Depuis le 14 avril, le FC Fleury 91 est maintenu en D1 féminine pour une nouvelle saison, la troisième. Le club essonnien transforme l’essai, s’installe dans le panorama du football féminin français. Ce week-end, le championnat suspendant son vol du fait des demi-finales de Ligue des Championnes, saisissons l’occasion pour se pencher sur les raisons du succès floriacumois.

Au commencement était le FCF Val d’Orge. Un club de football féminin amateur composé de nombreuses anciennes de Juvisy (aujourd’hui le Paris FC). Un club qui obtient sa place en première division à l’issue de la saison 2016/2017. Les héroïnes s’appellent Charlotte Fernandes, Julie Marchart, Danaé Dunord, Gwenaëlle Butel. Toutes passées par Juvisy. Les voilà qui rejoignent enfin les grandes sœurs juvisiennes, tout occupées par leur fusion avec le Paris FC.

Dans le football féminin moderne, impossible d’accéder au plus haut niveau, s’y maintenir, sans s’adosser à une structure masculine. C’est ainsi que Juvisy s’est sauvé. C’est ainsi que le FCF Val d’Orge rejoint le FC Fleury 91. Un club amateur également, d’hommes uniquement, qui évoluent en National 2.

Pascal Bovis, comme des airs de Jean-Michel Aulas

L’architecte de ce rapprochement est le président du FC Fleury 91, Pascal Bovis, également dirigeant d’une entreprise de transport de plus de 1000 employés. Dans toute grande aventure, il faut un grand président. Les Lyonnaises, les Montpelliéraines en sont l’exemple. Le premier à avoir parié sur le football féminin est Louis Nicollin. Quant à Jean-Michel Aulas, c’est lui qui a décidé que filles et garçons disposeraient des mêmes moyens d’entraînement. Le résultat n’est plus à décrire.

Pascal Bovis, un autre Jean-Michel Aulas ? Les équipes masculines de l’Olympique Lyonnais et le FC Fleury 91 ne courent pas tout à fait sur les mêmes circuits. Pour autant, Pascal Bovis a permis aux ex-FCF Val d’Orge de disposer de terrains d’entraînement fixes, de conditions de préparation bien supérieures. C’est que le Président a de l’ambition : « finir sixièmes ou cinquièmes ».

Oui c’est gonflé. D’autant qu’il n’a pas les moyens des grosses écuries de D1. Fleury reste un club familial. Un club Home Sweet home, qui, à l’image de Soyaux ne pourrait pas survivre sans le dévouement des bénévoles. Pascal Bovis n’a pas de gros moyens, mais de bonnes idées, exprimées à coups d’arguments qui font mouche.

L’arrivée en D1 marque la fin du FCF Val d’Orge, fusionné avec le FC Fleury 91 (crédit vidéo : FFF Youtube)

La recette du mercato façon Bovis

Pour la première saison de ses filles parmi l’élite, il réalise plusieurs opérations intéressantes, avec les arrivées de Marine Haupais en provenance de Montpellier, Daphnée Corboz, prêtée par le Sky Blue FC et la Stéphanoise architecte Maéva Clemaron.

Et vient le coup de maître, qui en a épaté plus d’un. Alors que les Floriacumoises restent engluées à la dernière place du classement à l’hiver 2018, il obtient le prêt de l’internationale Claire Lavogez, en manque de temps de jeu à Lyon. L’arrivée de Lavogez renforce l’expérience d’une équipe aux âges variés, mais dont l’histoire en D1 reste courte et à écrire.

À l’hiver 2018, Claire Lavogez en manque de temps de jeu à Lyon fait le pari de rejoindre le FC Fleury 91, alors dernier du classement (crédit Twitter : @SyaneDalmat)

Verdict : Fleury accroche à la huitième place du classement. Fleury est sauvé, reparti pour un tour, une nouvelle saison, malgré les 12 défaites en 22 matchs, pour 6 victoires à peine.

Quand on accède à la plus haute division, tout l’enjeu est d’y rester. Éviter l’effet Metz, un coup je descends, un coup je remonte, qui nous refait le coup cette saison (dixième avec un point d’avance sur premier relégable Lille).

2018/2019, la saison des consolidations

Dans un championnat pour la première fois retransmis sur Canal +, les équipes montent en gamme. Le niveau grimpe. Il faut s’aligner pour espérer exister, espérer atteindre les objectifs du président Bovis « la sixième ou cinquième place ».

Cette consolidation se traduit par une double perte. L’entraîneur d’abord. Lionel Cure est remplacé par l’expérimenté Jean-Claude Daix. Perte de la joueuse phare également. Claire Lavogez ne porte plus les couleurs rouge et blanc. Ses prestations floriacumoises ont attiré l’attention des Girondines de Bordeaux. Choix judicieux : les Marine et Blanc occupent actuellement la troisième place du classement, il se murmure qu’elles pourraient faire la nique aux Montpelliéraines, ce qui ne représente pas un petit exploit.

À l’été 2018, Fleury propose un mercato alléchant. Débarquent en Essonne la sœur de Daphnée Corboz : la prometteuse Rachel, ainsi que les internationales tricolores Marie-Charlotte Léger (Montpellier) et Kelly Gadéa (Marseille), canadiennes Mélissa Roy et Alex Lamontagne. À l’hiver, une nouvelle américaine vient fouler les pelouses françaises : la défenseuse Maddie Bauer.

Rachel Corboz rejoint sa soeur Daphnée sous le maillot du FCF Fleury 91 (crédit Twitter : @coeurdefoot)

L’équipe alignée par Fleury ne fait pas parler d’elle. Elle comporte pourtant des joueuses de grand talent, régulièrement convoquées en sélection nationale. Ainsi, Clemaron, Léger, Gadéa sont régulièrement appelées en A, Corboz, Haupais en B. Cette expérience-là permet à ces joueuses de continuer de grandir, prendre de l’expérience.

Portrait de Maeva Clemaron, milieue du FC FLeury 91, internationale tricolore et architecte de profession (crédit vidéo : FFF Youtube)

Une saison à deux exploits

Il ne manque maintenant qu’à être plus décisive. Les filles de Pascal Bovis n’atteindront la cinquième place qu’à condition de transformer ces matchs nuls, dont elles semblent s’être fait une spécialité cette saison. À deux journées de la fin de saison, les Floriacumoises comptent 7 nuls, pour 5 victoires et 8 défaites, avec notamment une mémorable série de cinq matchs nuls entre la quatrième et la huitième journée. Les protégées de Bovis se sont tout de même payées deux exploits cette saison.

Le premier est d’avoir défait Montpellier lors de la troisième journée de championnat (1-0, le 15 septembre 2918). Le second, qui restera dans les annales de football est d’avoir arraché le match nul aux géantes lyonnaises, toutes étonnées que des joueuses même pas professionnelles aient pu les contraindre à quitter la pelouse sur le score de un but partout.

S’il ne fallait retenir qu’un match cette saison du FC Fleury 91, ce serait cet incroyable match nul face à Lyon le 31 mars 2019 (crédit vidéo : FFF Youtube)

La saison presque terminée, quelques bilans peuvent être tirés. À deux journées de la fin, Fleury a des certitudes. Celle de sa place finale non, mais celle de jouer de nouveau parmi les grandes l’année prochaine, oui. L’équipe grandit.

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Le soulagement dès le 14 avril: les Floriacumoises joueront en D1 la saison prochaine (crédit Twitter : @FCF91cde)

Trouver la patronne

Elles gagnent plus, marquent un peu plus aussi (22 buts marqués jusqu’à présent, soit le même nombre qu’à l’issue de l’exercice 2017/2018), défendent mieux (six défaites pour le moment, douze la saison dernière). Pour autant, à regarder leur deuxième partie de saison, à quelques exceptions près, on s’aperçoit que ces filles-là rencontrent encore des difficultés à s’imposer parmi les grandes équipes. Sur l’ensemble des matchs retour, elles ont perdu contre Montpellier (3-1, douzième journée), le Paris FC (2-1, quinzième journée), Bordeaux (2-1, seizième journée) le PSG (4-0, dix-septième journée).

Les changements multiples d’entraîneurs n’ont sans doute pas aidé à retrouver une bonne dynamique : Jean-Claude Daix quitte le club en février 2019, remplacé par Eric Michel, lui-même remplacé en mars par Habib Boumezoued. L’exploit face à Lyon le prouve, elles regardent l’adversaire dans les yeux, elles n’ont pas peur, elles sont là pour gagner. Cet état d’esprit-là doit vivre. Il prendra sans doute une autre tournure encore au lendemain de la Coupe du Monde, si au moins Maéva Clemaron, Marie-Charlotte Léger ou Kelly Gadéa est sélectionnée. Si la France va loin, il y aura alors pourquoi pas une championne du monde parmi les rangs. Bref, une patronne.