Alors que l’OM n’a historiquement jamais été un club porté sur la formation, Jacques-Henri Eyraud, le président, souhaiterait en faire le pilier du renouveau du projet marseillais.

Après plusieurs saisons décevantes sur le plan sportif, où le club ne s’est pas qualifié en Ligue des Champions, il est devenu nécessaire de modifier les exigences à long terme. Surveillé par le fair-play financier, terminé les dépenses à outrance. Désormais, J.-H. Eyraud opte pour l’austérité en période de mercato et l’intégration des jeunes dans l’effectif par un entraîneur au profil formateur : André Villas-Boas.

La formation marseillaise : un grand retard à rattraper

Très en retard en terme de formation, Eyraud souhaite s’inspirer de la gestion de l’OL par Aulas depuis des années. (crédit photo : l’Equipe)

Depuis le 17 octobre 2016 et l’arrivée de Franck McCourt en tant qu’investisseur du club, les ambitions du « Champions Project » ont été réévaluées. Historiquement, l’Olympique de Marseille n’a jamais été un club porté sur la formation. Au terme de la saison 2018/2019, l’OM n’est que seizième au classement des clubs formateurs en France, loin derrière l’OL, troisième club formateur du monde en 2018, ou derrière le PSG, premier de France en 2019. Le club phocéen a toujours été davantage dans le recrutement, faisant confiance aux joueurs étrangers.

« Il m’est arrivé d’en parler avec Bernard Tapie, et il m’a dit ‘Moi la formation j’en ai rien à faire, ce n’est pas mon sujet’ »

Jacques-Henri Eyraud (l’Equipe)
Eric Di Meco, l’un des rares minots de l’OM qui a eu une carrière de classe mondiale. (crédit photo : Foot01)

Ainsi, jamais les investissements n’ont été portés en priorité sur cet aspect, et l’OM est grandement en retard par rapport aux clubs comme l’Olympique Lyonnais, dont Eyraud s’inspire dans cette nouvelle tournure, le Stade Rennais, ou même le Paris-Saint-Germain.

« Pour moi, c’est avant tout au niveau du repérage que l’OM est dans le dur. La région PACA est proche de l’île de France en tête de talent, pour autant les joueurs préfèrent signer ailleurs… »

@Pad_foot6, notre spécialiste Scouting, à propos de la formation phocéenne

Finaliste de la coupe Gambardella 2017 avec Boubacar Kamara, bien connu en Ligue 1 depuis la saison passée tout comme Maxime Lopez un an auparavant et Lucas Perrin tout juste passé professionnel, l’Olympique de Marseille possède tout de même des qualités dans son vivier de talents, étant en plus le club à la plus grande envergure dans une région très portée sur le football. Malgré tout, l’OM, dans cette recherche de la formation, part avec un énorme retard accumulé et il faudra sûrement attendre quelques années avant de pouvoir espérer être au niveau de la majorité des clubs de Ligue 1. Dans le football moderne, il est nécessaire d’être performant dans l’aspect formateur, particulièrement dans les revenus que ça peut rapporter, par l’explosion des prix des jeunes joueurs sur le marché des transferts.

Beaucoup de clubs français sont dans le classement des meilleurs clubs formateurs… pas d’Olympique de Marseille… (crédit photo : Football Sports).

Place à la restructuration sous Zubizarreta

Depuis le départ de Vincent Labrune et la restructuration en 2016, de nombreuses mutations ont été effectuées dans la configuration de la formation. « OM Next Generation » était un programme visant à lier la formation avec vingt-deux autres clubs de la région, dont le FC Martigues ou Marignane Gignac. Le but étant d’aider ces clubs en leur fournissant des budgets et du personnel pour les aider à bonifier les jeunes qui évoluaient sous leurs rangs, pour les récupérer plus tard. Ce processus vise à s’associer aux écoles de football de la région pour influencer la pré-formation et récupérer des jeunes déjà suivis et déjà encadrés. Depuis son lancement, douze joueurs âgés entre treize et quinze ans ont déjà rejoint le centre de formation phocéen. Eyraud espère en voir plusieurs intégrés à l’équipe d’ici quelques années.

« OM Next Generation », le projet en collaboration avec les autres clubs de la région. (crédit photo : Ultime Sport).

Après la relégation des U19 au terme de la saison 2018/2019, il s’est opérée une restructuration complète de l’organisation de la formation, orchestrée par Andoni Zubizarreta, le directeur sportif du club phocéen. Fort de son expérience au FC Barcelone, où il a pu voir l’organisation de la Masia, l’ancien gardien de but espagnol a grandement modifié le centre, changeant une partie des personnes au commande, plaçant Nasser Larguet à sa tête.

Andoni Zubizarreta, le directeur sportif, quelque peu critiqué, est pourtant au cœur de la transformation des structures. (crédit photo : BeSoccer)

L’ancien joueur franco-marocain jouit d’une excellente réputation dans le domaine et les premiers retours internes semblent grandement positifs. Il y a également eu la rénovation des structures, et la création de nouveaux outils, comme l’OM Campus, ou comme les suivis statistiques et les données individuelles pour chaque joueur à partir des U15. Une modernisation tardive, mais nécessaire.

« On a aussi un nouveau patron de la formation, Nasser Larguet, et j’ai rarement eu autant de références positives sur un candidat […]. J’espère que dans cinq ans, sur les onze joueurs présents sur la pelouse, on ait quatre voire cinq joueurs issus de Marseille ! »

Jacques-Henri Eyraud, à propos de la restructuration de la formation
Nasser Larguet à la tête du centre de formation phocéen, symbole du nouveau cycle entamé cet été. (crédit photo : La Provence)

Toujours pressé par des objectifs sportifs, la volonté d’Eyraud est de lier les résultats à l’intégration des minots, parce que le club n’a plus les ressources d’opter pour un modèle de transferts.

André Villas-Boas : la chance aux jeunes cette saison

Dans ce changement structurel, le club a également changé d’entraîneur. Si Rudi Garcia avait surtout été choisi pour son expérience et sa qualité à mener un groupe, Eyraud a été séduit par André Villas-Boas pour d’autres raisons, et notamment pour son côté formateur.

« J’insiste sur son côté éducateur, il a un vrai goût pour la formation, l’éducation des jeunes talents, leur accompagnement, leur coaching. On le voit dans la façon dont il leur parle. »

Jacques-Henri Eyraud en début de saison, à propos d’André Villas-Boas

Sous le regard du fair-play financier, AVB savait qu’il serait à la tête de l’équipe dans un climat où il ne pourrait pas jouir d’un mercato prolifique et de nombreux renforts. Seulement trois joueurs ont été achetés par l’OM : Dario Benedetto, Àlvaro Gonzalez, et Valentin Rongier.

Kamara, à gauche, et Maxime Lopez, à droite, les deux minots intégrés sous Rudi Garcia. (crédit photo : La Provence)

Si l’objectif a été surtout de combler les manques notoires à ces postes, pour le reste, AVB devra faire confiance aux jeunes. Au bout de seulement deux mois de compétitions, le technicien portugais a déjà lancé quatre joueurs, c’est autant que sur les quatre dernières saisons ! Marcelo Bielsa avait lancé six jeunes lors de sa première saison, qui n’ont certes pas explosé par la suite, parce que « Michel » ne leur a pas reconduit la confiance du technicien argentin. Sous Rudi Garcia, c’était surtout la prudence qui primait. Il n’a lancé que très peu de jeunes certes, mais ceux qui ont été intégrés se sont ancrés dans l’effectif comme Boubacar Kamara et Maxime Lopez donc.

Lucas Perrin, à droite, fait partie des jeunes qui ont fait leurs grands débuts cette saison sous AVB, à gauche. (crédit photo : La Provence)

Dans ce début de saison, l’entraîneur portugais a déjà fait joué Lucas Perrin, Marley Aké, Isaac Lihadji et Florian Chabrolle. Dans les joueurs hors du centre de formation, on retrouve aussi des profils prometteurs comme Nkounkou, Hugo Bertelli, ou encore Cheick Souaré. Pourtant, l’intégration des jeunes semble s’expliquer certes par une volonté, mais surtout pas un manque de choix, l’effectif étant très court et en plus marqué par des absences. La plupart des joueurs sont encore loin du niveau Ligue 1. En tout cas, avec toutes ces circonstances, des opportunités s’ouvrent pour ces jeunes joueurs qui auront la chance de faire leurs preuves.

Marley Aké a fait ses débuts en L1 cette saison, profitant des nombreuses absences. (crédit photo : Le Phocéen)

« Ces intégrations sont surtout forcées, ces joueurs sont très loin du niveau Ligue 1. »

L’avis tranché de @Pad_foot6 à propos des jeunes lancés par André Villas-Boas

Cependant, on peut se poser des questions sur la philosophie d’AVB, si elle est réellement portée sur les jeunes ou si il leur fait confiance par défaut. Là où Marcelo Bielsa appréciait chez les jeunes leur manque d’expérience, et donc de pouvoir leur inculquer plus facilement sa philosophie particulière pour appliquer au mieux sa vision sur plusieurs années, AVB, lui, n’a jamais séjourné longuement dans des clubs. Il n’est resté qu’une saison au FC Porto, à Chelsea, ou à Shanghai, une saison et demie à Tottenham, et deux saisons au Zénith Saint-Petersbourg. Il ne s’est pas porté sur des projets à long terme, et, même s’il n’hésite pas à avoir recours à leurs services, il n’a jamais fait des jeunes une priorité dans ses clubs.

En quelques mois, Villas-Boas fait déjà presque mieux que Bielsa ! (crédit photo : L’Equipe)

Ainsi, on peut voir dans ce revirement de la politique phocéenne tout autant une contrainte liée aux échecs des saisons précédentes qu’une modernisation pour être performant dans un pan majeur du football moderne, la formation.