International ivoirien évoluant actuellement aux Pays-Bas, Wilfried Kanon nous a accordé un entretien afin d’aborder son parcours. De son passé en Côte d’Ivoire puis en Roumanie avant de s’engager à La Haye, jusqu’à ses performances en sélection, le defenseur central est devenu un véritable patron avec le mancunien Eric Bailly.

Bonjour Wilfried ! Né en Côte d’Ivoire, tu rejoins l’Italie, plus précisément Empoli à l’âge de 17 ans. N’est-il pas difficile de quitter son pays natal aussi jeune ?

« Bonjour, oui effectivement j’ai débuté ma carrière en Italie et je vous avoue que ce n’était vraiment pas facile. J’ai découvert un nouveau monde, totalement différent que ce soit au niveau de la culture ou du football. Les infrastructures des clubs européens ne sont pas les mêmes que celles en Afrique. Toutefois, il fallait que je m’adapte car mon rêve était de passer professionnel ».

As-tu eu du mal à t’adapter en Italie dans un club – et même un pays – où il y avait peu d’Ivoiriens ?

« Effectivement ce n’était pas facile j’étais encore très jeune, et partir loin de ma famille a été compliqué. L’adaptation ne fut donc pas facile mais j’avais pour ambition de devenir professionnel. Tous les jours pour moi était une occasion de jouer au football et de prendre du plaisir. Certes, il y avait très peu d’ivoiriens, mais pour moi le plus important était d’écrire mon histoire et de réaliser mon rêve ».

Finalement, tu signes ton premier contrat pro en Roumanie, à Gloria Bistrita. Pourquoi avoir choisi la Roumanie pour signer professionnel ?

« Dans le football, l’important pour un jeune joueur est avant tout de jouer et prendre du plaisir dans le but de se faire connaitre. J’ai choisi la Roumanie car il y avait un bon challenge à l’époque pour moi, en tant que jeune joueur, et pour bien poursuive ma carrière ».

N’était-il pas risqué de signer dans un club avec des difficultés en interne ? Comment, en tant que joueur, tu as vécu la descente aux enfers du club, dissout en 2015 pour ces mêmes problèmes ?

« Oui c’est vrai que c’était un peu risqué, mais à l’époque l’objectif était avant tout de jouer. J’étais très jeune et tout ce que je voulais était de gagner du temps de jeu. La Roumanie fut un pays où j’ai énormément appris pour la suite de ma carrière donc j’en garde un bon souvenir ».



Sang-froid, rigueur et détermination comme leitmotiv (Crédit vidéo : Youtube JPF Sports Agency)

 « Il y a pas mal de joueurs africains qui se révèlent aux Pays-Bas ! »

Tu es ensuite resté en Roumanie où tu t’es engagé avec le Corona Brasov un an après ton arrivée, mais tu ne disposes cependant que d’un temps de jeu très faible. Comment as-tu vécu cette saison ?

« Ce n’était pas facile en effet. L’entraîneur de l’époque avait démissionné suite à des problèmes avec les dirigeants. J’ai par la suite eu moins de temps de jeu mais cela ne m’a pas empêché de me battre à chaque fois que j’en avais l’occasion pour franchir des paliers ».

En 2013, tu prends enfin ton envol pour les Pays-Bas, et plus particulièrement avec Ado La Haye. Comment as-tu ressenti ce transfert dans un nouveau championnat ?

« Oui effectivement, c’est avec une grande fierté que j’ai rejoins La Haye ! Le club avait de grands projets pour les jeunes joueurs, je n’ai vraiment pas hésité avant de rejoindre ADO car les Pays-Bas représente un pays parfait pour progresser. Il y a pas mal de joueurs africains qui se sont révélés ici. C’était donc le championnat idéal pour montrer ce que je vaux ».

Cependant, les temps sont assez dures à La Haye (le club n’a que quatre longueurs d’avance sur Sittard, premier relégable, NDLR). Est-ce une situation difficile à vivre ?

« En ce moment, je l’avoue ce n’est pas facile mais on donne tout et on va continuer à se battre jusqu’à la fin de la saison. Il ne faut surtout pas perdre confiance ».

« Éric Bailly est un grand défenseur »

À 25 ans, comment vois-tu la suite de ta carrière ?

« C’est clair qu’en j’ai envie de franchir un nouveau palier, mais pour le moment je suis à La Haye. Je me donne à 100% pour l’équipe et je me prépare pour la CAN cet été. Après on verra ce que l’avenir me réserve ».

Wilfried Kanon s’est imposé comme le patron de la défense à La Haye (Crédit photo : Sport-ivoire)

Cet hiver plusieurs clubs étaient intéressés par ton profil, notamment en France, en Espagne, en Angleterre ou même en Turquie. Pourquoi as-tu décidé de rester ?

« Oui pas mal de clubs m’ont suivi de près cet hiver. Il y a même eu quelques offres concrètes, mais à cette époque (et encore maintenant), La Haye était en difficulté. J’ai décidé de rester pour aider l’équipe à bien terminer la saison ».

Tu es désormais une valeur sûre de la charnière défensive ivoirienne. Quel est ton ressenti à propos de disputer la CAN cet été en Égypte ?

« En sélection, j’ai fait toutes les catégories, et pour moi jouer avec les A était un objectif majeur. Aujourd’hui grâce à mes performances en club, je suis toujours sélectionné. J’en suis très fier. La CAN en Egypte sera un nouveau défi majeur dans ma carrière. La Côte d’Ivoire a besoin de revivre les bons moments vécu lors de la CAN 2015. Ce titre était un rêve devenu réalité pour tout un peuple ».

Tu es titulaire en club comme en sélection, où tu comptes plus de trente sélections. Peut-on dire que tu es le nouveau patron de la défense ivoirienne avec Eric Bailly ?

« Effectivement cette saison j’ai joué 25 matchs avec La Haye, et je suis heureux d’être toujours appelé en sélection, heureux qu’ils me fassent confiance. Le travail et les efforts que je fournis payent, je suis toujours concentré sur mes objectifs et je réalise de bonnes performances. À l’heure actuelle, je suis le défenseur le plus utilisé de la sélection ivoirienne ou même de La Haye. Je suis un compétiteur et pour moi chaque match se joue comme une finale ».

Quel est le plus important selon toi ? Gagner des titres avec La Haye (ou un futur club) ou remporter un titre avec la Côte d’Ivoire ?

« Pour moi, les deux sont importants. Ado Den Haag reste un club que j’aime beaucoup, c’est eux qui m’ont permis de me révéler et ainsi d’intégrer la sélection ivoirienne. Avec la Côte d’Ivoire, j’ai pu remporter la CAN, c’était un rêve. Mon souhait est d’aller le plus loin possible, que ce soit en club ou en sélection ».

La sélection ? Un rêve devenu réalité pour Wilfried Kanon (Crédit photo : But Football Club)

La Côte d’Ivoire a terminé meilleure défense dans sa poule de qualification à la CAN, où tu as été aligné à chaque rencontre aux côtés d’Eric Bailly qui joue moins à Manchester United. Quel est ton ressenti par rapport à cela ?

« J’ai joué tous les matchs. Je suis toujours prêt a jouer lorsque le coach me donne ma chance. C’est un plaisir. Éric Bailly est un grand défenseur et c’est vrai que ma paire avec lui marche bien. Je pense qu’il va revenir plus fort car c’est un combattant ».

Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite de ta carrière sur le plan personnel ?

« Pour moi, l’objectif est avant tout de finir en beauté avec ADO. Après j’irai honorer mon pays pour la CAN, où l’ambition reste toujours la même. J’ai envie de franchir un nouveau palier dans ma carrière. Je pense avoir les qualités pour évoluer n’importe quel championnat ».