Plusieurs dizaines de membres des « Boixos Nois », un groupe de supporters radicaux du Barça, ont été aperçues par les polices françaises et catalanes lors de la rencontre de mardi soir. Une présence, potentiellement très dangereuse non-désirée par le FC Barcelone, qui va d’ailleurs porter plainte auprès de l’UEFA. 

Mardi soir, l’Olympique Lyonnais recevait le FC Barcelone dans le cadre des huitièmes de finale aller de la Ligue des Champions. Les deux formations se sont quittées sur un match nul (0-0), tout se jouera donc lors du match retour à Barcelone, le 13 mars prochain. Près de 60 000 personnes étaient réunies dans les travées du Groupama Stadium pour suivre une rencontre qui s’est parfaitement déroulée de bout en bout, sans qu’aucun débordement ne soit venu gâcher la fête. Mais cela aurait pu en être autrement avec la présence de supporters aussi virulents dans le parcage visiteur du stade. 

Les Boixos Nois ont mis l’ambiance au Groupama Stadium mardi soir.
(crédit Twitter : @ultrastyle01)

Vous ne pensiez pas qu’un club comme le FC Barcelone pouvait aussi avoir ses supporters radicaux ? Et bien c’est normal. Après tout, les aficionados du club catalan sont réputés comme calmes, peu virulents et ne créant jamais de débordements et de conflits dans les stades où ils passent. Mais cette image pacifique et paisible n’est pas toujours vraie. Focus sur ce groupe de supporters radicaux qui constitue la partie sombre de la afición blaugrana. 

Du pur hooliganisme

Dans le langage courant, les termes « ultra » et « hooligan » sont souvent confondus, et pas à juste titre. Les ultras, ce sont des supporters qui vont manifester leur soutien à leur équipe avec des chants, des banderoles, ou en participant aux déplacements entre autres. Tandis que les hooligans forment des bandes informelles (ce ne sont pas des organisations reconnues par les clubs) qui vont chercher la violence avec leurs homologues des autres clubs ou avec la police pour résumer simplement.

Dans le cas des Boixos Nois (les « garçons fous » en français), il s’agit purement et uniquement de hooliganisme. Il arrive d’ailleurs assez régulièrement qu’ils soient à l’origine de rixes dans les rues avec d’autres hooligans, mais aussi tout simplement avec des personnes qui ne partagent pas les mêmes idées qu’eux. « La violence est un des éléments de cohésion de ce groupe », explique Carles Viñas Gràcia, docteur à l’Université de Barcelone et spécialiste des groupes radicaux catalans.

Néanmoins, il faut tout de même nuancer quelque peu et éviter les amalgames car certains des membres de ce groupe ne partagent pas ces opinions racistes et sont bien moins violents que les Casuals, la section la plus virulente des Boixos Nois

Une idéologie… assez complexe

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Boixosrejettent totalement l’idée d’indépendance de la Catalogne : ce sont des nationalistes espagnols radicaux prônant majoritairement des idées d’extrême droite. Mais leur idéologie a beaucoup changé avec le temps. 

À la création du groupe en 1981, le groupe était composé d’une cinquantaine de personnes qui militaient, à cette époque, pour l’indépendance de la Catalogne, tout le contraire d’aujourd’hui. Ces derniers ont même demandé la démission de Josep Lluís Núñez, président du Barça de l’époque, qu’ils considéraient comme « trop autoritaire ». Quelle ironie…

Dans les années qui ont suivi, le groupe s’est rapproché de la mouvance « skinhead », un mouvement prônant une idéologie nationaliste et suprématiste né dans les années 60 au Royaume-Uni, et qui fut (tristement) à la mode chez les hooligans des clubs anglais dans les années 80. 

Dans les années 90, la section Casuals est créée au sein des Boixos Nois afin d’essayer de se détacher de la mouvance skinhead aux yeux de la police et de passer inaperçu. En quelques années, les membres de cette section prennent le contrôle des Boixos Nois et lui font embrasser la mouvance néonazie. Une idéologie raciste toujours d’actualité aujourd’hui dans le groupe, comme le montre de multiples photos de membres du groupe faisant le salut nazi. 

Les idées néonazies largement présentes chez les Boixos Nois.
(crédit photo : foroparalelo.com)

De sombres affaires

Trafic de drogue, blanchiment d’argent, racket, enlèvements, possession illégale d’armes à feu, violence avec la police… Voici quelques exemples des multiples chefs d’accusation des Boixos. Un « palmarès » digne d’une mafia. 

Mais un membre du groupe a même été inculpé pour meurtre. En effet, un supporter hooligan appartenant à cette organisation a été condamné à vingt-six ans de prison ferme pour le meurtre du français Frédéric Rouquier, un supporter ultra de l’autre club de la ville, l’Espanyol de Barcelone. 

Plus récemment, les Boixos ont été suspectés d’avoir attaqué à l’arme blanche deux supporters du Paris Saint-Germain après le match de poules de Ligue des Champions entre le Barça et le club de la capitale en décembre 2014. Une des deux victimes n’a été que légèrement touchée et a pu rapidement rentrer en France, tandis que la seconde a été transférée d’urgence à l’hôpital avec de multiples blessures graves, sans que son pronostic vital ne soit engagé. Les Boixosn’ont pas été condamné pour cette agression par faute de preuves. 

Même scénario le 19 septembre dernier, lors du match opposant le Barça au PSV Eindhoven en Ligue des Champions, où un supporter de l’équipe néerlandaise a été agressé dans les environs du Camp Nou. Un mois plus tard, ils font encore parler d’eux lors de l’opposition entre le Rayo Vallecano et le FC Barcelone, en déclenchant une rixe qui fera trois blessés avec les supporters du club de Vallecas. Il s’agit du dernier fait d‘arme (dont on ait connaissance) des Boixos Nois, jusqu’à mardi soir. 

On peut rajouter à tout cela le trafic de drogue exercé par les Boixos, qui sont soupçonnés d’avoir monté un réseau de cocaïne qu’ils feraient arriver par le port de Barcelone. Ils sont également accusés d’agression et d’enlèvement de narcotrafiquants. 

Démantèlement par les Motos d’Esquadra d’un des réseaux de drogue des Boixos Nois.
(crédit photo : ECO / Galicia)

Les relations avec la direction

Jusqu’aux années 2000, les Boixos avait une très grande influence au sein du Barça. Ils faisaient régner la terreur et effrayaient même les dirigeants du club, qui leur accordaient de nombreux avantages. Roman Besa, journaliste pour le journal espagnol El País, raconte : « Ils obtenaient des entrées gratuites et disposaient d’avantages lors des déplacements, à condition de soutenir l’équipe et d’intimider la presse la plus critique ». C’est même le président de l’époque, Josep Lluís Núñez, qui a laissé se développer au sein des Boixos Nois la mouvance skinhead, afin de ne pas se mettre le groupe à dos et ainsi protéger ses intérêts politiques. 

En juillet 2000, Núñez démissionne de la présidence du FC Barcelone et Joan Gaspart, celui qui était jusqu’alors son vice-président, le remplace. Ce dernier apporte son soutien au groupe et déclare même ouvertement vouloir les rejoindre à la fin de son mandat. 

Tout fan de football connaît cette histoire, mais il y a fort à parier que peu savent qui en est à l’origine. À l’été 2000, Luis Figo quitte le Barça pour le Real Madrid. Aux yeux des supporters catalans, ce transfert est une véritable trahison de la part du Portugais. En octobre, il effectue son retour au Camp Nou sous ses nouvelles couleurs lors d’un Clásico qui restera gravé dans l’histoire comme « el partido de la vergüenza » (« le match de la honte »). Alors qu’il s’apprêtait à tirer un corner, il reçoit une tête de porc lancée par… les Boixos. Le match est interrompu pendant près de quinze minutes et ce sera le dernier fait d’arme marquant du groupe au Camp Nou

Mais les Boixos se font également tristement remarqués lors de la campagne présidentielle de 2003. En effet, Lluís Bassat, un des candidats à la présidence, est victime de harcèlement tout au long de sa campagne de la part des Boixos, qui profèrent à son encontre des menaces de mort ainsi que d’innombrables insultes antisémites. C’est Joan Laporta, fervent militant en faveur de l’indépendance de la Catalogne, qui remporte les élections avec pour objectif de redonner au club son identité catalane. Il souhaite également embourgeoiser le Camp Nou et se lance donc à la chasse aux supporters radicaux. En seulement deux ans, il parvient à pacifier le stade en excluant l’ensemble des Boixos. Cela lui coûte de multiples menaces de mort et son domicile est même vandalisé. Mais des membres du groupe hooligan sont tout de même parvenus à s’en prendre à lui, en l’agressant alors qu’il sortait de son domicile. Les Boixos ont même mis sa tête à prix en promettant d’offrir de l’argent à quiconque s’en prendrait physiquement à lui. Laporta et sa famille vivront sous protection policière tout au long de ses deux mandats (de 2003 à 2010) à la tête du club.

“Laporta, fils de ****, tu ne nous échapperas pas”, une des nombreuses menaces de mort proférées à l’encontre de Joan Laporta.
(crédit image : Rodolpho Molina).

Leur exclusion du Camp Nou est un grand soulagement pour les supporters et la direction, mais aussi pour les joueurs qui les redoutaient beaucoup.

Selon de nombreux médias espagnols, les deux derniers présidents (Sandro Rosell et Josep María Bartomeu) auraient essayé lors de leur mandat de renouer un dialogue avec les Boixos Nois en vue d’obtenir leur soutien lors des élections. Tentative que les Mossos d’Esquadra, la police catalane, a tout de suite tuer dans l’œuf pour des raisons de sécurité. 

Groupe dilué ou véritable organisation ?

« Nous leur avons interdit d’entrer dans le stade en 2005, mais le groupe existe toujours. Nous avons peu d’influence sur ce qui peut se passer dans la rue ou à l’extérieur de nos installations », explique le FC Barcelone. 

Le ministère de l’Intérieur espagnol estime le nombre d’hooligans à environ 10 000 sur tout le territoire espagnol. Parmi ceux-ci, les Mossos d’Esquadra, jugent qu’entre 400 ou 500 appartiennent, avec plus ou moins de liens, aux Boixos Nois. Selon elle, « environ 40 ou 50 membres se rendent au Camp Nou tous les week-ends, mais ils le font en petits groupes et à titre personnel, c’est pour cela qu’il est très difficile de les identifier et de les contrôler ». D’autre part, les Boixos Nois sont très suivis sur les réseaux sociaux avec plus de 30 000 fans. 

Jour de match !!! La bataille commence… Le Barça ou la mort”, un exemple de publication débordante de passion sur les réseaux sociaux des Boixos Nois.
(crédit instagram : boixosnoisofficialsite)

Mais le FC Barcelone n’est pas le seul club espagnol qui traine son groupe de supporters radicaux comme un boulet. Le Real Madrid a également connu des choses similaires depuis les années 80 avec les UltrasSur qui, comme pour les Boixos, n’ont été délogés du stade que dans les années 2000.

Des membres des Ultras Sur portant le signe distinctif du Ku Klux Klan.
(crédit photo : antifeixistes.org)

Mais à l’heure actuelle, de nombreux observateurs estiment que le club espagnol avec le plus de supporters radicaux est l’Atlético Madrid. En effet, on estime à plus de 2 500 le nombre de membres des Frente Atlético, le groupe hooligan des colchoneros qui, comme les Boixos Nois, véhiculent encore et toujours violence et idées xénophobes. Cela montre bien que, malgré la paisibilité dans les stades espagnols, l’Espagne a elle aussi son lot de supporters radicaux dangereux et (très) difficilement contrôlables. Concernant l’affaire de mardi soir, on attend la suite de l’enquête menée par la FIFA pour en savoir plus, mais il y a fort à parier que le dispositif de sécurité va être davantage renforcé pour le match retour à Barcelone, le 13 mars prochain.

Le cortège des Boixos Nois lors du Clasico d’octobre dernier (crédit vidéo : YouTube Football Fans)

Alors est-ce que les Boixos Nois reviendront ou est-ce qu’ils ne sont jamais partis ? Ce qui est sûr, c’est que leur ombre plane toujours au-dessus de Barcelone, et que leur présence n’a pas fini d’entacher l’image du Barça…