Alors que le football masculin est très clairement le sport le plus suivi en Espagne, le football féminin est, comme on pouvait s’en douter, largement dans son ombre. Même si la donne n’est pas prête de s’inverser, force est de constater que l’écart se réduit peu à peu. 

Des clubs qui commencent à se montrer sur la scène européenne, une sélection qui a une carte à jouer en juin, des trophées à la pelle chez les jeunes… La péninsule ibérique compte dans ses rangs une sélection féminine prometteuse. Même si la Roja ne dispose des meilleures joueuses au monde, elle va arriver comme véritable outsider au Mondial pour, pourquoi pas, bousculer la hiérarchie. 

L’Espagne va-t-elle enfin se faire remarquer lors du Mondial 2019 ? (Crédit photo : AFP)

Encore en cours de développement

Depuis déjà de nombreuses années, la Fédération Espagnole de Football (FEF) œuvre afin de développer et de promouvoir le football féminin. Cela passe tout d’abord par le fait que les cadors espagnols doivent – et le font déjà – développer leur section féminine et attirer toujours plus de grands talents afin de rattraper les plus grands clubs féminins d’Europe, comme ceux de Lyon, Wolfsburg, Chelsea ou encore Manchester City. 

Cependant, il est indispensable de « cultiver » le football féminin également et surtout dès les plus jeunes catégories, afin de disposer d’un talentueux vivier de joueuses dans les années à venir. C’est d’ailleurs un des gros points noirs du football féminin ibérique, qui ne compte que 50.000 licenciés contre plus d’un million en Allemagne. Un écart donc très prononcé, mais que la fédération espagnole tend à réduire d’ici quelques années. 

Toutefois, le football féminin espagnol n’est pas à déplorer complètement et de nombreux éléments viennent rassurer en ce sens. Comme notamment le fait que la rencontre entre l’Atlético Madrid et le FC Barcelone disputée au Wanda Metropolitano le 17 mars dernier a réuni plus de 60.000 personnes en tribunes. Un chiffre très conséquent qui montre l’engouement porté par l’Espagne pour ses féminines.  

Une affluence record qui dépasse celle de la finale du championnat mexicain féminin (51.000 spectateurs) en 2018 ! (Crédit photo : EPA / MAXPPP)

Un championnat (très) hétérogène

Comme on pouvait quelque peu s’en douter, les meilleures équipes masculines sont également les meilleures équipes féminines. En effet, le haut du classement de la Liga Iberdrola (la Liga féminine) est trusté par les joueuses de l’Atlético Madrid et du FC Barcelone, avec même une très large avance sur les concurrents. À quatre journées de la fin du championnat, les deux cadors comptent 18 points d’avance sur le troisième Levante. On connaît donc déjà les deux formations espagnoles qui participeront à la prochaine Ligue des Champions féminine car, en Liga Iberdrola, seules les deux premières équipes sont qualifiées pour cette compétition. 

Voici les 16 équipes qui composent le championnat féminin espagnol, à noter l’étrange absence du Real Madrid. (Crédit : les-sports.info)

Toutefois, ce format peu favorable aux équipes plus modestes pourrait prochainement disparaître, puisque la fédération espagnole de football a prévu de réformer le fonctionnement du championnat féminin d’ici la saison prochaine. Pour le moment, peu d’informations ont filtré à ce sujet, mais nous en saurons davantage dans les semaines à venir. 

À l’abordage de la Ligue des Champions

Si chez les hommes les grands favoris pour la victoire finale en Ligue des Champions sont espagnols, ce n’est pas le cas chez les femmes. En effet, les équipes les plus à mêmes de remporter la Coupe aux grandes oreilles chaque année sont plutôt françaises ou allemandes.

En neuf éditions depuis la création de la compétition, toutes ont été remportées par des clubs de ces deux pays. Une donnée qui montre bien l’avance dont disposent la France et l’Allemagne sur le reste des pays européens. De plus, toutes les finales de Champion’s League féminine ont été disputées par des écuries de ces deux nations, à l’exception d’une où une équipe suédoise, le Tyresö FF, a pris part en 2014 (défaite 4-3 face au VfL Wolfsburg). La plus grande des compétitions de clubs en Europe est donc complétement dominée par la France et l’Allemagne, mais l’Espagne va tout faire pour, d’ici quelques saisons, bousculer cette hégémonie. 

La France et l’Allemagne sont très clairement les deux pays européens où le football féminin est le plus développé. (Crédit photo : FRISO GENTSCH / DPA / AFP)

La saison passée, le Barça avait été éliminé en quart de finale face à l’Olympique Lyonnais qui, quelques semaines plus tard, remportera le titre. Une fois de plus, le club catalan est la seule équipe espagnole encore à même de conquérir le titre. Cette fois-ci, les joueuses blaugranas sont qualifiées pour les demi-finales de la compétition, après avoir éliminé le BIIK Kazygurt (Kazakhstan), Glasgow City (Écosse) et Lillestrøm (Norvège), et affronteront le Bayern Munich pour une place en finale. Une finale qui sera probablement face aux féminines de l’OL, qui affrontent celles de Chelsea tombeuses du PSG dans l’autre rencontre des quarts de finale. 

Une sélection qui peut jouer les troubles fêtes

Même si Las Soñadoras (surnom donné aux joueuses de la sélection féminine en Espagne) n’ont pas encore connu de moments glorieux depuis leur création en 1983, le Mondial qui arrive pourrait bien leur permettre de se faire remarquer et de s’imposer comme une nation de premier plan dans le football féminin. 

Tout d’abord, elles ont parfaitement négociée la phase de qualification en terminant à la première place de leur groupe et en ayant remporté l’ensemble de leurs huit rencontres. Une performance rare réalisée par les espagnoles qui leur a permis de devenir la première nation qualifiée pour la Coupe du Monde 2019, après le pays hôte. 

Le parcours des Espagnoles lors des éliminatoires a impressionné, mais pas encore de quoi leur donner un statut de sérieux prétendant à la victoire finale.
(Crédit : fr.uefa.com)

Néanmoins, ces dernières se retrouvent dans un groupe relevé de par la présence de l’Allemagne, et qui est également composé de la Chine et de l’Afrique du Sud. Un groupe tout de même largement à la portée des joueuses de la Roja, avec un choc face aux Allemandes et la terrible Dzsenifer Maroszan (troisième au Ballon d’or féminin en 2018) lors de la dernière rencontre qui s’annonce déjà bouillante.

Les jeunes joueuses sur le toit du monde

Comme nous vous l’avons expliqué ci-dessus, l’Espagne compte bien moins de licenciées féminines que d’autres pays européens, mais compte tout de même dans ses rangs une génération dorée. En effet, les catégories U17, U19 et U20 ont remporté plus de podiums ces trois dernières années lors des Coupes du monde et des Championnats d’Europe que dans le reste de leur histoire.

En mai dernier, les U17 ont remporté le quatrième championnat d’Europe de leur histoire (après 2010, 2011 et 2015), et ont également été sacrées championnes du monde en décembre dernier après une victoire deux buts à un face au Mexique en finale. De leur côté, les U19 ne sont pas en reste puisqu’elles ont également remporté leur troisième titre de champion d’Europe en juillet dernier, après avoir déjà décroché celui de 2017. 

Une année 2018 donc pleine de succès pour le football féminin espagnol, qui aurait pu être encore plus belle si les U20 avait remporté leur finale du Coupe du Monde face au Japon (2-1) l’été dernier. Mais cette année fantastique montre bien toutes les ressources et les belles années dont dispose la sélection féminine à l’avenir. 

En 2018, les jeunes féminines espagnoles ont marché sur l’eau, et c’est tant mieux pour l’avenir de la Roja ! (Crédit photo : furialiga.fr)

Les Espagnoles figurent donc parmi les outsiders pour le Mondial en France, qui aura lieu cette année du 7 juin au 7 juillet 2019. Mais le football féminin à la sauce ibérique reste tout de même encore en développement, même si les jeunes joueuses s’illustrent déjà dans les catégories inférieures.