Le football anglais est réputé pour l’engagement, la tension, l’intensité physique des matchs. Si la Premier League est considérée comme le championnat le plus physique d’Europe, elle le doit à l’influence de l’arbitrage, unique en son genre.

Alors qu’en France ou en Italie, les arbitres ont l’habitude de beaucoup siffler. En Angleterre, on prône l’avantage, le “laisser jouer”. Pourquoi l’arbitrage rend le football anglais aussi unique ?

Un “laisser jouer” qui intensifie les matchs

C’est un fait mondialement reconnu, les arbitres de Premier League laissent beaucoup plus le jeu se dérouler. Cette année, un arbitre du championnat siffle en moyenne 20 fautes par match contre 26 en Ligue 1 et 27 en Serie A.

Fervents utilisateurs de l’avantage, les arbitres du championnat acceptent que l’intensité d’un match soit forte, en sifflant la faute seulement sur des contacts flagrants. En d’autres mots, l’agressivité est tolérée.

« L’intensité physique est supérieure à tous les autres pays […] La Premier League est une épreuve si dure. J’ai toujours admiré ce championnat et les joueurs qui y évoluent ».

Fernando Torres en 2010, alors joueur à Liverpool FC, pour le tabloïd britannique News of The World.

Le football anglais s’est ainsi forgé cette image de football plein d’impact, de contact, réservé aux joueurs costauds. La Premier League regorge en effet de joueurs très physiques : on pense à Romelu Lukaku, Virgil Van Dijk, Xherdan Shaqiri.

Les matchs ont donc une intensité unique qu’on ressent sur les affiches. Les derbys sont célèbres pour la tension physique qui en jaillit. Regardez la puissance des derbys Liverpool – Everton, West-Ham – Millwall ou Arsenal – Tottenham à Londres. Mais aussi les matchs remplis de rivalité comme Crystal Palace – Brighton disputé hier ou Arsenal – Manchester United (ce soir à 17h30).

Pour autant, le respect entre les joueurs est important. Ils ne s’enflamment pas lors d’un tacle appuyé et les victimes des fautes se relèvent rapidement.

Le football anglais résumé en une action (Crédit Twitter : @ThierryHubac)

L’infirmerie également pâtit du niveau physique du football anglais. À l’heure où on vous parle, 70 joueurs de Premier League sont invalides pour 60 en Ligue 1.

Un arbitre respecté avec plus de responsabilité

En Premier League, l’arbitre est beaucoup plus pédagogue. Restant toujours calme, il explique la plupart du temps pourquoi il siffle la faute. Rarement intimidé par les joueurs, il parvient à garder la main sur le déroulement du match.

Le respect de la part des joueurs est très important. L’arbitre se fait rarement prendre à part, contester de manière virulente. On peut même régulièrement voir des scènes de camaraderies entre arbitre et joueur en fin de match.

La petite blague de l’arbitre Andre Marriner à Sadio Mané, alors joueur pour Southampton (Crédit vidéo : YouTube SantiZitro 7)

La responsabilité de l’arbitre est très forte. La VAR n’arrive que l’année prochaine, il doit toujours se fier à lui-même et aux arbitres de touche pour les décisions.

Les grands arbitres anglais

Le championnat anglais a vu passer nombre d’illustres arbitres. Stanley Rous, arbitrant dans les années 1920/1930, devient président de la FIFA de 1961 à 1974. Il a eu une influence énorme sur le football au XXème siècle, en théorisant par exemple le système diagonal d’arbitrage.

Jack Taylor a arbitré plus de 1000 matchs dans une soixantaine de pays. Il rentre dans l’histoire pour avoir été au sifflet lors de la fameuse finale de la Coupe du Monde 1974, opposant l’Allemagne de l’Ouest de Beckenbauer aux Pays-Bas de Johan Cruyff. Il a sifflé deux pénaltys ce jour-là, un record pour une finale de Mondial.

Jack Taylor et Johan Cruyff (Crédit Photo : The National Football Museum)

Membre de l’Ordre de l’Empire Britannique pour ses services rendus au football, Howard Webb a été une figure respectée pendant ses 20 ans passés en Premier League. Il a arbitré la finale de la Coupe du Monde 2010 en laissant beaucoup jouer, comme en Angleterre.

Sur les terrains britanniques depuis 2000, Mike Dean fait figure de vétéran à 50 ans. Il est souvent raillé pour avoir “célébré” un but de Tottenham. Mark Clattenburg a également été une figure respectée du championnat. En 2016, il arbitre la finale de la FA Cup, celle de la Ligue des Champions ainsi que celle de l’Euro.

Aujourd’hui, les arbitres anglais font vraiment figure d’autorité. Les visages les plus présents sont Anthony Taylor (26 matchs arbitrés pour 29 journées), Martin Atkinson, Bobby Madley,Jonathan Moss ou encore Michael Oliver.

Mikael Oliver qui ne tremble pas face à Gianluigi Buffon après avoir sifflé le fameux pénalty pour le Real Madrid en quart de finale retour de Ligue des Champions (Crédit Photo : AFP PHOTO / JAVIER SORIANO)

L’arbitre, en Angleterre, est donc une vraie figure d’autorité rarement contestée. Laissant beaucoup plus jouer les actions que dans les autres pays, il a moins le sifflet à la bouche, ce qui rend le championnat anglais aussi physique et intense. Beaucoup d’arbitres anglais ont brillé et brillent encore sur la scène internationale.