Spécialiste foot, tennis, rugby, Avignonnaise et fière de l’être, fan de l’OM, de Federer et de Cavani (non, ce n’est pas incompatible), Camille Maccali est une jeune femme réfléchie, à l’écoute, passionnée par le sport, les sportifs, bref, son métier. Enfance, évolution de la place des femmes dans le journalisme sportif, foot féminin, et tout le reste, Camille Maccali se confie à Weeplay.

– Salut Camille ! Comment décrirais-tu ta personnalité ?

« (Rires) Question la plus simple et la plus compliquée. Alors j’ai 30 ans, je suis journaliste depuis 7 ans. Je suis avignonnaise exilée, qui souffre beaucoup d’un point de vue climatique de cet exil. J’ai travaillé pour plusieurs médias de sport : l’Equipe, Eurosport, BeIn Sport. J’avais deux spécialités : le tennis et le rugby. J’ai rejoint L’Equipe à temps plein il y a deux ans. Je m’occupe presque exclusivement de foot, en particulier à l’Equipe du Soir et l’Equipe d’Estelle. Je suis assistante d’édition, chef d’édition, bord terrain et chroniqueuse. Un vrai couteau suisse ! »

– D’où te vient cette passion pour le sport ?

« Je viens d’une famille de sportifs. Ma sœur faisait du tennis. Je voulais faire comme elle. Alors j’ai suivi. J’ai eu un très bon niveau jusqu’à 16 ans. Puis j’ai arrêté. Quasiment du jour au lendemain. Mon père était international de rugby à XIII. C’est aussi un grand fan de foot. J’ai toujours adoré le foot. Petite, j’avais plus de copains que de copines, et à la récré je jouais au foot. Tous les dimanches soirs, on regardait le foot à la télé. On était fous de l’OM. Je me souviens d’ailleurs de la première fois où mon père m’a emmenée au Stade Vélodrome. J’avais 10 ans. C’était Marseille/Monaco. Je crois que Marseille a perdu 2-1, mais je ne m’en souviens plus, je n’ai pas jeté un regard au match. J’étais fascinée par le spectacle des virages. C’était superbe […]

À 10 ans, Camille Maccali découvre le Stade Vélodrome, l’ambiance des virages, la beauté des tifos (Crédit vidéo : Youtube)

[…] Le sport a toujours fait partie de mon horizon. Pourtant, c’est vraiment à l’école de journalisme que j’ai complètement basculé. Le sport, j’avais ça en moi depuis toujours, mais c’est à ce moment-là que j’ai choisi d’en faire mon métier, à ma manière. Ça a marché. À l’école de journalisme, j’avais des copains qui étaient incollables sur le Paris Saint-Germain. Moi je regardais de tout, je m’intéressais à toutes les équipes. Je regardais jusqu’à quatre matchs par semaine. C’est aussi comme ça que je me suis fait une culture foot béton ! »

– Qu’est ce que tu aimes dans le journaliste sportif ?

J’ai une admiration immense pour les sportifs de haut niveau, ils font des efforts, des concessions que beaucoup sont incapables de faire”, Camille Maccali avec Bernardo Silva en duplex pour la chaîne l’Équipe

« J’ai toujours été mordue de sport à la télé. Je trouvais fascinant certaines façons de décrire des événements sportifs. J’ai une admiration immense pour les sportifs de haut niveau, ils font des efforts, des concessions que beaucoup sont incapables de faire, on ne s’en rend pas toujours compte. Et les personnes, au bord du terrain, qui viennent chercher l’info, qui montrent ce que personne ne voit, ce sont eux qui permettent à des événements, à des joueurs de devenir des légendes. Être sur place, raconter l’événement, ça me faisait rêver. L’époque aujourd’hui a changé, mais il y a quelques années encore, il y a avait des moyens démesurés pour la presse écrite. Les journaux envoyaient plusieurs correspondants pour couvrir l’événement en entier. Aujourd’hui, les moyens sont plus limités. Le travail s’est aussi transformé. Il y a toujours du bord terrain, mais il y a aussi beaucoup de travail en plateau, pour alimenter les différentes émissions… Alors on se documente beaucoup via des sites internet, on lit des compte-rendus de match. »

« Être sur place, raconter l’événement, ça me faisait rêver !”

“Je suis une fan absolue de Federer”, Camille Maccali

– Qui est ton idole ?

« Roger. Je suis une fan absolue de Federer. Quand je l’ai vu à Bercy, j’ai fait ma groupie, j’ai pris mon selfie avec lui. Et puis l’OM évidemment. Même si à Paris, ce n’est pas évident d’avoir le cœur qui bat pour Marseille. Certains sont persuadés que par définition, je manque d’objectivité. J’ai beau dire haut et fort que pour mon joueur préféré en Ligue 1 est Edison Cavani, et que le meilleur public de France est pour moi celui de La Meinau à Strasbourg, rien n’y fait… Je n’ose même pas avouer que je suis également de très près la Squadra Azzura, du fait de mes origines italiennes (rires) ! »

– Être une femme dans le journalisme sportif, c’est comment ?

« La perception des femmes dans le journalisme sportif a beaucoup changé en sept ans. Je veux pas jouer les vieilles, mais lorsque j’ai commencé, il y a certains jours où je ne voyais pas une fille de la journée à la rédaction. Aujourd’hui, il y a une vraie place faite aux femmes. Elles ont moins besoin de se justifier. À L’Equipe, par exemple, il y a toujours des nanas. Il y des filles qui commentent le foot, le vélo, le biathlon… Mais : il n’y a pas beaucoup de rédactions où le patron est une femme […]

De plus en plus de femmes dans le journalisme sportif aujourd’hui, l’émission L’Equipe d’Estelle en est un bon exemple (crédit photo : Toutelatele.com)

[…] Moi je suis bien dans mes baskets. Je ne vais pas me comparer à Vincent Duluc qui a suivi 10 milliards d’épopées. Je travaille autant que les hommes, j’ai moi aussi mon avis sur tel ou tel joueur. Et je n’ai pas peur de le donner. Pour se faire une place, en tant que femme, il faut du caractère ! »

« Moi, je suis bien dans mes baskets ! »

– Que penses-tu de la phrase d’Isabelle Ithurburu qu’« il y a plus de machos dans le milieu de la TV que dans les stades » ?

« Isabelle a fait beaucoup pour la reconnaissance des femmes dans le journalisme sportif. Comme Nathalie Iannetta. Isabelle a fait beaucoup de bord terrain. Là, t’es toujours la bienvenue. Tu poses tes questions, tu n’es pas jugée, il n’y a pas ce regard là dans le monde du sport. […]

En avril 2018, Isabelle Ithurburu revient sur le machisme qui peut encore exister dans le journalisme sportif (crédit vidéo : Youtube)

[…] Face aux collègues, au patron, sur le plateau télé, c’est une autre affaire. Il faut plus s’affirmer. Le regard sur toi change. On se demande toujours si tu es là parce que tu es une fille. Je vois bien certains collègues avoir un petit rictus lorsque moi ou une autre donnons notre avis, sur le foot par exemple...

“On n’a pas les mêmes exigences physiques avec les hommes” Camille Maccali

L’image de la télé est aussi moins dure avec les hommes. J’ai rarement vu à l’écran des femmes avec 50 kg en trop. On n’a pas les mêmes exigences physiques avec les hommes. Il est plus difficile de durer pour une femme. On voit arriver de nombreuses nouvelles têtes. Moi, j’ai 30 ans, je me dis déjà que dans 5 ans je serai périmée pour la télé (rires) ! Bon, quand je vois qu’Olivier Ménard est là depuis 1998, je me dis que j’ai bon espoir. Je le répète, mais pour durer, il faut du caractère. Estelle Denis, elle a une sacrée expérience, toujours aussi légitime, elle est devenu un visage, les gens la connaissent. »

– Quelle est ta perception du foot féminin aujourd’hui ?

« Je vais être honnête. Je suis beaucoup plus le foot masculin que le foot féminin, donc tu t’y connais sans doute bien mieux que moi en foot féminin (là, je vous raconte pas comment j’étais contente…). Je m’intéresse surtout à l’équipe de France, j’ai beaucoup d’admiration pour Amandine Henry, Gaëtane Thiney, Wendie Renard, et bien sûr, dans un autre registre, Ada Hegerberg, premier Ballon d’Or de l’histoire. Lors de la finale de la Ligue des Championnes 2018 entre l’Olympique Lyonnais et Wolfsburg, en mai dernier (victoire de Lyon 4-1, 5ème sacre européen pour Lyon), à L’Equipe du Soir, nous avions choisi de consacrer toute la soirée à l’événement, comme on le fait pour la finale hommes.

L’Equipe 21 a choisi de consacrer sa soirée à la finale de Ligue des Championnes entre Lyon et Wolfsburg. Le contenu de l’émission a été plus généraliste du fait d’un suivi moins régulier des journalistes à l’endroit des joueuses (crédit photo : As English – Diario AS)

Je dois reconnaître que c’était plus compliqué, car nous suivons moins les joueuses à l’année. On se voyait mal leur donner des notes par exemple. On était donc surtout dans le ressenti, les analyses étaient moins approfondies que d’habitude. C’était plus généraliste. Le foot féminin doit encore s’affirmer dans les médias, auprès du public. »

– Justement, la Coupe du Monde de foot féminin, tu la vois comment ?

« Une occasion rêvée ! Les moyens que L’Equipe consacrera à cet événement seront les mêmes que pour les garçons l’été dernier. Bien sûr, il y aura plus d’attention placée sur l’Équipe de France, mais les autres équipes seront également scrutées avec attention. La Coupe du Monde est à mes yeux un tournant réel dans l’histoire du foot féminin en France. Ce tournant doit aussi être pris par les médias. Ce sont eux qui permettent de connaître les joueuses, de créer des attachements, des identifications. C’est comme ça que tu te fabriques des héros et des héroïnes. »

– Selon toi, qu’est ce qui manque au foot féminin aujourd’hui ?

« Une vraie égalité hommes/femmes. Je ne parle pas des salaires, mais surtout les moyens mis à disposition des filles pour s’entraîner, récupérer, être suivies médicalement, ne pas avoir à commencer sa journée à 6h30 du matin parce que tu as un travail à côté pour vivre… Bref, être professionnelles dans le même sens que les hommes. Le hand doit être une source d’inspiration.

L’égalité hommes/femmes dans le hand doit être une source d’inspiration selon Camille Maccali (crédit photo : L’Express)

Le virage a été pris par la fédération, par les médias, avec le résultat qu’on connaît. Je suis également beaucoup le rugby féminin.  Outre-Manche, le rugby féminin est en train de décoller. La fédération de rugby a décidé de mettre autant que moyens que pour les hommes. En France on s’y met aussi, ça prend du temps. Et pourtant, avec les performances incroyables de notre équipe de France… Ces filles-là ne sont pas toutes professionnelles, et pourtant elles font partie d’une des meilleures équipes au monde (elles ont notamment battu les All Blacks 30 à 27 le 17 novembre 2018). Pour le foot féminin, il faut aussi mieux connaître les joueuses. Nous médias, avons un rôle important à jouer. En basket les filles ont un nom d’équipe, « les Braqueuses ». Voilà, je lance l’idée pour l’équipe de France. Bonne ou mauvaise, je ne sais pas, mais je trouve que ça personnifie, ça créé de l’attachement, ça donne envie de suivre ces filles, les soutenir. Pour la Coupe du monde plus que jamais, elles en auront rudement besoin ! »

Pour Camille Maccali, les médias ont un rôle fondamental à jouer pour encourager la connaissance des footballeuses