Créé il y a seulement quinze ans le club flandrien s’est fait une place dans le football belge. Derrière ce succès, Francky Dury, en poste depuis huit ans consécutifs, un record en Jupiler Pro League. Rénovation du stade et du centre de formation, recrutement , autant d’arguments qui font de Zulte-Waregem, une des valeurs sûres du championnat belge. Retour sur une belle histoire destinée à durer.

Créé en 2001, Zulte-Waregem est le fruit du rapprochement entre le KSV Waregem, au matricule radié et le Zultse VV. Le club flandrien débute sa saison 2001/2002 en division trois et dès lors connaîtra une ascension fulgurante. Monté en Jupiler Pro League en 2004/2005, l’Essevee depuis n’a jamais quitté l’élite du football belge. Derrière ce succès, une gestion saine et un projet qui se construit sur le long terme. À sa base, Francky Dury, un entraîneur que rien ne prédestinait à entraîner à ce niveau.

Francky Dury, le policier devenu entraîneur à succès

Modeste. C’est certainement le qualificatif qui sied le mieux à Francky Dury. À vingt-six ans, il met fin à une carrière de footballeur sans éclats. Au début des années 1990, il reprend les rênes du Zultse VV alors en quatrième division. En parallèle, pour pouvoir approvisionner un frigo que le football amateur ne remplit pas, l’homme est policier à Gand.

Enquêteur, il mène des investigations dans le domaine des cambriolages et du grand banditisme. Une activité professionnelle prenante qui ne l’empêche pas de réussir dans le football. En 1999, il est champion de D4, en 2002 de D3 et en 2005 de D2.

Son accès à la crème du football belge aurait pu sonner comme le glas d’une carrière trop belle pour être vraie. Pourtant la belle histoire se transforme en véritable conte avec une saison 2005/2006 épique, qui se conclut par une septième place et surtout une coupe de Belgique. Le premier trophée du club qui inscrit Franky Dury au panthéon du football belge.

Francky Dury, deux fois entraîneur de l’année est le technicien le plus longtemps en poste cette année en Jupiler League, cela fait huit ans qu’il est le T1 de Zulte-Waregem (Crédit Photo: Belga / L’Avenir).

Pour cette saison extraordinaire pour un promu, au budget situé entre trois et cinq millions d’euros, il est nommé entraîneur de l’année.

« C’est la première fois que quelqu’un gagne ce trophée en faisant un autre travail à côté, cela le rend encore plus beau. »

Francky Dury à la presse lors de la remise du trophée d’entraîneur de l’année en 2005/2006.

La saison suivante il fait encore plus fort. Pour la première participation du club en coupe d’Europe, il atteint les seizièmes de finales d’Europa League. Le tout avec des joueurs qui sont pour certains encore semi-professionnels!

Du maintien à la seconde place de JPL en une saison!

En 2007, à quarante-neuf ans il devient professionnel et lâche son travail de policier. Une transition qui coïncide avec celle du club devenu totalement professionnel en 2007/2008. Après plusieurs maintiens acquis facilement, en 2010/2011 c’est la rupture. Il tente le pari de s’inscrire à un plus haut niveau en signant à la Gantoise.

Las, après un cinquième place il est remercié à la fin de la saison malgré un contrat qui courait sur trois ans. Furtivement, il est alors directeur technique de l’URBSFA (la fédération belge) et coach des espoirs de juillet à décembre 2011. Durant l’hiver, son club de toujours, qui lutte pour le maintien, le rappelle à son chevet.

Il remplit sa mission maintien et la saison suivant, 2012/2013, il frôle l’exploit. Deuxième à deux points d’Anderlecht, il rate le titre d’un cheveu et obtient pour la seconde fois le titre d’entraîneur de l’année. Depuis? Francky Dury continue d’être au centre du projet du club. Il a signé fin 2013, un contrat de dix ans où il cumule le poste de coach et de directeur technique.

Un rôle hybride proche du management à l’anglaise, qui fait de Francky Dury le garant du projet sportif de l’Essevee. Cette confiance qu’il rend avec une seconde coupe de Belgique (2016) dans l’armoire à trophées et surtout un club qui a su s’inscrire dans la durée avec un projet cohérent.

La durabilité pour mot d’ordre

Sans folie des grandeurs, Zulte-Waregem, il n’y a pas si longtemps amateur, a su se structurer progressivement. Au coeur de cette dynamique, la rénovation du centre de formation en 2015. Une opération qui aura coûté cinq millions d’euros pour une structure qui compte désormais trois cent cinquante aspirants. Un projet sur le long terme qui porte ses fruits avec des jeunes qui percent en équipe première à l’instar du central Ewoud Pletinckx, cette saison.

Autre projet, l’agrandissement du stade Arc-en-Ciel, d’une capacité de douze mille cinq cent places, il a connu des rénovations successives depuis 2014. La piste d’athlétisme a été supprimée et les tribunes ont été réhabilitées en accord avec les normes UEFA. L’objectif est clair, pouvoir, dans le futur jouer ses matchs de coupe d’Europe dans leur stade et non à Bruges comme ce fût le cas jusqu’ici. À terme, le stade devrait atteindre les treize mille places.

Thorgan Hazard fait partie des nombreux joueurs a avoir explosé avec Francky Dury, avec lui il signera une saison 2014/2015 de haute volée où il explosera avec quatorze buts et seize passes décisives (Crédit Photo: Belga / LeButeur.com)

Une stabilité qui permet au club de développer une méthode de recrutement efficace. Le club s’est fait une spécialité: se faire prêter des joueurs à fort potentiels et les faire éclore au plus haut niveau. Pêle-mêle on peut citer Abdou Diallo (actuel PSG), Soualiho Meité (actuel Torino) ou encore et surtout Thorgan Hazard (actuel Borussia Dortmund).

Tous se sont épanouis dans le football offensif de Francky Dury qui sait gérer les jeunes et fait figure de très bon post formateur. Un père footballistique qui se double d’un recruteur hors pair.

« Nous savons tout sur chacun de nos joueurs. Comment il mange, quel est son degré de motivation, comment il se comporte dans la vie, et même comment il s’habille… »

Francky Dury à la DH.net en 2013, à propos de sa méthode de détection.

Une méthode de détection poussée qui lui permet de faire de sacrées plus-values. On pense notamment au récupérateur danois Lukas Lerager. Acheté en 2016, à Viborg FF, pour quatre cent mille euros, il est revendu un an plus tard à Bordeaux pour trois millions cinq! Plus récemment il est parvenu à relancer l’éternel espoir du football belge Théo Bongonda. Acheté un million six, au Celta Vigo, en 2018, il a été revendu sept millions cet été! C’est bien simple, c’est le transfert le plus cher de l’histoire entre deux clubs belges!

Une saison 2018/2019 dans la continuité

Cette saison, avec un budget avoisinant les quinze millions, l’ex-flic a su encore avoir le nez creux. En tête de gondole, la signature du Burundais, éternel espoir, Saido Berahino. L’ex de West Brom et Stoke, se traîne une réputation d’enfant terrible du football anglais. Une réputation de joueur talentueux, sur lequel Tottenham était prêt à miser trente millions en août 2015!

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Saido Berahino s’est déjà parfaitement intégré au collectif de Zulte-Waregem en seulement trois mois! (Crédit: compte officiel instagram @Saido Berahino)

« Zulte a vraiment montré de l’intérêt pour Saido et la cerise sur le gâteau a été sa rencontre avec le coach. Nous n’avions jamais rencontré quelqu’un d’aussi méticuleux et précis tout en transmettant son amour du jeu : cette rencontre a écarté toutes les autres options ! »

Fem Moriba agent de Saido Berahino, à Leero Sports, à propos de la signature de son joueur à Zulte-Waregem.

Arrivé libre, il a signé pour deux ans, à la surprise générale, pour relancer une carrière qui commence sérieusement à patiner. Et ça paye. Utilisé en neuf ou en dix, il se refait une petite santé avec trois buts et une passe décisive depuis le début de la saison.

Mais la vraie pépite dénichée par Dury c’est Cyle Larin. Meilleur jeune de MLS en 2016, l’attaquant canado- jamaïcain était à la peine à Bekistas après avoir empilé les buts à Orlando (quarante-quatre buts en quatre-ving-neuf matchs). Athlétique, il est très bon dans le jeu dos au but, dans la conservation du ballon et dans son jeu de pivot. Complet pour son âge, il a déjà démontré de belles qualités techniques et se retourne très rapidement pour un joueur de son gabarit.

Résumé de Zulte-Waregem – Genk, où on peut voir l’étendue du talent de Cyle Larin qui a mis un but et touché la barre lors de ce match (actions à partir de 4:04) (Crédit vidéo: Youtube, @KAA Gent)

L’acclimatation est totale avec deux buts et quatre passes décisives, il est même impliqué dans 50% des buts de son équipe! Son option d’achat est fixée à deux millions cinq et devrait rapidement être levée.

Ces deux joueurs se sont parfaitement intégrés dans le collectif bien huilé de Francky Dury. À la base de son système on retrouve la légende du club, Sammy Bossut, quatre cent matchs dans les cages de son club de toujours.

Devant lui, on retrouve une défense d’expérience où on compte Olivier Deschacht et Davy De Fauw qui chiffre trente-huit ans d’âge! À la récupération le Mexicain, ex de Porto, Omar Govea a fait son trou, accompagné du briscard Ibrahima Seck. Sur les ailes, la qualité est également présente. Les prometteurs Dimitri Oberlin, prêté par Bâle et le Géorgien Luka Zarandia complètent une attaque séduisante.

Ces joueurs évoluent essentiellement dans un 4-2-3-1, schéma préférentiel de Francky Dury qui prône un football de possession. Pour l’instant la réussite est contrastée avec deux victoires, quatre nuls et trois défaites. Huitième avec douze buts encaissés et douze buts marqués, le début de saison n’est pas flamboyant.

Mais à seulement un point de la sixième place, synonyme de play-off un, Zulte-Waregem demeure en embuscade et confirme son statut de poil à gratter du football belge. Un titre qui va comme un gant à un club où décidément la stabilité est gage de réussite certainement plus qu’ailleurs.