Cette semaine, le Portugal a commémoré le 45ème anniversaire de la « Révolution des Œillets » qui mis fin au « salazarisme ». À côté de l’histoire, le football n’est pas en reste avec dimanche, le match BragaBenfica est décisif pour l’obtention du titre. Et un joueur, Wilson Eduardo, dont la propre histoire résume celle du lien ténu entre histoire et football.

C’est en marge du souvenir du 25 avril 1974 qui mis définitivement fin au régime dictatorial d’Antonio Salazar (clin d’œil du calendrier), que dimanche soir aura lieu un match décisif pour le titre entre le Sporting Braga et Benfica au Stade de Braga à 18h30. Une affiche cruciale comptant pour la 31ème journée de Liga NOS, avec Eduardo Wilson de Braga comme symbole entre deux époques.

Wilson Eduardo, attaquant de Braga mais pas que… (Crédit photo : Record)

25 avril 1974, la fin de « l’Estado Novo »

Cette date sera à jamais marquée dans le coeur et l’esprit de chaque portugais, intemporelle et chargée de souvenirs. Cette journée fut la fin du règne d’un régime vieux de 41 ans avec la figure tutélaire de Salazar. Dans un pays corseté et à une époque de grandes tensions politiques et sociales, sur fond d’indépendances.

Une période de liberté qui a mis à terre un concept théorisé par un ancien professeur d’économie et ministre des Finances. « L’Estado Novo » (Nouvel Etat) qui, dès 1933, fut personnifié puis continué par ses successeurs jusqu’en 1974. Ce régime étant fait d’autoritarisme élevé et d’un refus prononcé de toutes les contestations notamment de « gauches ».

Pour mieux comprendre l’importance de cette date, il faut se replonger dans l’ambiance des années 1960/1970 au Portugal. Entre la vision d’un régime militaire, qui entraîna le départ et l’exil de centaines de milliers de personnes, et la volonté de plus en plus grandissante d’entités désirant leur indépendance notamment dans les colonies portugaises en Afrique.

La  » Révolution des œillets », les jours suivants (Crédit photo : Libération)

Le Portugal, entre Europe et Afrique

C’est un fait, le Portugal a toujours été un pays d’émigration depuis des siècles. Entre grandes découvertes, épopées maritimes et volonté de repousser toujours plus loin les frontières. Une grande puissance et avec la farouche envie de développer le commerce et la langue lusitanienne.

Dans un monde différent d’aujourd’hui, les colonies faisant grandement partie de ce que l’on peut nommer aujourd’hui, le « soft power » (influence). Permettant aux grandes puissances de continuer à démontrer leurs grandeurs réelles ou supposées. Une notion véhiculant une idée de la culture d’un pays même si les conditions réelles pouvaient être discutées et discutables. Effectivement, durant la période de Salazar, bon nombre de ses compatriotes ont été poussés à l’exil notamment vers la France.

Le chanteur Zeca Afonso, un des symboles de la contestation contre le régime de Salazar, a également vécu dans sa jeunesse en Angola (Crédit photo : visao.sapo)

Néanmoins, l’inverse fut également vrai puisque de nombreux compatriotes de Pessoa vécurent en Afrique. Dans des pays avec une communauté de langages comme la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Cap-Vert ou l’Angola. Un des meneurs du « 25 avril 1974 », le compositeur Zeca Afonso passa, lui, une partie de son enfance en Angola.

Les pays parlant le Portugais à travers le monde et notamment en Afrique (Crédit photo : mondelusophone.over-blog)

Fin du temps colonial et des dictatures

Les années 1974/1975 furent certes un condensé de libéralisation des trois pays les plus importants du sud européen. Entre la mort de Franco en Espagne, la « Révolution des Oeillets » au Portugal, et la chute des « Colonels » en Grèce. Mais 1975 fut également celle de la décolonisation du continent africain avec la fin du règne portugais notamment en Angola. Vous voyez où nous venons en venir.

Wilson Eduardo, un symbole historique

Si, devant ces soubresauts, le football peut paraître illusoire et futile, l’histoire aime les clins d’oeil. Dimanche soir aura lieu à Braga un match de la plus haute importance entre le leader, le Benfica Lisbonne, et Braga, quatrième du championnat et en course pour l’Europa League. Cependant, un joueur de Braga aura la capacité de prendre le jeu à son compte.

Et sera le centre de l’attention dans une sorte de synthèse historique et culturelle. Ce joueur se nomme Wilson Bruno Naval da Costa Eduardo dit communément Wilson Eduardo. À 28 ans, cet attaquant est dans la forme de sa vie et concentre à lui seul de nombreuses particularités. Entre son pays de naissance, le Portugal, et d’adoption, désormais l’Angola.

Né à Porto, formé au Sporting comme…

Il existe parfois des personnes pouvant faire le lien entre plusieurs clubs même opposés. Pour Wilson Eduardo, réussir la gageure d’impliquer les trois grands du pays est un paradoxe. En effet, né dans la banlieue de Porto, l’attaquant a fait ses classes chez les jeunes du club.

Avant de birfurquer vers… Lisbonne et le Sporting où il fut formé et bascula vers le monde professionnel. Mais ce qui rend la symbolique assez intéressante est le fait que l’homme est le frère d’un international. Champion d’Europe 2016 avec Cristiano Ronaldo, en France, milieu de terrain et qui a suivi les traces de son aîné.

… son frère international portugais

Ce joueur en question de 26 ans et qui joue à l’Inter Milan n’est autre que João Mário, milieu à tout faire. Avec une ressemblance et un physique aussi troublants, les deux hommes semblant être des frères jumeaux…

Qui est qui ? (Crédit photo : Record)

Pour autant, à part cette ressemblance, la carrière de Wilson n’a pas atteint celle du petit frère. À Braga depuis quatre saisons, un club où il a pu trouver une certaine stabilité dans une vie professionnelle ballotée, Eduardo possède du temps de jeu et une possibilité de prouver ses talents de buteur et son sens du collectif.

En effet, auteur cette saison de 10 pions – soit la meilleure statistique de sa carrière – le numéro 7 est essentiel à Braga. Toutefois, avec un effectif mi-brésilien mi-portugais, Wilson détonne quelque peu désormais au club, de par sa nouvelle nationalité.

Portugais de naissance mais Angolais de coeur

Si son frère a une carrière internationale plus qu’honorable, Wilson Eduardo n’a jamais eu l’honneur d’être sélectionné. Aussi, pour faire bonne mesure et à l’instar des frères Boateng (Allemagne-Ghana), le grand frère est devenu… Angolais. Après bien des péripéties, l’attaquant a eu l’honneur de pouvoir représenter son nouveau pays, en Afrique.

Et le buteur n’a pas perdu de temps puisqu’il a déjà mis un but décisif pour sa première sélection, face au Botswana lors de la dernière journée de qualification pour la CAN. Avec cette précieuse réalisation, les « As Palancas » se sont qualifiés pour la prochaine édition de la compétition en Égypte en juin prochain.

Wilson Eduardo et son premier but pour la sélection angolaise (Crédit vidéo : Youtube – AnGo News VC)

Un but également plein d’émotions pour le joueur frappé par un drame familial. Une belle preuve de qualité d’un joueur qui pourra tirer le collectif angolais vers le haut. Et montrer que les liens restent étroits entre le Portugal et l’Angola. La preuve avec le journal télévisé local qui a mis en lumière ce joueur méconnu mais talentueux.

Discret mais efficace

Le bonheur pour un entraîneur serait de disposer d’un buteur qui combine plusieurs talents : l’efficacité, le talent mais également l’abnégation et le travail. Un sens du collectif fort et un égo qui soit supportable et se mette au service du collectif.

« Les attaquants sont dépendants des passes et des buts. À mon niveau, c’est ce que j’essaie de faire dans mon club et désormais en équipe nationale. Je veux aider mes équipes et notamment ma sélection pour bien figurer à la CAN. Tout en sachant que c’est une compétition à laquelle mon pays n’a pas participé depuis deux éditions et qu’il y a de la concurrence. Mais je vais essayer de faire mon maximum ».

Wilson Eduardo, un homme sur qui on peut compter (Record)

Wilson Eduardo est le genre de joueur qui rentre dans ces catégories et permet une élévation du collectif. Un homme capable de (re)mobiliser et allant de l’avant, sans esbroufe, ni forfanterie. Le rêve éveillé de chaque technicien en somme.

Wilson Eduardo en action (Crédit vidéo : Youtube – Henrique Baptista)

Braga-Benfica, match capital

Dimanche soir donc se jouera probablement pour le Benfica Lisbonne le match le plus important de la saison. Avec un FC Porto en déplacement ce soir à Rio Ave et qui aura déjà son résultat en poche. Aucun faux-pas ne pourra être toléré pour les coéquipiers de João Félix et Rafa Silva. Sous peine de voir le titre s’échapper dans une Liga NOS devenue irrespirable entre les deux grandes équipes du pays.

Wilson Eduardo aura l’occasion de se mettre en valeur, lui qui porte son équipe depuis plusieurs semaines. Avec un Dyego Sousa quelque peu éteint statistiquement, Eduardo devra se mettre au diapason et prouver sa forme grandissante.

Chaque pays a sa propre histoire réelle ou fantasmée et la perception peut parfois être faussée par des analyses hâtives. Toutefois, il arrive parfois que la destinée s’en mêle et prouve que l’histoire est présente. Wilson Eduardo, en cette semaine de commémorations, à l’occasion d’écrire la sienne. Et qui de mieux qu’un match contre le Benfica pour prouver que le football n’est jamais bien loin de l’histoire. Celle avec un grand H.