Ce soir à 21h15, le Benfica Lisbonne reçoit, à l’Estádio da Luz pour la dernière rencontre de la 30ème journée de Liga NOS, le Marítimo. Avec un impératif de victoire pour les hommes de Bruno Lage qui pourront compter sur leur latéral-buteur-passeur, Alex Grimaldo. Un homme de traditions.

Après une défaite éliminatoire en quart de finale retour de l’Europa League (2-0) jeudi dernier contre les Allemands de Francfort, pas le temps de gamberger pour le Benfica. Engagés dans une intense lutte pour le titre contre les rivaux du F.C. Porto, les coéquipiers de Rafa Silva doivent se reprendre. Pour cela, ils pourront s’en remettre au plus offensif des arrières latéraux, l’Espagnol Alex Grimaldo.

Alex Grimaldo, un arrière gauche ultra-offensif (Crédit vidéo : Youtube – Wordl Record EGG)

Espagne-Portugal, une histoire commune

L’histoire est souvent nécessaire pour comprendre les enjeux du présent et mieux appréhender la connaissance d’un pays. L’histoire est également facétieuse en permettant de se plonger dans le souvenir d’événements que l’on a tendance à oublier aujourd’hui. Au XVème siècle, à l’apogée des grands royaumes et des conquêtes maritimes, deux pays constituèrent la notion d’« Union ibérique ».

Alex Grimaldo, en pleine réflex… en pleine bourre ! (Crédit photo : express.co.uk)

Dès 1580, profitant des ressources, d’une culture et religion communes, les Royaumes d’Espagne et du Portugal établirent ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui un partenariat stratégique. Permettant aux deux pays de mutualiser leurs moyens, sous l’autorité du roi d’Espagne, Philippe II. Jusqu’à l’avènement du portugais João IV qui a mis fin à ce pacte en 1640.

Blason de l’Union ibérique, au XVème siècle… (Crédit photo : axl.cefan.ulaval)

L’« ibérisme » toujours présente

Toutefois, de tout cela, un terme est né, l’« iberisme » qui n’a pas été remise pour autant au placard. Si, aujourd’hui, cette notion est diluée au sein de l’Union européenne, celle-ci demeure présente au sein des deux pays. Si bien que des enquêtes d’opinion remettent sur le devant de la scène ce fait historique.

« Ces chiffres reposent la question de l’ibérisme. Ce courant de pensée principalement portugais qui, dès le XIXème siècle, défendait l’idée d’une union entre égaux des deux pays de la péninsule ibérique. Côté espagnol, la Vanguardia rappelle que ‘l’interdépendance des deux pays n’a cessé de croître’. La logique économique est imparable. Il suffit d’observer que la plupart des produits vendus dans les supermarchés sont étiquetés dans les deux langues pour constater qu’un réseau commercial péninsulaire existe bel et bien ».

Le magazine “Courrier International” dès 2006 définissant le terme “ibérisme

S’il est naturel que deux nations voisines soient proches, il existe également, au niveau football, une unité commune. Permettant à des joueurs d’aller d’un pays à l’autre avec une adaptation rapide et des résultats probants. Les plus connus, ces dernières années, étant Iker Casillas, le gardien du F.C. Porto, ancien du Real Madrid, ou encore le grand Luis Figo et l’idole du pays, le Turinois désormais champion d’Italie, Cristiano Ronaldo.

Alex Grimaldo, un rocher princier

Parmi ces joueurs perpétuant la tradition des deux pays, il en existe un actuellement dont le nom n’est jamais prononcé lorsque l’on évoque ces liens. Ni au sein de son club, ni dans son pays d’origine mais qui cette saison donne la pleine mesure de son talent. Même si son patronyme évoque davantage, à une lettre près, la famille régnante au sein de la principauté monégasque.

Pourtant, si Alejandro “Alex” Grimaldo (23 ans) n’est pas le plus connu de tous, sa saison exceptionnelle parle pour lui au sein du Benfica Lisbonne, où les puristes le verront arpenter durant 90 minutes son couloir gauche. Et gratifier ses coéquipiers de buts et de passes décisives à travers une culture héritée d’une autre grande tradition.

Sergi, un modèle à Barcelone

Dans les années 90, avec Hristo Stoichkov, Romario ou Pro Guardiola, un joueur était indispensable au dispositif catalan. Pas le plus grand en taille, ni la super-star du groupe mais un joueur essentiel au dispositif du Barca. Un joueur de devoir et qui n’en rajoutait jamais en traversant tout son flanc gauche.

Capable d’apporter le surnombre, Sergi Barjuan fut le précurseur du poste en Espagne. Il a permis à de nombreux successeurs de prendre sa relève par la suite avec aujourd’hui, la figure tutélaire du poste, Jordi Alba. Ce dernier étant, avec Grimaldo au Benfica, le digne héritier de Sergi.

Sergi Barjuan était le capitaine du FC Barcelone en 2001, Grimaldo est-il son fils spirituel ? (crédit photo : Empics)

Grimaldo, un record de précocité

C’est un fait, la Masia est une pépinière à talents. Les plus célèbres (Messi, Iniesta ou Xavi) ayant eu l’honneur d’intégrer l’équipe première du FC Barcelone. Toutefois, pour Alex Grimaldo, l’intégration dans la grande équipe n’a jamais dépassée le cadre de la réserve catalane. Toutefois, celui-ci peut se targuer d’un record de précocité mais en équipe B.

En effet, le natif de Valence détient le record du plus jeune joueur à avoir fouler la pelouse d’un terrain. En deuxième division espagnole, en septembre 2001, le latéral gauche est devenu à seulement 15 ans, le plus jeune joueur à être aligné dans ce championnat. Avec sur le dos, un beau numéro 35 et une victoire 4-0 avec la deuxième équipe de Barcelone. Au sein d’une équipe comptant deux futures pensionnaires de l’équipe première, Gerard Deulofeu et Rafinha.

« Les joueurs de Carthagène vont affronter un jeune homme qui aura moitié moins que leurs âges. Alejandro “Alex” Grimaldo, 15 ans, la dernière pépite du F.C. Barcelone qui jouait la saison dernière en cadets et qui va débuter en 2ème division espagnole. Son entraîneur Eusebio connaît la philosophie du club et saura comment utiliser l’arrière gauche. Qui fait penser au nouveau ‘Sergi Barjuan’ ».


Alex Grimaldo, comparé à Sergi Barjuan, l’arrière latéral de l’époque Cruyff. On a connu pire comme compliment (Sportyou)
Alex Grimaldo, une jeunesse catalane en action (Crédit photo : lavanguardia)

Cette précocité pouvait certes laisser penser que Grimaldo aurait pu prendre une plus grande place en Catalogne. Mais il arriva ce qui arrive à bon nombre de joueurs ne pouvant pas suivre le niveau d’un grand club. Avec de tels pépites autour de lui, la marche vers l’équipe A était dès lors trop haute pour le Valencian. Avec la « Rojita », il remportera le championnat d’Europe U19 en 2012. Quand on vous dis que ce gamin était précoce.

2015, l’année du rapprochement

Qu’à cela ne tienne, pour pouvoir évoluer plus haut, il faut savoir quitter le nid douillet et savoir rebondir ailleurs. Dans un club donnant davantage de temps de jeu et avec un cadre propice au développement footballistique, si possible, pas trop loin de son pays.

À Lisbonne, au Benfica de Rúben Dias plus précisément, depuis 2015 dans une trajectoire semblable à celle d’un certain Bernardo Silva. Comme le milieu de Manchester City, ancien de la maison rouge, Alex Grimaldo a trouvé sa plénitude loin de son club de cœur. Dès lors, dans une équipe portée sur l’offensive et qui donne sa chance aux jeunes, plus besoin de douter de son talent.

Grimaldo continue sa réflexion (Crédit photo : skysports)

Grimaldo vs Telles, la lutte des Alex

Lorsque l’on se plonge dans le classement des meilleurs passeurs de la Liga NOS, un nom fait tilt. Celui de Grimaldo, avec la qualité de son pied gauche et la précision chirurgicale de ses centres, peut se targuer de figurer dans ce classement. Et déjà huit passes à son actif, ce qui est plutôt pas mal pour un arrière latéral.

Au sein du Benfica surfant sur une exceptionnelle série de victoires engrangés et de buts marqués, Grimaldo y participe à sa manière. Avec quatre buts marqués, l’Espagnol semble avoir trouver son rythme de croisière auprès de João Félix ou Haris Seferović. Toujours utile d’avoir un latéral offensif aussi prolifique derrière soi.

Chez les Lisboètes où les gauchers ne sont pas légion, le numéro 3 permet de renverser le jeu. Il apporte un déséquilibre permanent, essentiel à la bonne marche des attaques benfiquistes, avec en fond, une rivalité existante avec l’arrière gauche du… FC Porto, Alex Telles, auteur lui de sept passes décisives dans une Liga NOS décidément palpitante à tous les niveaux.

Un futur en sélection espagnole ?

La fin de saison s’annonce donc passionnante pour Grimaldo et son club pour qui, l’objectif reste la conquête du championnat national. Le latéral espagnol pouvant espérer, avec de telles prestations, raisonnablement penser à intégrer la “Roja”. En doublure de Jordi Alba ? L’idée fait en tout cas son chemin notamment au… FC Porto avec le milieu Óliver Torres.

« Avec Grimaldo, on se connaît depuis les sélections espoirs. Nous avons passés de bons moments ensemble et nous nous entendons bien. C’est un travailleur avec un bon niveau et il mériterait d’avoir une opportunité en sélection »


Óliver Torres faisant l’éloge d’Alex Grimaldo. Comme quoi, le Porto et le Benfica peuvent s’entendre quelquefois. (Abola)

Quoi qu’il en soit, Grimaldo poursuit son chemin et nul doute qu’il pourra se faire un nom au pays, et enfin décrocher son Graal car, comme dit l’adage populaire, nul n’est prophète en son pays. Et si le talent d’une personne est plus souvent vu à l’étranger, la quête d’un titre faciliterait grandement la reconnaissance et permettrait d’affermir cette union ibérique, vieille de 500 ans.