente sur les thèmes. Les gens sont très contents cette année que ce soit le football féminin »

Dominique Fortems, responsable Espace verts de Vrigne-aux-Bois

Pendant deux mois, Dominique Fortems et son équipe de sept personnes pensent, imaginent, proposent. Et le résultat. Du bleu, du blanc, du rouge, du jaune également, pour rappeler celle qu’il appelle « la femme arabesque », l’emblème de cette Coupe du Monde.

Du bleu, du blanc, du rouge et du jaune, les couleurs privilégiées pour le fleurissement de Vrigne-aux-Bois

Des massifs aériens, légers, qui rappellent les femmes, leur style de jeu, des compositions variées, colorées, qui s’élèvent pour retomber, vaporeuses. Asparagus, papyrus, amarantes, surfinias, sariettes, canas, tournesols géants… Plus de 80 variétés de fleurs utilisées, fournies par un producteur d’Attigny, à une trentaine de kilomètres, là où bien d’autres communes se reposent essentiellement sur les œillets d’Inde, bégonias, géraniums. Vrigne-aux-Bois est une des dernières communes des Ardennes à travailler autant son fleurissement.

Il était une fois les Bleues, à Vrigne-aux-Bois

Un ballon fleuri de deux mètres de haut. Vingt-quatre jardinières suspendues avec le portrait de chaque joueuse sélectionnée et Corinne Diacre. Portrait géant de Marie-Louise Butzig en grand plongeon, devant un terrain de fleurs, et ce nom Butzig, écrit en lettres de fleurs rouges et blanches, comme le Stade de Reims. Des mobiles en bois avec le nom des neuf villes hôtes, réalisés par les enfants des écoles, et d’autres ronds de bois, avec ces noms les villes, les joueuses, peints, personnalisés et semés partout dans la commune. Ettie la mascotte, et cette femme arabesque.

Un projet qui associe les plus jeunes, le monde du football ardennais et la Fédération Française de Football. Le week-end du 23 juin, alors que nos Bleues (on l’espère) joueront leur huitième de finale, l’exposition itinérante Il était une fois les Bleues, qui fait une halte dans chaque ville hôte, s’arrêtera exceptionnellement à Vrigne-aux-Bois et ses joueuses de fleurs.

L’exposition Il était une fois les Bleues s’arrête dans toutes les villes hôtes et à Vrigne-aux-Bois le 23 juin, l’occasion d’une grande fête dans les Ardennes (crédit Twitter : @manucahu79)

L’occasion d’une grande célébration du football féminin avec un parcours d’un kilomètre et demi afin d’admirer chaque composition florale, des animations footballistiques et la création d’une salle de cinéma temporaire où, toutes les deux heures, sera diffusé le film Comme des garçons, qui s’inspire de l’épopée rémoise à l’aube des années 70. Quinze anciennes coéquipières de Marie-Louise Butzig, l’enfant du pays décédée en 2017, seront également présentes pour faire vivre cette exposition, faire vivre le football féminin.

En 2018, le film « Comme des garçons » s’inspirait de l’épopée des Rémoises (crédit YouTube : Au Ciné)

Là où battra le cœur des Bleues

À la question qu’attendez-vous de ce projet fleuri, la réponse de Dominique Fortems est sans équivoque : « Qu’on parle de la Coupe du Monde, des filles ». Il s’agit aussi d’attirer ces touristes des fleurs qui vont de villages fleuris en villages fleuris, hypnotisés par les créations originales des communes qui se dessinent une identité aussi par les fleurs. Le projet Coupe du Monde de Vrigne-aux-Bois donne un souffle poétique à cet événement sportif, il montre qu’un Mondial se décline de mille façons, comme autant de manières de supporter nos filles durant le mois qui vient.

Du 7 juin au 7 juillet, certains seront au stade, d’autres au bar, ou seront devant leur télévision, à Vrigne-aux-Bois comme ailleurs. Mais peut-être que le pouvoir des fleurs fait de poésie, de passion et de fantaisie fera battre plus fort ou plus intensément les petits coeurs de cette ville des Ardennes.