Week-end de folie en Turquie. Avec un double derby stambouliote au menu. Tout d’abord, samedi soir entre Beşiktaş qui reçoit le leader du championnat, Başakşehir. Et, le lendemain, dimanche, entre Fenerbahçe et Galatasaray. Une fin de semaine où tout peut se décider dans la quête du titre. Et ouvrir la voie royale du sacre à Başakşehir.

Samedi 13 avril, 18 heures en France. 19 heures en Turquie. Au Vodafone Arena de Beşiktaş va se jouer un match qui risque d’impacter le football turc. Pour longtemps, peut-être. Les “Aigles” de Ricardo Quaresma recevant le leader du championnat, Başakşehir Istanbul. Ces derniers, avec un bon résultat, pouvant prendre une grande option pour le titre.

Derby de haut vol attendu entre Beşiktaş et Başakşehir (Crédit photo : Milliyet)

Une fin de semaine décisive

On le sait, la Turquie vibre pour le football. Une grande majorité de la population a un avis tout tranché dès lors que l’on évoque une des équipes phares de la plus grande ville du pays. Toutefois, par une incroyable ironie du calendrier, Istanbul s’apprête à vivre une fin de semaine extraordinaire. Ouvrant une nouvelle ère (?) pour la suprématie nationale.

En effet, coup sur coup, en à peine 24 heures, la Süper Lig verra s’affronter quatre clubs d’Istanbul. Tout d’abord, Beşiktaş tentera de se rapprocher de Galatasaray pour la deuxième place. Pour cela, les hommes du néo-sélectionneur turc Şenol Güneş, qui comptent actuellement cinq points de retard sur les “Rouges et Jaunes” de Mbaye Diagne, devront impérativement remporter les trois points à domicile.

Face à eux, l’İstanbul Başakşehir Futbol Kulübü d’Emre Belözoğlu. Plus communément appelé Başakşehir. Pour ces derniers aussi, le match revêt une importance capitale. Dans la mesure où leur dauphin de… Galatasaray, sur lesquels les coéquipiers d’Edin Visca ont six points d’avance, affronteront dimanche soir Fenerbahçe.

Beşiktaş, au cœur d’une saison mouvementée…

Dans une saison où les “3 Büyükler” (les “Trois Grands”) ont connu moult rebondissements et problèmes, le club de Beşiktaş n’a pas échappé à la règle. Entre départs de joueurs suite à des salaires non versés en temps et en heures. Comme ce fut le cas notamment pour le défenseur central portugais, Pepe, reparti au F.C. Porto de Moussa Marega. Contestation continue de l’entraîneur Güneş et qui entraîné le départ définitif de celui-ci en fin de saison. Pour reprendre à temps plein la sélection turque. Pleins de soucis.

Dans une saison encore où des velléités furent données à une ancienne gloire du club turc. Cet ancien qui fut également membre de la maison madrilène. Un certain Guti Hernandez ayant même été poussé par certains dirigeants pour reprendre l’équipe. Le coup classique du calife à la place du calife, à la sauce Süper Lig.

Petit précis à destination des adjoints de clubs… Devant un Şenol Güneş bras croisé et impassible, son adjoint Guti donne ses consignes… Avec au fond, à gauche, Erol Bulut. Ancien adjoint d’Abdullah Avcı à… Başakşehir (Crédit photo : Fanatik)

Côté joueurs, pas mieux. Entre l’arrière latéral gauche, l’international Caner Erkin, hors de forme. Conjugué à la jeune garde quelque peu paresseuse selon la presse locale, tel le Canadien Cyle Larin. Joueur encore tendre ou dilettante ? Bref, la saison des “Noirs et Blancs” a donc été à tout point de vue maussade. Ajoutez à cela la dette abyssale du club qui rejailli forcément sur l’équipe et les joueurs.

Başakşehir et son axe gardien-buteur

En face, l’adversaire a moins de soucis que ses rivaux. Avec une attaque où Visca, auteur de 11 buts cette saison, s’éclate. Et permet à Başakşehir de faire déjouer les adversaires. Sans oublier les références mondiales telles que le Togolais Emmanuel Adebayor ou le Brésilien Robinho, ainsi que le compatriote de Visca, Riad Bajić ou l’Italien Napoleoni.

Edin Visca, en mode splash (Crédit photo : Istanbul BB)

Cependant, un autre, méconnu, représente bien la nouvelle dynamique du club “Orange”. Un gardien de but connu dans le milieu du football turc pour son professionnalisme. Extrêmement talentueux mais qui a eu la malchance d’être, durant plusieurs saisons, derrière deux des plus réguliers gardiens turcs de ces 15 dernières années. À Fenerbahçe tout d’abord, puis à Başakşehir ensuite…

Mert Günok, la lumière entrevue…

L’histoire du football regorge de joueurs qui n’ont pas pu saisir leur chance. Coincé qu’ils étaient par des personnages à la réputation plus élevée ou au talent plus visible. À un âge également qui évoque pour la plupart des personnes une prise de conscience.

L’histoire de Fehmi Mert Günok est à rapprocher de ce constat. Et voit, à 30 ans justement, sa carrière de gardien enfin décoller. Günok, c’est une évidence, n’avait jamais jusqu’à cette saison pu avoir véritablement sa chance. Le Turc dont le prénom signifie “courage” en version originale a pourtant dû en avoir durant toutes ces années. Durant lesquelles, il fut LA doublure.

Volkan Babacan et Mert Günok, les deux gardiens de Başakşehir, à l’époque à Fenerbahçe. Les temps et les cheveux changent… (Crédit photo : hhkahraman – Blog)

Au sein de Fenerbahçe et son excellente école de gardiens de but donc où il fut le deuxième voire le troisième portier. Derrière l’enfant “terriblement-chéri” des Canaris turcs, le bouillant Volkan Demirel, gardien phare de l’équipe, et parfois même derrière le second Volkan du club, un certain Babacan. Jusqu’au début de cette saison où Günok devait, tel un éternel recommencement, être de nouveau la doublure du même… Babacan. À Başakşehir, cette fois.

Mert Günok en action (Crédit vidéo : Youtube – Telli7)

… y compris en sélection

Seulement, profitant de la méforme de Babacan, Günok a réussi à force de patience et de travail à se mettre en valeur. Jusqu’à remplacer son coéquipier en… sélection nationale puisqu’il fut titulaire lors des deux dernières rencontres, sous la direction de Günes, de la Turquie. Pour deux victoires nettes et sans bavures (2-0 en Albanie et 4-0 à domicile face aux Moldaves). Pas mal pour un gardien ostracisé par l’ancien sélectionneur, le Roumain Mircea Lucescu, qui se plaignait du manque de profondeur du pays à ce poste stratégique. Un comble.

« Que puis-je y faire ? Je n’ai pas de gardien à ma disposition… »

M. Lucescu lors qu’il était sélectionneur de la Turquie. Alors que Mert Günok tient la forme de sa vie… (Haber 7)

Başakşehir, meilleure défense… d’Europe

Si, grâce notamment à Günok, le club de Başakşehir a d’ores et déjà réussi une exceptionnelle performance, une statistique résume bien la situation. Intraitable, interchangeable. Théorisée par l’entraîneur turc Abdullah Avcı et quelque soit la charnière centrale utilisée, la défense est le point d’orgue de l’équipe.

Dans une première partie de saison où l’ancienne équipe de Cengiz Ünder avait du mal à marquer, cette solidité derrière a permis de tenir la baraque. Et d’engranger des points importants. Avec seulement 13 buts encaissés en championnat, “la ville à tête blanche” peut se targuer d’avoir la meilleure défense d’Europe. Devant, toute proportion gardée, des clubs tels que la Juventus ou le Bayern Münich. Des références en la matière.

Samedi soir, donc, le futur-ex entraîneur de Beşiktaş Şenol Güneş va recevoir Abdullah Avcı, ancien sélectionneur lui aussi, dans un duel à couteau tirés entre deux des meilleurs techniciens du pays. Deux entraîneurs connaissant leur sujet sur le bout des doigts. S’adaptant à leurs équipes et trouvant des solutions. Des techniciens reconnus et demandés et qui se livreront à une bataille épique.

Şenol Güneş et Abdullah Avcı. C’est nous qui avons le micro… (Crédit photo : Habertürk)

Début du règne de Başakşehir ?

S’il est bien évidemment trop tôt pour parler de victoire ou de championnat dans la poche, force est de constater que les coéquipiers d’Arda Turan, l’ancienne pépite du pays, auront leur destin en main. Nantis d’une confortable avance de six points sur Galatasaray, un match nul peut leur suffire. Pour l’obtention du titre tant convoité.

Toutefois, gare aux “Aigles”. Car s’il est bien connu que le Vodafone Arena est un des stades les plus chauds au monde, les leaders de Süper Lig seront attendus de pied ferme. Avec un Burak Yılmaz décisif, un Adem Ljajić qui retrouve des couleurs ou le jeune Güven Yalçın, auteur d’un triplé lundi dernier à Rize, les “Kara Kartal” ne se laisseront pas faire. Question d’honneur et de prestige. Et poussés par des supporters magiques.

Est-ce que Başakşehir va pouvoir résister à cette ambiance de dingue ? Et on n’oublie pas le Benfica !! (Crédit vidéo : Youtube – Onur Yüksel)

Si l’histoire aime l’ironie et les clins d’œil, force est de constater que Başakşehir a l’occasion rêvée d’écrire la sienne et intégrer le club très fermé des champions de Turquie. En devenant, par ailleurs, le quatrième club d’Istanbul sacré. Réponse ce samedi soir. Sauf si le stress ou… le prestige de Beşiktaş relance le championnat d’une manière imprévisible. Dans un pays où le foot est roi et tout est possible. Une fin de semaine folle à Istanbul, pour une ville définitivement spéciale, et qui montrera à tout le monde que rien n’est impossible. “Çünkü burası İstanbul”. Ici, c’est Istanbul !