Elle a 26 ans, mesure 1,53 mètres, et est une attaquante version meneuse de jeu ou l’inverse, championne du monde militaire 2016. Pour Laura Bourgouin, le football est une affaire sérieuse. Portrait d’une apôtre du beau jeu.

Le rideau est tombé sur la première division féminine version 2018/2019. La saison régulière laisse place à présent aux événements extraordinaires, finale de Ligue des Championnes (18 mai dernier avec le sacre de Lyon), Coupe du Monde (7 juin-7 juillet), jetant dans l’ombre et pour quelques mois les centaines de protagonistes qui font le sel du championnat féminin.

Elles sont nombreuses, pourtant, celles qui nous manquent déjà, et que l’on aimerait retrouver rapidement sur les terrains. Laura Bourgouin par exemple. L’attaque de l’ASJ Soyaux Charente, meilleure buteuse de l’équipe avec six réalisations, a permis à son club de se hisser à la sixième place cette saison, et ce n’est pas rien. Devant (seulement) Lyon, le Paris Saint-Germain, Montpellier, Bordeaux et le Paris FC. Les plus grosses écuries.

Laura Bourgouin finit la saison 2018/2019 en beauté en offrant la victoire à Soyaux face au FC Fleury 91 (crédit vidéo : FFF Youtube)

« Jouer les unes pour les autres »

Laura Bourgouin n’aimerait pas que l’on présente ainsi les choses, elle qui se définit comme passeuse avant tout. Au service du collectif.

Amour du jeu, volonté d’aller vers l’avant, bien sûr, mais Laura Bourgouin est bien plus encore. Buteuse, tenace, endurante, la numéro 17 Blanc et Bleu est pétrie de qualités qui lui ont ouvert l’équipe de France B, et surtout, celles de la sélection militaire lors de la Coupe du monde 2016 qu’elle remporte aux côtés de Pauline Peyraud-Magnin, Charlotte Lorgère ou encore Pamela Babinga, sa future coéquipière à Soyaux. Cette victoire face au Brésil, deux buts à un, c’est un immense souvenir, avant tout l’histoire d’un groupe qui ne se connaissait pas bien, mais qui a su parfaitement fonctionner ensemble.

« Je me retrouvais parfaitement dans cette équipe. C’est ça que je retiens le plus. On a joué les unes pour les autres, c’est ce qui nous a permis d’aller au bout »

Laura Bourgouin, championne du monde militaire 2016
Laura Bourgouin est sacrée championne du monde militaire en 2016. Pour elle, la victoire d’un groupe unique qui a su jouer ensemble (crédit vidéo : France 3 Youtube)

Mais Laura Bourgouin, jamais appelée en équipe A.

« Je ne pense pas à demain »

C’est un parcours bâti brique à brique, sans trop penser au lendemain. Originaire du Mans, dernière d’une famille de quatre filles, elle commence le football comme ça, parce que les deux aînées s’y sont un peu mises, parce qu’elle joue dehors dans le quartier avec les autres enfants, parce qu’elle voit des matchs à la télévision. Et personne ne trouve ça bizarre.

« Mes parents trouvaient ça bien que je joue au foot. Je n’ai jamais eu de remarques désagréables, sauf quelque fois, le samedi, avant les matchs ».

Laura Bourgouin

Les frangines abandonnent le foot pour la course à pied, Laura persévère. Marine, la troisième, s’y met également. Au Mans, comme Laura.

Pour qui connaît un peu le football féminin, Le Mans est une place forte. Plusieurs internationales sont passées par les rangs des deux clubs phares, Le Mans UC 72 et l’US Le Mans, dont la fusion en 2010/2011 aboutissant à la création du Mans FC n’a pas encore permis de retrouver la gloire d’antan. Le club effectuera son retour en D2 la saison prochaine.

Soyaux approche Laura Bourgouin en 2013 lors de sa remontée en D1 pour assoir l’avenir du club parmi l’élite (crédit photo : Maëlle Fonteneau)

« Je marche à l’affect »

C’est au Mans, lors de la saison 2010/2011, que Laura Bourgouin découvre la première division. Deux ans plus tard, à l’issue de la saison 2012/2013, elle est contactée par Soyaux. Elle a 20 ans à peine. Soyaux remonte en première division, sous la houlette de Corinne Diacre, cherche des talents qui pourront assoir le club dans l’élite.

Prendre la décision de partir. Quitter la ville qui vous a vu naître, les parents, les sœurs, les amis, pour un lieu inconnu, un club étranger. Un autre univers. Seule. Quand on a 20 ans, ce n’est pas une décision légère. Laura Bourgouin est une femme de liens, d’attaches. Les décisions importantes, elle les prend en famille. C’est comme ça qu’elle bâtit sa maturité. En mettant les décisions à distance. Soyaux, lui disent ses parents, ce n’est pas si loin. Et puis, si ça ne marche pas, tu feras autre chose, ce n’est pas grave. Soyaux-Le Mans, trois heures de route. Dès qu’elle peut, la famille descend voir la petite dernière jouer. C’est qu’elle est douée. Sa première année à Soyaux, elle plante huit buts, elle est récompensée en recevant le titre de Révélation de l’année.

Entre Soyaux et Bourgouin, ça accroche. Cela explique la longévité Bourgouin à Soyaux.

« Je marche à l’affect. Si je me sens bien, tout va rouler. J’ai été très sensible à la manière dont le club m’a accueillie. C’est un club très familial, soudé, il y a une bonne ambiance. Les valeurs prônées par Soyaux sont les miennes. Je suis tombée dans un club qui me correspond. Changer de club pour changer de club, je ne vois pas l’intérêt. »

Laura Bourgouin

« Ma carrière est plus derrière moi que devant »

Fidélité, gratitude, pour un club qui lui a permis de faire ce qu’elle souhaitait. Avoir du temps de jeu, bien sûr, mais également une vie personnelle, et un projet professionnel. Elle est aujourd’hui en CAP petite enfance :

« Ma carrière est plus derrière moi que devant. J’ai envie de penser à l’après ».

Laura Bourgouin

C’est le moment, le bon moment, et le bon endroit. Soyaux est un club qui, dès sa création, a encouragé ses joueuses à développer un projet professionnel parallèle car le foot ne dure qu’un temps. Avec la montée en puissance de la première division, les entraînements devenus quotidiens, la signature de contrats fédéraux avec les joueuses, le temps se rétrécit de plus en plus. Les journées sont chargées, plus huit semaines de stage à faire. C’est compliqué. Laura Bourgouin s’accroche, c’est son avenir, et la formation l’intéresse énormément. Pourquoi ?

« J’ai un côté enfant. Quand je me retrouve avec un enfant, je vais jouer avec lui ».

Laura Bourgouin

« J’ai eu du mal à accepter de défendre »

Le football de Laura Bourgouin est léger, fin, jusqu’au boutiste. Le football est une affaire sérieuse. Ce n’est pas un jeu, c’est une passion. C’est elle que toute gardienne va retrouver dans ses pattes pour l’empêcher de dégager, elle qu’une défenseuse va penser tenir et ne tiendra pas, elle qu’une milieue de terrain va voir filer au but.

Lors de la quatrième journée de championnat, Laura Bourgouin inscrit le but du weekend face au FC Fleury 91 (crédit Twitter : @coeursdefoot)

« Je n’ai pas un profil de pure attaquante ». Et pourtant c’est vrai. Sa coéquipière Sarah Combot, oui. Elle aime le but, elle est aspirée par lui, unique obsession. Laura Bourgouin fait partie de celles qui aiment plus la balle que le but, la passe plus que le dernier geste. Un comble pour la meilleure buteuse de Soyaux. Enfant gâtée alors ?

Enfant douée, surdouée. Celle que la pluie, la neige ou le crépuscule ne saurait arracher d’un terrain. Ses plus grosses frustrations sont les matchs où l’équipe est acculée à défendre. Contre Lyon par exemple. Frustration de maigres occasions, frustration de ne pas les bonifier.

Les matchs contre Lyon sont frustrants pour une joueuse comme Laura Bourgouin, du fait de la nécessité de défendre la majeure partie de la rencontre (crédit vidéo : FFF Youtube)

La frustration, cette tempétueuse numéro 17 apprend à la dompter.

« J’ai eu du mal à accepter de défendre. Maintenant je l’accepte plus, il faut en passer par là. L’attaquante est en fait la première défenseure par le pressing. »  

Laura Bourgouin

Il y a quelque chose de barcelonais, nantais, sud-américain chez Laura Bourgouin. Dans sa conception du football. Rien d’autre ne compte que le beau jeu. Et au tableau des idoles, Edinson Cavani. Elégance, vision du jeu, détermination. Le mot poli pour dire que tu laisses tout sur le terrain. Laura Bourgouin est de celles qui ont besoin de sonner la charge dans le camp adverse pour se dire que oui, c’est ça le football.

« On s’est peut-être affolées »

Lorsque le football est une mécanique de haute précision, le regard est sans cesse tourné vers le match, la saison qui suit et la correction des rouages grippés. C’est une logique infernale, qui triture le moindre aspect du jeu pour comprendre où et comment on aurait pu mieux faire. Sixièmes cette saison les Sojaldiciennes ?

Le regard de Laura Bourgouin sur la saison de Soyaux, entre satisfactions et insatisfactions (crédit vidéo : Charente Libre Youtube)

Pour Laura Bourgouin, c’est très bien, cela aurait pu être bien mieux. Soyaux a sorti de grandes et belles performances face à Bordeaux (battus au match aller et retour sur le même score 1-0), Montpellier (1-1 le 29/09/2018, cinquième journée) ou Paris FC (0-0, le 16/03/2019, dix-huitième journée). Mais aussi de décevantes prestations face à des petits poucets en mode survie en D1. Par exemple ce match contre Metz à domicile, perdu trois buts à deux (02/02/2019, seizième journée) ou face à Lille, perdu un but à zéro le 24 avril dernier lors de la vingt-et-unième journée.

Les lacunes de l’équipe, Laura Bourgouin les connaît par cœur : « Ce match contre Metz, on mène 2-1. Quand on marque un but, on a tendance à reculer. On s’est peut-être affolées, on s’est précipitées un peu trop. L’expérience entre en compte aussi ».

Soyaux a perdu des points cette saison face à des équipes inférieures, comme Metz, lors de la seizième journée de championnat (crédit vidéo : FFF Youtube)

Poursuivre sa route dans un championnat post-Coupe du Monde

La saison prochaine, Soyaux poursuivra son chemin dans l’élite du football féminin sous un autre nom : Angoulême. Les deux clubs ont fusionné en janvier dernier. Unique mode de survie dans un championnat où tous les clubs féminins sont désormais adossés à une structure masculine, où les budgets croissent d’année en année.

La saison prochaine, Soyaux sera Angoulême, les deux clubs ont fusionné en janvier 2019 (crédit Twitter : @SarahCambot)

Dans ce championnat post-Coupe du Monde, les Sojaldiciennes se frotteront avec quelques mondialistes, et parmi elles, quelques championnes. Elles retrouveront également Marseille et Reims, deux clubs à l’histoire longue qui cherchent à refermer pour toujours l’humiliante page de la relégation. Il faudra tenir son rang, montrer les crocs plus fort encore, tenir et tenir, se mettre à l’abri de la relégation le plus tôt possible, aller chercher les grosses écuries.

D’autres couleurs sur le dos donc, celles d’Angoulême, mais toujours ce numéro 17 pour Laura Bourgouin. Le 17 pour rappeler le 17 septembre 1992, sa date de naissance. Dans les rangs charentais, les grandes anciennes s’appellent Siga Tandia, Anaïs Dumont. Mais Laura Bourgouin sera un pilier d’équipe avec cette septième saison consécutive en Charente.

On ne jouera plus au stade Léo Lagrange de Soyaux, mais au stade Camille Lebon d’Angoulême. Le week-end, pourtant, parmi les spectateurs, anonyme, Corinne Diacre continuera de suivre les prestations de son club de cœur, celles de Laura Bourgouin aussi et pourquoi pas ouvrir, ne serait-ce qu’une fois, les portes de l’équipe de France. Il y a toujours une place pour les apôtres du beau jeu.