Compte à rebours lancé. À bientôt deux mois du début de la huitième Coupe du monde féminine en France (7 juin/7 juillet), les équipes engagées se préparent. Notamment l’Australie et sa culture nationale sportive intense. Un pays où le sport est érigé en art de vivre, avec un football féminin très présent. Focus sur une équipe à suivre.

Une Coupe du monde est toujours une échéance importante pour un pays. De nature à fédérer une nation autour d’un objectif commun. Susciter des vocations et communiquer de manière éclairée. Une sorte de « soft skills » (compétences comportementales) qui aide un pays à bien se faire voir de par le monde. Pour l’Australie, la prochaine compétition est l’occasion idéale pour faire connaître une terre de sport. À tous les niveaux. Et amener le football du pays plus haut.

L’équipe de foot féminin australienne. Avec un beau maillot jaune (Crédit photo : thewomensgame)

L’Australie, si loin mais une histoire si riche et actuelle

À première vue, lorsque l’on parle d’Australie, les clichés sont légion. Entre méconnaissance d’un pays à plus de 15 000 km de la France et lointains souvenirs. Tel que le diable de Tasmanie, popularisée par le célèbre dessin animé éponyme. La série pour jeunes des années 90 « Hartley cœurs à vifs » ou la « cool-attitude » des surfeurs sur les spots du pays. L’Australie véhicule souvent l’image d’une terre d’accueil et de soleil où se mélange les cultures.

Les clichés sont légion, certes. Cependant, ces notions ne prennent en compte qu’une infime part de la vérité. Et cette vérité partielle est nourrie puisque le pays est situé entre deux océans. Indien à l’ouest et Pacifique à l’est. L’Australie a donc toujours été une terre d’émigration par excellence. Plus ou moins forcée du reste. Datant de l’époque du célèbre navigateur britannique, James Cook, qui en pris possession pour le compte de l’Empire britannique. Jusqu’aux premiers navires venus d’Angleterre et remplis d’indigents à débarquer dans le pays.

Terre d’émigration… forcée

À travers l’histoire du fameux « First Fleet » et la déportation des prisonniers venus d’Angleterre. Ces derniers étant tellement nombreux dans les geôles de la Couronne britannique qu’il fut décidé d’utiliser une contrée lointaine pour les éloigner de Londres et ses environs. D’où l’Australie et sa terre fertile mais tellement éloignée de tout qu’il était difficile pour les brigands et autres malfaiteurs de commettre des méfaits.

Ceci étant la version officielle. La version plus officieuse serait plutôt à chercher dans la volonté des autorités anglaises de l’époque de vouloir coloniser une terre nouvellement « acquise ». Et avoir un accès privilégié sur le Pacifique et l’océan Indien. Lieu où se trouvait d’ailleurs d’autres colonies des sujets de sa Gracieuse Majesté.

Voilà pour la partie historique. Mais l’Australie, c’est également et surtout, une terre où tout est possible. Sans distinction et sans jugement de valeurs. Une terre où le sport permet une élévation sociale mais également sociologique et physique, où sa pratique est encouragée et mise en valeur. Sans distinction de genre. Dans toutes les disciplines possibles et imaginables. Notamment le football, féminin.

Un pays de Champions mais surtout de Championnes

L’histoire récente du pays le démontre. Il existe quantité de champions australiens dans des secteurs sportifs aussi divers que variés. Tout le monde connaît le nageur Ian Thorpe et sa cohorte de titres notamment olympiques. Les tennismen Rod Laver, le gaucher et Lleyton Hewitt, le droitier, vainqueurs de Grands Chelems. Ou bien encore, en France l’inoxydable Tim Cahill ancien d’Everton ou… Kevin Muscat dont l’heure de gloire fut un match amical en 2001 entre les deux pays. Et durant lequel Christophe Dugarry avait été blessé par le boucher australien.

Cependant, l’Australie compte de nombreuses championnes ayant marquées l’histoire de leur pays, et respectivement de leurs sports. Au niveau mondial. Que l’on songe à Cathy Freeman championne olympique du 400 mètres en 2000 et du monde. L’athlète aborigène ayant même ouvert les JO de 2000 à Sydney en allumant la flamme olympique. Dans un signe et un symbole d’ouverture envers les populations aborigènes. Ces derniers constituant les peuples d’origines de la terre australe.

La joueuse de tennis, quoique quelque peu controversée pour ses récurrents propos homophobes. Mais néanmoins, sur le plan sportif, une des plus grandes championnes dans son sport. Avec un record de 24 Grand Chelem et qui fait saliver d’envie depuis plusieurs années une certaine Serena Williams. Bloquée, elle à 23 et qui rêve de battre ce record. On oublie pas encore la basketteuse Lauren Jackson, dont le palmarès, les récompenses personnelles et les trophées sont aussi longues que les fameuses « Pages Jaunes » des années 90. C’est dire la qualité de l’intérieure australienne et son apport pour la balle orange. L’équipe féminine de football s’en inspire et veut faire comme leurs aînées.

Foot en développement VS concurrence des autres sports

Et au niveau football justement ? Dans un pays où les femmes ont eu plus de succès, notamment au basket, que les hommes au niveau palmarès, de nombreuses possibilités sont offertes aux jeunes australiennes. La pratique du sport étant même encouragée au plus niveau du gouvernement afin de maintenir une activité physique. Mais qui génère également un flux économique non négligeable. Si bien que selon le journal économique « Les Echos » daté du 15 janvier dernier, il existerait un chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros par an dépensé par les Australiens dans le secteur sportif.

La joie des Australiennes (Crédit photo : FIFA)

Cependant, le football est coincé entre d’autres sports populaires tels que le rugby à 13 féminin, le cricket ou le « netball », sorte de jeu de basket mais qui se joue à 7, ou encore le football… australien, variante du rugby et de football. Ce dernier sport ayant fait l’actualité ces derniers jours mais de manière scandaleuse sur les réseaux sociaux. En raison d’un cliché montrant la joueuse Tayla Harris dans une position indélicate lors d’un match. La bêtise ne connaissant ni frontières, ni mers…

Bref, dans cette environnement fertile, il aurait pu être difficile pour le football traditionnel de trouver sa place. Néanmoins, rien de tout cela puisque la sélection des « Matildas », surnom de l’équipe féminine, et qui correspond à une chanson nationale, est reconnue et progresse. Grâce notamment à quelques pépites à découvrir en juin prochain. Dont une qui risque bien de devenir très prochainement le sujet principal des conversations et l’objet d’un véritable culte autour de sa personne.

Sam Kerr, nouvelle hype du foot féminin « Aussie » et star en devenir

Au sein d’une sélection nationale solide et complète ayant terminée lors des trois Coupes du monde précédentes quarts de finalistes, une joueuse se dégage du lot. Sam Kerr, attaquante de 25 ans, est devenue la nouvelle égérie du football australien. De celle capable de renverser le cours du jeu sur une action en faisant parler ses talents de buteuses.

Sam Kerr, la nouvelle sensation du football féminin australien (Crédit photo : newsapi)

Scoreuse complète, capable d’enclencher des tirs au loin, de faire jouer sa vitesse et en faisant montre d’une grande variété dans son jeu. Kerr est également devenue la coqueluche des médias. Avec une nouvelle popularité digne de celle d’un Kylian Mbappé en France si l’on veut comparer les deux joueurs. Mais au niveau australien, sa côte de popularité risque d’augmenter davantage et pas seulement au niveau du public.

Sam Kerr dans ses oeuvres. Une joueuse ultra-complète (Crédit vidéo : Youtube – Jaysen)

Si bien que Kerr est devenue d’après les médias australiens, une joueuse pesant près d’un million de dollars de revenus annuels ! Notamment grâce à un contrat signé avec Nike. Ce qui accroit davantage sa visibilité. En attendant la Coupe du monde qui risque de lui en donner encore plus. Et susciter des vocations au pays.

« La décision de Nike coïncide avec le profil de future star de Kerr dans le paysage sportif australien. Une de ses figures les plus reconnaissables et s’adressant à tout le monde ».

Sam Kerr, le nouveau visage du foot féminin, en Australie. Et bientôt dans le monde ? (The Sydney Morning Herald)

Match amical contre les USA vendredi…

Pour jauger le niveau d’une équipe lors d’un match amical, deux solutions. Soit on attaque par le versant le moins élevé, et on choisit une équipe abordable pour engranger confiance et impliquer toutes les joueuses. Avec le risque que le résultat soit tronqué. Soit on aime la difficulté. Et, dans ce cas, quoi de mieux que de jouer contre les meilleures ? Histoire d’avoir une véritable vue sur ses capacités.

C’est la deuxième solution choisie par les Australiennes puisque les coéquipières de l’autre valeur sûre de l’équipe, la multi-sélectionnée Lisa De Vanna, joueront contre les États-Unis. Soit la meilleure équipe mondiale. Idéale pour une équipe comme l’Australie pour s’étalonner. Et pour pas mal des joueuses sélectionnées qui retrouveront bon nombre de leurs coéquipières de clubs en tant qu’adversaires du soir.

Le nouveau sélectionneur Ante Milicic, dont le patronyme évoque un lien établi depuis longtemps entre Australie et ex-Yougoslavie, aura l’occasion d’évaluer sur pièce ses joueuses. Avant d’entrer en juin prochain dans le vif du sujet face aux redoutables mais prenables Brésiliennes, les Italiennes et les Jamaïcaines. Dans un groupe C dans les cordes pour Kerr et ses camarades derrières qui seront probablement à la lutte avec les Auriverdes.

… En attendant juin et trouver de la constance

Quoi qu’il en soit, la culture australienne étant faite de résilience et avec l’expérience du sport au niveau national, les « Matildas » ne devront pas être négligées. Ni sous-estimées. Loin de là. Avec une équipe solide mais capable du meilleur comme du pire, l’Australie sera une des équipes les plus redoutées. Et à suivre.

Et le premier élément de réponse sera effectivement dans la nuit de vendredi à samedi contre les USA. Gageons que selon le résultat, si d’aventure le jeu pratiqué tenait la dragée haute face aux Américaines, l’Australie frapperait un grand coup. Aussi bien au pays que pour ses adversaires directes. Ce qui est toujours bon à prendre pour la confiance et inspirer crainte et respect.

Ce match et plus encore la Coupe du monde pourrait aussi bien permettre au pays de mieux apprécier la qualité de leurs joueuses. La fédération australienne ne s’y est pas trompée, ayant même candidaté pour obtenir l’organisation de la prochaine édition, en 2023. Dans tous les cas, il faudra compter sur ces joueuses pour éclairer la Coupe du monde. À l’instar de leur maillot dorée. Comme le soleil. Celui d’Australie.