Ce soir, à 21 heures, le Benfica Lisbonne reçoit Galatasaray pour le compte des seizièmes de finale retour de la Ligue Europa. Nantis d’une belle victoire 2-1 au match aller dans l’enfer stambouliote, le club portugais pourra compter sur son attaquant et buteur suisse.

Après plusieurs saisons difficiles, Haris Seferović, avant-centre du Benfica Lisbonne, semble avoir enfin trouvé une certaine stabilité. Cette confiance en ses capacités réjouit son club qui comptera une nouvelle fois sur ses talents de buteurs, ce soir à face Galatasaray, pour se qualifier. Coup de projecteur sur la carrière d’un homme qui ne lâche jamais rien.

Un début d’année “14-79” canon

Plus rien n’arrête le Benfica Lisbonne en ce début d’année 2019. Hormis une défaite le 2 janvier dernier face à Portimonense, 2 buts à 0, fatale à l’entraîneur Rui Vitoria, limogé par la suite, le club de la capitale enchaîne les victoires fleuves à un rythme effrénée. Depuis lors, 7 victoires d’affilées en Liga NOS qui ont permis aux “Benfiquistes” de revenir à un petit point seulement du FC Porto. Avec la possibilité d’une qualification entrouverte pour le tour suivant, ce soir au Estádio da Luz de Lisbonne en match retour de Ligua Europa, face à Galatasaray.

Si tous les projecteurs se braquent naturellement sur l’entraîneur Bruno Lage et son 4-4-2 magique et offensif ainsi que sur la jeune pépite de Viseu, João Felix, un autre joueur symbolise à lui tout seul cette bonne saison de Benfica. Son nom ? Haris Seferović. Si le Suisse n’est pas le joueur le plus reconnu, sa saison actuelle parle pour lui. Seferović prend son plaisir à dynamiter les défenses avec son compère de l’attaque Félix chaque semaine. Au premier, le numéro 14, la puissance physique et le harcèlement des défenses, au second, le numéro 79, la justesse technique et une activité constante. Les deux compères se complètent parfaitement et font le bonheur des supporters de Benfica.

Une instabilité chronique

Pourtant tout ne semblait pas si simple au départ pour le natif de Sursee, situé dans le canton de Lucerne, à mi-chemin entre Berne et Zürich. Né en 1992, de parents d’origine bosniaque, Haris Seferović, formé au Grasshopper de Zürich, a traîné ses guêtres de clubs en clubs. Et ce, sans jamais véritablement parvenir à se stabiliser ni jouer régulièrement plus d’une saison d’affilée dans le même club.

Entre 2009 et 2012, à travers les clubs suisses du Grasshopper, de Neuchâtel Xamax ou bien encore en Italie, à Lecce ou la Fiorentina, entre prêts infructueux, statistiques faibles et manquent d’impact, les titularisations sont rares. Et les buts encore moins, 3 petits pions seulement en matchs officiels durant cette période. Ce qui, pour un avant-centre, est pour le moins problématique malgré un titre de meilleur marqueur obtenu par Seferović lors de la Coupe du Monde des moins de 17 ans, en 2009, remportée par ailleurs par les jeunes helvètes.

Tour d’Europe pour un Suisse

Mais la chance sourit parfois là où on l’attend le moins et pour Seferović, cette main tendue sera le club italien de Novara, en Serie B à l’époque. Lors de la saison 2012/2013, dans le Piémont, le Suisse va glaner 18 titularisations, un record dans la carrière du joueur jusqu’à alors et marquera surtout 10 buts. Son record personnel battu, place ensuite à la découverte d’un nouveau championnat la saison suivante. Transféré en Liga espagnole au sein de la Real Sociedad, Seferović se trouvera dans la même équipe qu’un certain Antoine Griezmann.

Durant cette saison à connotation ibérique, Seferović parviendra à augmenter peu à peu son temps de jeu avec 24 matchs sur les terrains. Mais toujours pas ses buts, avec seulement 2 réalisations marquées en championnat. Une inefficacité chronique mais qui n’empêchera pas le joueur de faire tomber, avec son club, les Lyonnais de Jean-Michel Aulas. En barrages aller de la Ligue des Champions édition 2013/2014, Griezmann et Seferović seront les bourreaux des Gones avec une victoire 2 buts à 0 chez ces derniers. Avant d’éliminer Anthony Lopes et son équipe au retour à Anoeta. Mais l’histoire retiendra surtout ses deux bijoux de buts venus d’ailleurs du Français et du Suisse.

Griezmann et Seferovic, deux pieds gauches, deux buts d’anthologies (Crédit vidéo : YouTube Replay Fútbol)

Un passage chez “l’Aigle” de Francfort…

Comme un éternel recommencement de sa carrière, la saison 2014/2015 sera, une nouvelle fois, l’occasion pour le Suisse de découvrir un autre championnat, son quatrième. Déjà. Place désormais à la Bundesliga et son football offensif. Haris Seferović débarque chez l’Eintracht Frankfurt où, au côté du légendaire attaquant allemand de l’Eintracht, Alexander Meier, il contribuera à stabiliser le club allemand. Et parviendra, avec son équipe, a être finaliste de la Coupe d’Allemagne 2016/2017 remportée par le Borussia Dortmund.

Mais le fait d’actualité le plus reconnaissable de Seferović en Allemagne va se produire lors d’un match de fin novembre 2014. Deux semaines auparavant, une étudiante de 22 ans, d’origine turque, Tuğçe Albayrak, en essayant d’aider deux jeunes filles victimes d’une agression, tombe dans le coma. Frappée par ses agresseurs avec une batte de base-ball, ce drame et le décès de la jeune fille deux semaines plus tard vont provoquer une indignation qui atteindra toutes les couches de la société allemande.

Sur le terrain, le week-end, l’Eintracht Francfort rencontre le Borussia Dortmund avec une réalisation de Seferović à 78ème minute qui portera le score à 2-0. Lors de la célébration de son but, le Suisse soulèvera simplement son maillot où l’on pourra lire sur son t-shirt les mots suivants : “Tuğçe = courage civique, ange, courage, respect”. Un geste d’une grande classe unanimement salué de la part d’un joueur mais qui montre toute la compassion d’un homme devant un tel acte.

Haris Seferović rendant hommage, après un but, à une étudiante décédée lors d’une agression (Crédit image : bursahakimiyet.com.tr)

… avant “l’Aigle” du Benfica

Après trois saisons à Francfort en dents de scie, où les matchs joués et les buts marqués diminueront saison après saison, Haris Seferović découvre, une nouvelle fois dirions-nous, un nouveau pays. Cette fois-ci, place à la Liga NOS où l’attend un poste d’attaquant chez d’autres “Aigles” mais ceux du Benfica Lisbonne, cette fois.

Là-bas, de nouveau, le joueur aura du mal à se frayer, dans un premier temps, un chemin au sein d’un effectif pléthorique, essuiera les critiques et ne marquera que 4 petits buts en championnat. Pour n’importe quel attaquant, cette disette offensive aurait pu faire basculer une carrière et/ou faire émerger un doute légitime sur ses facultés offensives.

Mais pas chez Seferović qui va s’accrocher et trouver la lumière à l’orée de la saison 2018/2019. Une force de caractère qui l’a toujours suivi quelque soit les vents contraires, les doutes ou les interrogations sur sa valeur.

« Ich habe immer an mich geglaub”, “J’ai toujours cru en moi »

Haris Seferović (BlueWin.ch)

Une reconnaissance tardive

Jusqu’à maintenant, cette saison, le numéro 14 du Benfica a joué 19 matchs pour 14 buts inscrits. Ce qui en fait le meilleur buteur, ex-aequo avec Bas Dost et Dyego Sousa. Un record dans sa carrière et qui peut s’expliquer par plusieurs faits. Tout d’abord, le jeu offensif prônée par le club lisboète laisse une grande liberté aux attaquants. Preuve en est avec le nombre de buts marqués par les “Rouges” en championat (60) quand les seconds à ce classement, le FC Porto et le Sporting n’en ont planté que 44. Sans compter les autres scores fleuves comme dernièrement contre le CD Nacional lors de la 21ème journée de Liga NOS.

Benfica-Nacional : 10-0… comment dit-on double “manita” en portugais ?
(Crédit vidéo : Youtube)

Le fait de jouer dans une configuration en 4-4-2 permet également de répartir le soutien offensif et Seferović semble avoir trouver son binôme parfait en la personne de João Félix. Le jeune homme de 19 ans tournant autour de l’attaquant de pointe qu’est le Suisse et se montre, lui aussi, efficace, pour sa première saison en équipe première, avec déjà 7 buts au compteur.

Cette saison sonne donc aussi comme une libération pour le Suisse qui en profite pour dépasser tous les standards de sa carrière en termes statistiques. Sa marge de progression étant énorme et son envie intacte, ce joueur de caractère n’a pas fini de nous surprendre.

Avec la “Nati”, une histoire contrariée aussi

Paradoxalement, si la grande majorité de la carrière d’Haris Seferović souffre d’absences de statistiques et d’un temps de jeu famélique, en sélection, il en va autrement. Avec près de 60 fois la tunique de la Nati (National Team) enfilée et 17 buts, cette ambivalence entre club et sélection provoque un léger décalage sur la perception du joueur.

Il faut donc aller chercher l’explication du côté du sélectionneur suisse, Vladimir Petkovic, en place depuis 2012 et qui, à l’instar de Didier Deschamps avec Olivier Giroud en Equipe de France, privilégie la stabilité et fait confiance à son attaquant envers et contre tout. Même si celui-ci a un cruel manque de confiance et essuie les plâtres devant des supporters suisses déçus de son rendement offensif.

« Tous les joueurs ont besoin de sentir la confiance du club et de l’entraîneur. Mais les attaquants en ont peut-être besoin plus encore”

Stéphane Chapuisat, suisse, buteur et gaucher tout comme Seferović (Le matin.ch)

La légende suisse, Stéphane Chapuisat, vainqueur entre autres de la Ligue des Champions en 1997, ne s’y trompe pas lorsqu’il évoque le fameux de manque de confiance pouvant plomber les attaquants et les empêcher de concrétiser leurs occasions.

Mais là encore, Haris Seferović, à force de travail et volonté a permis de changer la donne et commence à être efficace en sélection. Le dernier match victorieux des Suisses contre la Belgique (5-2), lors de la sixième journée de la Ligue des Nations, ayant permis à l’avant-centre de se mettre en valeur, avec un triplé.

Avec la confiance, “tudo bem”

Buteur lors des deux dernières rencontres du Benfica face à Aves en Championnat dimanche dernier et Galatasaray la semaine dernière en Turquie, Seferović sera une fois encore l’arme numéro un des Portugais.

Jouant avec la confiance pleine et entière de son entraîneur, Bruno Lage, dans une équipe en forme et avec une philosophie d’attaque, nul doute que le Suisse voudra se montrer ce soir. Dans tous les cas, cette saison, Seferović semble avoir vaincu le signe indien de l’inefficacité. Et nous montre, semaine après semaine, toute l’étendue de son instinct de buteur.

Avec un triple objectif en tête. Qualifier son club pour le tour suivant et continuer à alimenter sa ligne statistique en buts. Mais aussi, probablement, fêter dignement son 27ème anniversaire qui tombe le 22 février, soit demain. Car, les écorchés-vifs le savent mieux que quiconque : on n’est jamais mieux servi que par soi-même et le plaisir n’en est que plus grand !