Dans une saison hautement serrée, Başakşehir fait figure de constance en Süper Lig turque. Un joueur prend également part à cette belle dynamique, l’ancien bordelais Enzo Crivelli.

Depuis maintenant quelques saisons, le club de Başakşehir réussit à maintenir un beau rythme. Celui d’un club structuré et capable d’obtenir des résultats en championnat. Une équipe également difficile à jouer et qui bénéficie d’un maximum de réussite. Cette année encore, le club luttera pour le titre grâce notamment à l’attaquant français Enzo Crivelli.

Enzo Crivelli semble avoir trouvé la plénitude à Istanbul (Crédit photo : Transfermarkt)

Un changement de cap pour Crivelli

Lorsque l’on regarde la carrière d’Enzo Crivelli, un fait saute aux yeux. Celui de voir un attaquant qui a fait presque toute sa carrière dans l’ouest. De Bordeaux à Caen en passant par Angers, Crivelli traînera ses guêtres sur cette zone. Un homme régulier géographiquement certes mais, sur le terrain, un attaquant qui avait du mal à concrétiser ses actions.

Crivelli aime imiter un animal mais lequel ? (Crédit photo : Football Ticket Net)

Dès lors, Crivelli effectuera sa meilleure année professionnelle avec le soleil de l’Ile de Beauté. En Corse, au Sporting Club de Bastia où ses talents de buteur seront enfin reconnus à leur juste mesure. Cette saison, le changement de cap aura été davantage plus élaboré. Sollicité par le club qui monte à Istanbul pour venir garnir la ligne d’attaque des « Hiboux », Crivelli sautera le pas après une expérience mitigée à Caen.

Eh oui, c’est ainsi que l’on accueille les joueurs en Turquie : musique techno, avion, catogan et un discours en turc ! (Crédit vidéo : Youtube – İstanbul Başakşehir)

Un départ vers « l’est » européen et le Bosphore qui lui permet de mieux appréhender son rôle. Facilité il est vrai dans une équipe qui, elle aussi, a fait sa mue. Parfois, il suffit d’aller un peu plus loin en se remettant en question et les résultats seront possibles. Cependant, Enzo Crivelli aura réussi à se mettre en avant d’une manière que plus personne ne peut lui contester désormais. Là où l’attaquant français était programmé pour être un joueur d’appoint, il aura gagné ses galons d’officier en marquant.

Başakşehir, cadre idéal pour s’affirmer

Quiconque suivant le championnat turc le sait. Si le niveau tactique laisse à désirer, le combat physique est sans commune mesure avec d’autres championnats. Un jeu plus direct où il n’y a pas une minute de répit pour un attaquant. Et c’est peut-être ce cadre qui a permis à Crivelli de s’intégrer tout de suite. Başakşehir étant un club structuré mais en manque de supporters, la pression immédiate est moindre. Idéal donc pour s’imprégner du football local sans la pression débordante possible chez les autres équipes d’Istanbul.

Ce qui permet à des joueurs de mieux comprendre les tenants et aboutissants du championnat local ainsi que ses subtilités et dans une équipe où le coach Okan Buruk recherche davantage à jouer en contre. Une donnée qui n’a pas échappée à Enzo Crivelli, lui qui était considéré, en France, comme un joueur physique mais maladroit devant le but. Dans le cadre stanbouliote, ce dernier se sera rapidement adapté à l’équipe et au jeu de celle-ci.

« Tu n’arrives plus à marcher ! J’ai vu des médecins qui m’ont dit qu’il fallait que j’arrête de jouer pendant quelques mois, tandis que d’autres me conseillaient d’arrêter le foot complètement… »

Enzo Crivelli a un mental de guerrier (SoFoot)

Pour l’ancien pensionnaire du Haillan (centre de formation, NDLR) de Bordeaux, le combat chaque semaine en Süper Lig semble être un plaisir. Une réussite pour un garçon victime de la Maladie d’Osgood-Schlatter. Concrètement, une « douleur de genou et gonflement devant le tibia » qui est diagnostiquée en général chez les adolescents. Une épreuve difficile mais qui a dû forger le caractère de Crivelli. Finalement, une revanche sur son propre corps pour un attaquant qui a besoin de prouver. Parfois même un peu trop, à la vue du nombre de cartons jaunes récoltés sur le terrain.

Statistiques en hausse et n°1 d’attaque

Le rôle d’un buteur est d’une simplicité biblique et ne souffre aucune contestation. Pour cela, rien de plus simple que de « scorer » et permettre à son équipe d’empocher les fameux trois points. En participant au jeu et en étant un point de fixation. Dès lors, Enzo Crivelli aura permis à Başakşehir de réunir toutes ces qualités sur son seul nom. Pourtant, le début de saison de Başakşehir aurait pu faire peur à n’importe quel attaquant.

Les stats de Enzo Crivelli à Başakşehir. Un record de carrière en vue pour le buteur (Crédit photo : Fanatik)

Dans une équipe habituée à avoir de nombreux joueurs et au sein d’un effectif pléthorique, peu aurait misé une pièce sur le joueur de 24 ans. Avec le Brésilien Robinho (ex-Real Madrid, NDLR) ou Demba Ba (ex-Chelsea et Beşiktaş), localement l’ancien petit prince du football turc, Arda Turan, qui a quitté le club en début d’année 2020, ou encore en devenir comme le Norvégien, ancien du Red Bull Salzbourg, Fredrik Gulbrandsen.

Başakşehir, une équipe où la concurrence est féroce… Et pourtant, Crivelli s’est imposé comme l’attaquant N°1 du club (Crédit photo : Icon Sports)

Et pourtant… Enzo Crivelli a pu s’imposer au milieu de ces joueurs en faisant ce qu’il avait du mal à faire auparavant. Marquer des buts et permettre à son équipe de gagner. Que ce soit au niveau de la participation au jeu, au niveau des buts en championnat (huit et trois buts et une passe décisive en Europa League, NDLR) ou dans les résultats obtenus, celui qui est passé cinq ans par l’AS Cannes chez les jeunes (avant de finir son parcours junior chez les Girondins, NDLR) est désormais un titulaire indiscutable et indiscuté. Une bien belle réussite dans sa quête de maturité pour le natif de Rouen. Lui qui fait parti des joueurs les plus utilisés par le coach Buruk (cinquième derrière Günok, Visca, Clichy, Epureanu, NDLR).

« À titre personnel, ma saison est plutôt bonne. Notre objectif est de remporter le titre. En tant qu’attaquant, la confiance arrive lorsque l’on marque et c’est normal pour moi aussi. Le but marqué face à Mönchengladbach est sans doute le plus important de ma carrière. Mon but est de marquer encore plus en championnat et en Coupe d’Europe »

Enzo Crivelli, un buteur ambitieux (Fanatik)

Force de caractère et opportunisme

Mais ce qui aura mis en lumière le nouveau statut d’Enzo Crivelli restera l’Europa League. En effet, cette saison encore, la Coupe d’Europe aura été globalement une catastrophe pour les clubs turcs. Entre défaites sur défaites et résultats calamiteux, il n’y avait que peu de raisons de se réjouir pour le pays. Là encore, c’est un tout un paradoxe pour Crivelli et Başakşehir, celui d’avoir changé les mentalités les concernant.

« Le championnat turc me correspond bien et mon objectif est de marquer au moins 15 buts »

Avec déjà huit pions rien qu’en Süper Lig, la moitié du chemin est effectuée pour Crivelli (Fanatik)

D’un côté, un club « artificiel » que peu de personnes supportaient jusqu’à alors en raison de ses liens supposés proches avec le pouvoir actuel en Turquie. De l’autre, un attaquant peu brouillon et peu efficace. Toutefois lorsque les conditions sont réunies et avec du talent, tout est possible. Le miracle s’est donc produit le 12 décembre dernier face aux Allemands du Borussia Mönchengladbach.

Cri Veli (Veli est un prénom turc, NDLR) et but !!! (Crédit vidéo : Youtube – ENN Football)

Dans un match mal embarqué à la 89ème minute (1-1, NDLR) les hommes d’Okan Buruk étaient mal embarqués. Jusqu’à la 90ème minute et l’intervention décisive de « Super Enzo ». Ce dernier, d’un plat du pied gauche enverra Başakşehir en seizièmes de finale face au Sporting en février prochain. Une qualification inespérée pour un club qualifié avec un différentiel négatif de -2 ! Une belle opportunitée de se montrer pour Crivelli sur la scène européenne, lui qui remporta le Tournoi de Toulon des moins de 20 ans en 2015. Pour sa seule expérience internationale, Crivelli sera même sacré co-meilleur buteur de la compétition pour l’Équipe de France (4 buts, NDLR).

2020, l’année de la confirmation ?

Dans la vie, le plus dur est souvent de confirmer ses bonnes dispositions. Être capable de continuer ses bonnes performances sera au cœur de l’action d’Enzo Crivelli. En effet, si quatre points séparent Başakşehir du leader Sivasspor (37 vs 33, NDLR), le championnat reste très serré. Mais gageons qu’avec une équipe solide composée de joueurs complémentaires, Crivelli sera de nouveau au cœur de l’action.

La vie est belle après un doublé (Crédit photo : Habertürk)

Entouré d’un côté le meilleur passeur du championnat Edin Visca (sept offrandes). De l’autre, le gaucher turc déroutant, Irfan Can Kahveci, c’est un bien bel apport pour aider davantage Crivelli à marquer. Ce dernier voudra poursuivre sa progression encore plus haut. Lui qui est d’ores et déjà sur la voie pour battre son record personnel de buts inscrits en une saison (10 avec Bastia lors de son prêt en 2016/2017, NDLR).

« En Süper Lig, Medipol Başakşehir avait perdu ses deux premiers matchs. Depuis, cela fait quinze rencontres que le club d’Istanbul ne perd plus. Dans ce laps de temps, neuf victoires et six matchs nuls sont venus garnir la liste de points »

L’Istanbul Başakşehir est une équipe solide et avec un buteur qui se confirme avec Crivelli, le titre est permis ? (Fanatik)

Une bien réussite donc et qui met en valeur le travail effectué par Başakşehir. Un club où la culture francophone a toujours été bien représentée en attaque. Citons ces dernières saisons le Togolais Emmanuel Adebayor et le Sénégalais Demba Ba, donc. C’est vrai, dans la vie parfois, pour avancer, il faut aller voir ailleurs. Enzo Crivelli l’aura parfaitement assimilé que ce soit à l’ouest ou à l’est, l’important est de marquer. Le juge de paix étant toujours le but, Crivelli l’a bien compris.