Les sélectionneuses Asako Tatakari et Corinne Diacre s’affrontent pour la première fois ce soir. À deux mois du mondial, après une She Believes Cup décevante (troisième sur quatre), les Japonaises, championnes du monde 2011, s’offrent une tournée européenne. Occasion d’être fixée sur les changements opérés depuis 2016.

On les appelle les Nadeshiko. Œillet en Japonais. Car l’œillet, ces délicates teintes et ses pétales comme des froufrous, symbolise au Japon l’idéal de la féminité. En matière de football, leur floraison a généralement lieu en finale de compétitions internationales : Coupe du Monde, Jeux Olympiques, Coupe d’Asie.

Du Japon, des Japonaises, en France on connaît Saki Kumagai, la joueuse de Lyon, arrivée sous le ciel rhodanien en 2013 en provenance de Francfort. Difficile de passer à côté de Saki Kumagai. Avec Lyon, la Japonaise a gagné cinq titres de championnes de France et trois Ligue des Championnes, a été nominée pour le Ballon d’Or 2018 et a terminé à la douzième place. Kumagai, Gone et Nippone.

Saki Kumagai est sans doute la plus joueuse japonaise la plus connue en France. Elle a rejoint Lyon en 2013 et a gagné de nombreux titres (Crédit vidéo : Youtube)


Pour les fins connaisseurs de football féminin, on se souviendra aussi de Rumi Utsugi. La milieue aux 112 sélections a porté les couleurs de Montpellier pendant six saisons (2010-2016) avant de rejoindre les États-Unis du Reign Seattle.

Rumi Utsugi est l’autre joueuse nipponne en plus de Saki Kumagai à avoir connu le championnat français, en passant 6 saisons à Montpellier (Crédit photo : Jeunesfooteux)

Difficile de citer d’autres joueuses de la formation nippone. Et pour cause, sur les 23 joueuses couchées sur la liste de la sélectionneuse Asako Takakura, seules six ont connu ou évoluent actuellement dans d’autres championnats, principalement en Allemagne et aux Etats-Unis : Hikaru Naomoto à Fribourg, Kumi Yokoama à Francfort. À noter aussi, la gardienne Erina Yamane, qui, du haut de ses 1,88m, veille sur les buts du Betis Séville.

Du Japon, nous parviennent des images, comme des flashs, et on a du mal parfois à connecter toute l’histoire. On sait que c’est un adversaire coriace. On ne sait plus exactement quand ni pourquoi, mais on sait que les Nadeshiko ont marqué l’histoire du football féminin. Leur actuelle septième place au classement FIFA nous indique que c’est une nation qui compte dans le football, mais ne laisse rien paraitre de ses épopées d’antan.

2011, l’odyssée Nadeshiko

En l’espace d’une Coupe du monde, les Nadeshiko sont passées de rien à tout. Leur Histoire commence en 2011, en Allemagne. En ce temps-là, les Japonaises affichent pour seul fait d’armes un quart de finale, lors de la Coupe du Monde de 1995. Lors des autres éditions, elles se qualifient pour la phase finale, mais ne franchissent jamais les poules. Ça vivote, sans lustre. Un homme va permettre aux Œillets d’éclore : Norio Sasaki. Nommé à la tête de la sélection nationale en 2007, il propulse en quatre ans ses filles sur le toit du monde.

Les Japonaises deviennent championnes du monde en 2011 en battant les Etats-Unis aux tirs au but. L’attaquante Nadeshiko Homare Sawa inscrit un but mémorable pour égaliser à 2-2 (Crédit vidéo : Youtube FIFA)

Lorsque le rideau tombe sur le mondial allemand, la planète foot compte de nouvelles géantes. Le parcours des Nadeshiko est exceptionnel. Elles écartent les Suédoises, les Allemandes et se présentent en finale, face à la meilleure nation au monde, aux deux titres mondiaux : les États-Unis. Par deux fois les filles de Sasaki sont menées. Par deux fois elles reviennent, notamment grâce à un but somptueux de la légendaire attaquante Homare Sawa, qui sera sacrée meilleure joueuse de la compétition, meilleure joueuse mondiale de l’année 2011.

Les Nadeshiko poussent jusqu’en prolongation. Puis jusqu’aux tirs au but. Et dans la nuit allemande, lorsque la dernière joueuse nippone se présente face à l’immense gardienne américaine Hope Solo, on découvre une jeune femme de 21 ans, numéro 4 fiché dans le dos. Saki Kumagai. Les yeux levés au ciel, elle ne se laisse pas impressionner par la stratégie de déconcentration de Solo. Elle frappe et la balle s’accroche là où aucune gardienne ne peut aller : lucarne gauche.

Homare Sawa, légendaire joueuse Nadeshiko revient sur sa carrière et sur l’année 2011, sombre en raison du tsunami et lumineuse pour celle qui sera désignée meilleure joueuse mondiale (Crédit vidéo : Youtube FIFA)

Le trophée brandi par les Nadeshiko, c’est une immense fierté pour tout l’archipel nippon, éphémère légèreté pour un pays meurtri quelques mois plus tôt par un tsunami qui a détruit Fukushima et sa région, au nord de Tokyo, ville dont est par ailleurs originaire Asako Takakura, actuelle coach des Nadeshiko.

Un jeu Tiki Taka

Les retrouvailles face aux États-Unis ont lieu un an plus tard, en finale des Jeux Olympiques. Les filles de Sasaki s’inclinent cette fois, comme en finale de la Coupe du Monde 2015, où les Américaines se sont bien promis de ne plus s’y laisser prendre. En 15 minutes, elles plantent 4 buts, plient le match pour un score final 5-2. Une anomalie les Nadeshiko ? D’où tirent-elles leur force ?

Elles sont petites. Certaines même très petites. La gardienne Erina Yamane et ses 1,88m est presque une anomalie. Certaines de ses coéquipières dépassent d’une courte tête les 1,50m : les milieues Yuka Momiki (1,53m) et Yui Hasegawa (1,56m), ou encore l’attaquante Kumi Yokoyama (1,55m). Dans un sport qui réserve une place importante au jeu de tête, avec des joueuses qui, de plus en plus, culminent au-delà de 1,80m, il faut s’adapter pour survivre.

La solution s’appelle Tiki Taka. En bref, le jeu à la Barcelonaise. Passes rapides, endurance du milieu de terrain, pressing, repli défensif. Objectifs : empêcher l’adversaire de jouer sur les ailes, couper les centres, provoquer la faute adversaire, s’y engouffrer. C’est un système de jeu exigeant, qui repose avant tout sur la cohésion du groupe. Non sur des individualités. Cela réussit bien. Trop bien peut-être. 

Les Japonaises pratiquent un jeu à la Barcelonaise pour compenser le déficit de taille: passes courtes, précision technique, rapidité (Crédit vidéo : Youtube)

Jouez jeunesse !

Depuis 2015, et la défaite en finale de Coupe du monde face aux Américaines, quelque chose ne fonctionne plus. Les journaux et autres amateurs de football féminin s’inquiètent. Et si on ne formait pas assez de joueuses ? Et si nos meilleures s’exilent toutes ? Au Japon, la professionnalisation des footballeuses progresse lentement. Les plus talentueuses peuvent être tentées de s’embarquer vers d’autres cieux.

La grosse désillusion de la non-qualification aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 coûte sa place à Sasaki. Et voilà qu’est nommée l’ancienne internationale Asako Tatakari. Première femme à être nommée à ce poste. Tatakari comprend que les autres équipes se sont adaptées au système de jeu proposé. Elle s’appuie sur ses cadres comme Aya Sameshima (106 sélections), Saki Kumagai (101 sélections) en défense, ou encore Mizuho Sakaguchi (125 sélections) et Rumi Utsugi (112 sélections) au milieu. Elle lance aussi de nombreuses jeunes joueuses, évoluant dans les meilleurs clubs nippons, comme le Nippon TV Beleza ou le Inac Kobe Leonessa : Risa Shimizu (22 ans), Nana Ishise (21 ans), Yuka Momiki (23 ans ; 24 sélections), Yui Hasegawa (23 ans ; 33 sélections).

La Coupe du Monde, tremplin vers les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020

Pari de la jeunesse donc, et pari qui peut s’avérer gagnant. La jeunesse nippone, une jeunesse dorée ? Les Nadeshiko U20 ont remporté l’été dernier la Coupe du monde U20 face à l’Espagne (3-1). L’émergence d’une génération brillante, c’est certain, même s’il faut toujours se méfier de ces bandes de gosses trop tôt couronnées. Nombre d’entre eux n’ont rien donné ensuite, et les sélections A ont fait sans eux. Il n’empêche, Tatakari croit en cette génération. Sur les 23 sélectionnées ce soir, six sont déjà des championnes du monde U20. La défenseuse Moeka Minami. Les milieues Asato Miyagawa et Fuka Nagano. Les attaquantes Riko Ueki, Hinata Miyazawa et Jun Endo.

Une génération Nadeshiko prometteuse: les U20 sont sacrées championnes du monde face à l’Espagne en 2018 grâce à une victoire 3-1 (Crédit vidéo : Youtube FIFA)

Tatakari aime les jeunes, les encourage :

« Elles ont dépassé mes attentes et prouvé qu’elles étaient capables d’affronter le monde. J’ai de grands espoirs dans leur potentiel» a-t-elle confié ».

Asako Tatakari, sélectionneuse du Japon

Cette tournée européenne (match contre la France aujourd’hui et l’Allemagne le 9) est l’occasion pour la sélectionneuse Tatakari de solidifier ses bases, de consolider son système de jeu avant de faire son choix définitif. Sa liste de joueuses est identique à celle qui a disputé la She Believes Cup en mars dernier. Le Japon avait terminé troisième.

La Coupe du Monde est pour le Japon est un rendez-vous particulier. On espère toujours reproduire ses exploits. Mais surtout, un mondial réussi sera un marchepied inouï dans l’engouement des supporters pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Une sorte de Coupe du monde à la maison.