Vers 20h45 hier soir, sur TF1, Corinne Diacre a révélé sa liste des 23 élues pour la Coupe du monde 2019 sur notre sol (7 juin – 7 juillet). 23 joueuses pour composer la meilleure équipe. Il y a celles qu’on pensait voir, et celles qui ont renversé le destin en leur faveur.

La langue de Diacre n’est pas de bois. Elle dit les choses, parfois comprenne qui pourra, mais dans sa tête tout est clair. Pas de mensonge. À l’issue du match contre le Danemark le 8 avril dernier (victoire 4-0), la sélectionneuse des Bleues avait indiqué que les joueuses, « au moins celles sur le terrain » lui avaient donné satisfaction. Il était alors difficile de ne pas voir que ce soir-là, sur le terrain, il y avait Emelyne Laurent (entrée à la 67ème à la place de Delphine Cascarino), il y avait Viviane Asseyi (en remplacement d’Eugénie Le Sommer 57ème). Mais il n’y avait ni Kheira Hamraoui, restée sur le banc, ni Marie-Antoinette Katoto, non sélectionnée.

On sait depuis hier soir qu’après ce France/Danemark, Corinne Diacre tenait ses 23. À l’exception de Kheira Hamraoui, toutes les joueuses sur la feuille de match ont été appelées pour la grande aventure de la Coupe du monde.

Les deux qu’on ne verra pas

Bien sûr, il est facile de refaire l’histoire. Cela dit, pour Hamraoui, ça semblait cuit depuis ce fameux France/Danemark. Diacre lui a offert moins de dix minutes de jeu lors de France/Japon (4 avril, victoire 3-1) et ne cachait pas sa tiédeur vis-à-vis de la Barcelonaise au soir du 8 avril :

« C’est difficile pour Kheira parce qu’elle arrive dans un groupe qui fonctionne bien, ce n’est jamais facile. Et puis le problème c’est que des fois, en voulant faire bien, on passe à côté. On passe à côté où on ne fait pas les choses qu’il faudrait parce qu’on arrive dans une dynamique, on sait qu’on va être épié. Ce n’était pas facile. Rien n’est arrêté. Elle fait partie des interrogations que j’ai… »

Corinne Diacre au sujet de Kheira Hamraoui après le match France/Danemark le 8 avril

Pour l’attaquante parisienne Katoto, rétrospectivement, les signaux étaient aussi au rouge. Envoyée en sélection équipe de France B pour ces fameux matchs contre le Japon et le Danemark, cette non-sélection est la conséquence d’une longue série d’attentes déçues. Le Mondial U20 d’abord : à son sujet, Diacre en avril 2018 disait :

« Elle survole le championnat de France. SI elle brille en Coupe du monde des moins de 20 ans, il est évident qu’elle fera partie des 23 l’an prochain ! »

Corinne Diacre au sujet de Marie-Antoinette Katoto (avril 2018)

Résultat : zéro pointé. Aucun but marqué, lorsqu’Emelyne Laurent, celle que Diacre lui a préféré, en plantait quatre. Katoto, c’est aussi celle que Diacre tance publiquement en conférence de presse le 15 janvier dernier :

« C’était très difficile pour elle ce matin. Je n’ai pas vu grand chose de sa part, sportivement. Il faut qu’elle en fasse plus. Il y a des choses incompréhensibles chez elle. Il faut que j’ai une discussion avec elle. Mais avec ce que j’ai vu ce matin, elle n’est absolument pas prétendante à une place de titulaire samedi. »

Corinne Diacre au sujet de Marie-Antoinette Katoto après un entraînement (janvier 2019)
https://twitter.com/bonnie695/status/1085255468581306368
La sélectionneuse tricolore n’épargne pas Marie-Antoinette Katoto, persuadée que la jeune attaquante parisienne peut donner plus (crédit Twitter : @bonnie695)

Puis les grandes échéances en équipe de France comme en club, où Marie-Antoinette Katoto a été bien trop discrète.

Sa première titularisation en Bleue, ce n’était pas un cadeau. C’était contre l’Allemagne (28 février 2019, défaite 1-0). Inexistante. En Ligue des Championnes, lors du quart de finale face à Chelsea. Transparente. Son talent est indéniable, son potentiel immense, Diacre sait qu’elle prend un risque en sacrifiant la meilleure buteuse de première division (22 buts, en tête devant le Ballon d’Or 2018 Ada Hegerberg et ses 19 réalisations). Si l’aventure Coupe du monde tourne mal, elle se prendra le boomerang Katoto en pleine face.

Celles qui rient

La grande gagnante de ces 23 c’est donc elle. Emelyne Laurent. 20 ans comme Katoto. Trois sélections, dont le fameux France/Danemark où sa prestation avait plu à Corinne Diacre. Peu auraient misé sur la sélection de cette attaquante rapide, brillante à Lyon la saison passée, mais en manque de temps de jeu. Blessure, explosion de Delphine Cascarino sur le flanc droit de l’attaque… Pour la jeune Martiniquaise, il est indispensable de respirer un autre air. Direction Guingamp en janvier 2019. Un prêt de six mois, à sa demande.

En manque de temps de jeu à Lyon, Emelyne Laurent prend la décision de rejoindre Guingamp en janvier dernier. Un choix gagnant ! (crédit Twitter : @coeursdefoot)

Particulièrement douée, Emelyne Laurent. Mais le plus qui permis à la balance de pencher en sa faveur, c’est ce mental, sa lucidité, sa capacité à prendre du recul par rapport à sa carrière, aux événements. Son interview dans le journal L’Equipe dresse le portrait d’une joueuse bosseuse qui acceptera de ne pas jouer, si le système mis en place par la coach exige d’elle qu’elle reste sur le banc. Dans l’esprit de Diacre, Katoto n’offrait peut-être pas les mêmes garanties.

L’autre surprise de la cheffe, c’est la sélection de la joueuse du FC Fleury 91 Maeva Clémaron. Comme Emelyne Laurent, trois capes au compteur, et un premier but, sixième de la rencontre, marqué face à l’Uruguay (victoire 6-0 le 4 mars 2019).

Maéva Clémaron, entrée en cours de jeu, inscrit le sixième but tricolore, son premier en Bleue (crédit vidéo : Youtube FFF)

C’est également un des choix forts de Corinne Diacre qui préfère incorporer à son effectif la milieue de terrain floriacumoise plutôt que l’expérimentée Hamraoui qui sera peut être, au soir du 18 mai, sacrée championne d’Europe avec le FC Barcelone.

Celles qui se sont accrochées

Il y en a qui reviennent de loin, mais qui ont su se surpasser pour se retrouver dans le bon wagon. Valérie Gauvin d’abord. L’attaquante de Montpellier sort d’une saison tortueuse, faite de blessures, de bas et de hauts, à l’image de son équipe, d’une confiance entamée et d’une place qu’elle est allée chercher à l’abnégation. Corinne Diacre est une femme de confiance. C’est à ça qu’elle carbure. Elle l’a donnée sans retenue à Valérie Gauvin, l’a relancée en sélection quand en club, rien ne tournait rond (cinq buts en championnat cette saison). Gauvin est le genre de joueuses qui sait que les nenettes brillantes en attaque sont légions. Elle se bat sans cesse, rate aussi, mais tente encore plus. Et ça fait mouche.

Et puis il y a celle qui a compris le message cinq sur cinq. Viviane Asseyi, l’arme de destruction massive bordelaise. Si les Girondines accrochent la quatrième place du classement c’est en grande partie grâce à l’ancienne Marseillaise, douze buts cette saison, cinquième meilleure buteuse. Asseyi est rapide, technique, mais a connu une petite période de moins bien l’automne dernier. Laisser aller, fatigue, préoccupations personnelles… allez savoir. Il a suffit d’une piqûre de Diacre (non-sélection lors des matchs d’automne face au Cameroun et au Nigéria) pour remettre à Viviane Asseyi la tête à l’endroit. Le travail paie. Asseyi retrouve le chemin des filets en clubs, comme en sélection : elle ouvre le score lors du match contre l’Uruguay. Corinne Diacre lui accorde une mention particulière après sa prestation face au Danemark

« C’est quelqu’un qui a un registre qui peut nous apporter quelque chose. Mais on oublie aussi un peu vite Viviane Asseyi qui était très performante ce soir. Rentrer à la place de Le Sommer n’est pas facile, je peux vous dire qu’elle a très bien rempli son rôle. »

Corinne Diacre au sujet de Viviane Asseyi, après sa prestation face au Danemark (avril dernier)

Celles qu’on attendait

Que Lyon fournisse le gros des bataillons de l’équipe de France ne surprend personne. Sept Fenottes rejoindront donc le groupe de Diacre après la finale de la Ligue des Championnes (18 mai à Budapest). En particulier, Delphine Cascarino. La Lyonnaise a gagné sa place lors de la campagne de matchs amicaux 2019, et ce dès le France/Etats-Unis le 20 janvier dernier :

« J’ai trouvé que Cascarino avait aussi sorti son épingle du jeu dans ce match »  

Corinne Diacre après la prestation de Delphine Cascarino contre les Etats-Unis (janvier 2019)

Depuis Cascarino n’a cessé d’enchaîner les bonnes prestations en équipe de France, s’offrant un doublé face au Danemark. Sa vitesse, sa technique sont éblouissantes, et sa relation technique avec Marion Torrent côté droit fonctionne à merveille.

Depuis janvier 2019, Delphine Cascarino enchaîne les prestations de haut niveau en sélection, allant jusqu’à s’offrir un doublé face au Danemark, vice-championnes d’Europe en titre (crédit vidéo : Youtube FFF)

Les grandes absentes (en plus de Katoto et Hamraoui)

Kenza Dali. La milieue dijonnaise, ancienne lyonnaise et parisienne, avait pourtant fait son grand retour en équipe de France à l’automne 2018 après deux ans d’absence. Les blessures auront compromis la confirmation de son retour au plus haut niveau.

Marie-Laure Délie. L’attaquante a quitté le Paris Saint Germain à l’été 2018 pour rejoindre le FC Metz précisément dans une perspective Coupe du monde. Temps de jeu insuffisant dans le club de la capitale, l’internationale aux 123 sélections a intégré une équipe jeune où son expérience est indispensable mais qui ne suffira peut-être pas à sauver de la relégation. En attaque, la concurrence est rude, et l’explosion de jeunes pousses a tourné Corinne Diacre vers d’autres choix.

Claire Lavogez. Autre profil que celui de la milieue bordelaise, passée par le FC Fleury 91 la saison passée pour retrouver un temps de jeu perdu à l’Olympique Lyonnais. Prometteuse carrière de cette jeune femme qui, à 22 ans comptait déjà 35 sélections, une participation à Coupe du Monde 2015 et la She Believes Cup 2017. À 24 ans, l’avenir footballistique encore devant elle, Claire Lavogez ne semble pas dans les plans de la sélectionneuse tricolore, mais croît encore à sa chance, pour un jour, plus tard.

Dans ce portrait consacré par D1 Le Mag, Claire Lavogez confie son rêve de retourner en équipe de France, elle n’est pour le moment pas dans les plans de Diacre (crédit vidéo : Youtube FFF)

L’autre nom qui vient est celui de Selma Bacha. L’arrière gauche lyonnaise (âgée de 18 ans à peine) s’affirme avec l’OL depuis la saison dernière. Lors de la finale de Ligue des Championnes face à Wolfsburg (25 mai 2018), elle était titulaire. Elle a un pied gauche éblouissant, distribue des délices de centres et de corners, mais elle non plus ne fait pas partie des plans de Diacre. Tant qu’il y aura Amel Majri, pas de Selma Bacha, dit en substance Diacre. Bacha admire Majri sans réserve. Cela rend peut-être le verdict moins amer. Et surtout, côté gauche, la véritable doublure est la Montpelliéraine Sakina Karchaoui.

L’arrière gauche Selma Bacha est déjà championne de France et d’Europe avec Lyon, cela ne suffit pas pour lui ouvrir les portes de l’équipe de France (crédit vidéo : Youtube)

Ce qui est certain

Maintenant qu’on les connaît, ces 23, on le sait. Seules deux d’entre elles évoluent à l’étranger. La défenseuse Aïssatou Tounkara à l’Atletico Madrid, en passe de remporter le championnat espagnol à la barbe du FC Barcelone et la gardienne Pauline Peyraud-Magnin, qui vient d’être sacrée championne d’Angleterre avec Arsenal, aux dépends de Manchester City.

La gardienne numéro 2 des Bleues Pauline Peyraud Magnin est une des rares à évoluer dans un championnat étranger. Elle vient d’être sacrée championne d’Angleterre avec Arsenal (crédit Twitter : @coeursdefoot)

Les 21 autres Bleues jouent là, en France, sous notre nez. Et là où ça devient intéressant, c’est que parmi ces 21 on trouve notre probable onze titulaire. Autrement dit, même s’il est difficile de présager ce que sera l’issue de cette Coupe du Monde comme le mercato estival qui en découlerait, nous aurons peut-être une vingtaine de championnes du monde à aller admirer chaque week-end la saison prochaine. Si les affluences des stades n’augmentent pas… ALLEZ LES BLEUES !