Sept défaites consécutives pour débuter la saison, dont un mémorable 11-0 face à Montpellier le 20 octobre dernier (7ème journée), la glue du bas de classement, incapacité à marquer. Alternance du meilleur et du pire ensuite, novembre euphorique puis décembre noir. 2019 commence par une victoire importante 2-1 face à Guingamp le 12 janvier (15ème journée). Pour la première fois, les Messines quittent la zone rouge. Ont-elles la capacité de se maintenir en D1 ?

« L’objectif, c’est le maintien ». C’est ce que clame Metz à tout bout de champ. Le maintien. Le maintien.

La nouvelle recrue Marie-Laure Delie se permettait, en début de saison, une dose d’optimisme « Le maintien, et pourquoi plus haut, une 5ème place ». L’ex-Parisienne, débarquée à Metz à l’été 2018, a dans le viseur la Coupe du Monde 2019 en France. Au Paris Saint-Germain, la concurrence est devenue trop rude. Marie-Antoinette Katoto explose, meilleure buteuse de D1 avec 17 buts ; Kadidiatou Diani, incontournable, depuis son transfert de Juvisy (devenu Paris FC) en 2017. Delie voulait être mise en lumière dans une équipe qui lui confierait les clés de l’attaque.

Arrivée à l’été 2018 au FC Metz, Marie-Laure Delie a pour objectif de retrouver du temps de jeu en vue de la Coupe du Monde 2019 en France (source : site officiel du FC Metz)

Stratégie gagnante ? À mi-parcours, Marie-Laure Delie et ses coéquipières sont passées par toutes les étapes du purgatoire, la tête plus souvent en bas qu’en haut, mais une dynamique semble s’être créée.

Un effectif taillé « D½ »

Les Messines ne sont pas étrangères à la D1. Depuis 2013, elles yoyotent chaque année entre D1 et D2. Trop fortes pour la D2, trop tendres pour la D1, elles souffrent du syndrome de la demi pointure dont sont atteints ceux qui ne font ni du 40, ni du 41, mais du 40 ½, condamnés à toujours être mal dans leurs baskets.

Les dirigeants messins en sont conscients. En avril 2018, Angélique Roujas, l’adjointe de David Fanzel, l’entraîneur de l’époque, ciblait les faiblesses de l’effectif : avoir une joueuse expérimentée pour chaque ligne. En attaque, Marie-Laure Delie, ses 30 ans, 123 sélections, ses 65 buts sous le maillot bleu. En défense, la doyenne de l’effectif, Simone Gomes Jatoba la Brésilienne, 37 ans.

Angélique Roujas, l’adjointe de l’ancien entraîneur David Fanzel, cible les profils qui permettront au FC Metz de se maintenir en D1 (source : site officiel du FC Metz) 

Le reste. Du tendre, du jeune. Les cadres de l’équipe n’ont pas de réelle expérience de la D1. Tout juste 20 ans, déjà propulsées au front, à ferrailler contre le meilleur du foot : Lyon, Paris Saint-Germain, Montpellier. Les plus aguerries d’entre elles ont pour seul fait d’armes une belle 4ème place lors de la Coupe du Monde des U20 l’été dernier : Amélie Delabre (18 ans), Justine Lerond (18 ans), Pauline Dechilly (20 ans), Christie Gavory (20 ans), Hélène Fercocq (20 ans).

Amélie Delabre, attaquante du FC Metz évoque le début de saison difficile et son beau parcours en Coupe du Monde U20 à l’été 2018 (source : D1 le mag, ép 12 décembre 2018)

Difficile de tenir la baraque quand on connaît l’écart existant entre D2 et D1. Waterloo, morne plaine.

Sept défaites consécutives pour débuter la saison, dont une claque 11-0 face à Montpellier en octobre dernier. Des buts qui tombent comme la pluie au Sahara : un seul, face au PSG, lors de la 6ème journée (13 octobre). Une 11ème place qui leur colle à la peau, avec dans leur sillage, leurs compagnes d’infortune, les Rafettes de Rodez, 12ème, qui collectionnent autant de défaites, pour des raisons autres. Pour des promues, difficile de relever la tête.

La claque et le déclic

Ce 11-0 sur le terrain de Montpellier a laissé des traces. Lourde tâche celle de redonner le cap à une équipe jeune en déroute, fessée par une grande équipe de D1. Chez les hommes comme chez les femmes, le premier ingrédient de la recette est toujours le même : on remercie l’entraîneur, on trouve un autre sauveur.

Manuel Peixoto remplace David Fanzel. Son arrivée marque un nouvel élan. Novembre est le mois de l’embellie. Delie et les siennes semblent guéries de leurs maux : elles enchaînent buts et bons résultats. Les Girondines de Bordeaux sont les premières à se faire attraper, ne pas se méfier de ce petit poucet plein de caractère. Les filles de Peixoto l’emporte 1-0 le 30 octobre, lors du match comptant pour la 1ère journée qui avait été reporté. Le symbole est fort : c’est comme si les Messines avaient commencé la saison par une victoire.

“On a gagné avec nos valeurs, on n’a pas lâché l’affaire” les mots du soulagement de la défenseure Ipek Kaya après cette première victoire tant attendue en championnat contre Bordeaux (source : site officiel du FC Metz) 

Elles enchaînent les bonnes performances sur les 4 matchs suivants : victoire 3-2 face à Rodez (9ème journée), obtiennent un excellent match nul 2-2 face à l’une des équipes en forme le Paris FC (10ème journée) et l’emportent 2-0 face aux Lilloises, qui stagnent comme elles dans les bas fonds du classement. 11èmes mais enfin des points !

Un mois de décembre à oublier : trois défaites consécutives, Dijon (4-1, 12ème journée), Fleury (2-1, 13ème journée) et PSG (7-1, 13ème journée). Côté pile : les Messines commettent encore trop d’erreurs pour inquiéter outre mesure les grosses écuries de D1. Côté face, on prend cette équipe au sérieux, on sait qu’elles ont du talent, de la confiance retrouvée, et quand elles jouent ensemble, ces gamines encadrées par deux sages peuvent étonner.

En 2019, tout est neuf    

Elles ont du caractère c’est indéniable, elles commencent à lutter comme des mortes de faim pour leur survie en D1. Elles l’ont démontré une fois encore lors de la 15ème journée, en battant Guingamp 2-1, après avoir été menées au score et réduite à 10 suite à l’expulsion de leur gardienne le 12 janvier dernier.

La récompense : une 10ème place, obtenue au détriment des Lilloises défaites par le PSG 3-1. Pour la première fois, Delie, Delabre, Fercocq et les autres quittent la zone rouge. 10ème, 13 points, à trois points de Soyaux, 7ème.

Parties pour durer ? Ou parties pour descendre ?

Metz mise sur la jeunesse pour arrêter l’effet yoyo, une jeunesse capable d’apprendre vite. La maturité à marche forcée. Les petites U20 prennent la mesure de la D1 en même temps qu’elles travaillent ou étudient, en économie, en comptabilité et en gestion. Les titulaires Fercocq, Dechilly, Delabre, Gravilly, Lerond et les autres ont un double cerveau foot et non foot, deux hémisphères étroitement connectés, comme l’explique Hélène Fercocq. 

“Le foot a une grande influence sur mes études, et je sais que mes études ont une grande influence sur le foot”, pour Hélène Fercocq, milieue du FC Metz, les études et le sport de haut niveau se nourissent l’un l’autre (source : D1 le mag, ép 7, octobre 2018)

L’autre joueuse à suivre s’appelle Léa Khelifi. C’est elle qui à la 88ème a planté le but de la victoire face à Guingamp. Elle qui compte 4 buts et 4 passes décisives est impliquée dans 50% des buts de son équipe.

Ces armes seront-elles suffisantes pour Metz ? La lutte pour le maintien se jouera yeux dans les yeux avec Lille, et pourquoi pas Dijon, ou Guingamp.

Personne n’est à l’abri. Pas même Soyaux, prochain adversaire des Messines (2 février). Dans le milieu du tableau, c’est sauve qui peut des marécages de la relégation. En deuxième partie de saison, on n’a plus droit à l’erreur. Ces Messines apprennent vite. Si l’objectif Coupe du Monde de Marie-Laure Delie semble difficilement accessible, celui du maintien en D1, avec cette grinta, semble à portée de crampons.