Chassé de Madrid par ses différents entraîneurs, le prodige norvégien s’est exilé tel un Targaryen dans Game of Thrones et compte bien revenir pour conquérir le trône qui lui était promis il y a encore quatre ans. Coup d’œil.

Son nom est connu de tous, sa carrière également. Âgé de seulement 19 ans, Martin Ødegaard a déjà vécu un grand nombre d’aventures au cours de sa carrière. D’abord vénéré comme le futur Cristiano Ronaldo, le Norvégien fut rapidement considéré comme un flop à un âge où la plupart des footballeurs ne sont même pas encore passés pro. Désormais bien loin des projecteurs, le petit prince renaît et est prêt pour conquérir de nouveaux championnats, à Madrid ou ailleurs.

Du « futur Ballon d’Or » au « flop »

L’histoire de Martin Ødegaard est celle d’un jeune homme qui, encore en pleine adolescence, se retrouve sous le feu des projecteurs dans le plus grand club du monde. Les lumières blanches des flashs aveuglent, déstabilisent, et la presse est infâme, sans aucune pitié. Comment grandir sereinement et sans pression lorsque l’on porte les couleurs de son pays à seulement quinze ans ? Qui est le fautif ? Le joueur, ses parents ou le club qui n’accorde aucune importance à la santé physique et morale d’un jeune garçon qui n’a jamais vécu en dehors de sa région natale ? Ces « enfants » passant de jouer avec leurs amis et auprès de leur famille à rejoindre l’un des plus grands et des plus médiatiques clubs du monde. Son sort semblait presque inévitable.

Né le 17 décembre 1998 à Drammen (Norvège), Martin Ødegaard rejoint le Real Madrid en 2015. Son destin aurait pu être tout autre, lui qui avait réalisé des stages avec le Bayern et Manchester United en 2013. Dans la capitale espagnole, il ne parvient pas à se faire une place en équipe première (trois matchs disputés en deux saisons) et évolue ainsi avec la Castilla, où il dispute une soixantaine de matchs sous les ordres d’un certain Zinedine Zidane.

Toutefois, le petit oiseau veut prendre son envol et réclame un prêt pour jouer en équipe première. Ses demandes vont être exaucées et c’est aux Pays-Bas que le jeune Norvégien s’envole, pour Heerenveen puis au Vitesse Arnhem cette saison. Si sa première saison est plutôt mitigée, la seconde est celle de la révélation. Le petit oiseau a quitté son nid de « talents gâché » pour mettre de côté toute la pression qu’il avait dans la capitale madrilène. Désormais loin des projecteurs, Martin Ødegaard vole enfin de ses propres ailes.

Zinédine Zidane / Martin Odegaard, cohabitation impossible ? (Crédit Photo : Maxifoot)

Les raisons d’un premier échec

Rejoindre le Real Madrid si tôt était probablement une erreur de carrière pour l’international norvégien, qui était suivi par de nombreux autres tops clubs européens. Au moment de son arrivée, le règne de la BBC (Bale, Benzema, Cristiano Ronaldo) était à son apogée. Des jeunes comme Isco, Marco Asensio ou Lucas Vasquez étaient en train d’éclore aux yeux du monde et les Madrilènes possédaient incontestablement la meilleure paire dans l’entrejeu avec Toni Kroos et Luka Modric.

La concurrence était rude avec notamment Mateo Kovačić et Casemiro qui bataillait également pour se faire une place. Le jeune natif de Drammen ne pouvait rivaliser et a ainsi été contraint de jouer avec la Castilla, puis de s’exiler pour être dans un environnement plus viable et calme, loin des projecteurs.

« J’espérais avoir une place au Real. Je me suis entraîné tout l’été, j’ai joué quelques minutes… Au final, nous avons décidé que la meilleure option pour moi était de partir en prêt. Mais mon objectif est clair, je veux jouer au Real un jour et je ferais tout pour ! »

Martin Odegaard à Marca en novembre 2018

Le jeune norvégien est pourtant convaincu qu’il a fait le bon choix en rejoignant le Real Madrid si tôt, comme il l’affirmait à la télévision du Vitesse Arnhem en janvier dernier : « C’était la meilleure option. J’étais jeune, je devais jouer et m’entraîner avec les meilleurs joueurs. » S’il a été très rapidement critiqué au Real Madrid, notamment par les différents médias, ses prestations étaient correctes. Il n’a jamais été mauvais, il était simplement un talent parmi tant d’autres.

Environnement toxique

Dès l’arrivée du jeune norvégien à Madrid, à seulement 16 ans, Florentino Perez et le Real Madrid décident d’offrir un contrat de 360 000 euros mensuels à la jeune pépite. Le pari était risqué pour les Merengues et la nouvelle sort dans toute la presse. Dès lors, les moindres faits et gestes de Martin Ødegaard étaient scrutés. L’environnement était incontestablement devenu toxique, invivable. Cela avait irréfutablement des conséquences sur sa santé physique et mentale.

Lors de son arrivée en équipe réserve avec la Castilla, les autres joueurs le laissaient à l’écart car ils éprouvaient de la jalousie vis-à-vis du salaire que recevait l’international norvégien. Délivrant des prestations en demi-teinte, ces derniers le considéraient comme un étranger qui ne connaissait pas le club et qui ne le portait pas dans le cœur contrairement à eux. Cet enchaînement d’erreurs mènera le natif de Drammen à la dérive et ses prestations chutèrent. À partir du moment où il fut rétrogradé avec la Castilla, la réserve passa du podium au ventre mou. Est-ce lié aux performances du Norvégien ? Nul ne le sait, mais c’est bien lui qui enfile le rôle de bouc émissaire.

Finir dans l’équipe de la saison aux Pays-Bas à 19 ans ne semble pas assez bien pour éviter le statut de flop selon certains (Crédit Twitter : Ivan_Belco)

Les journaux de l’Europe entière s’empressent de rabaisser le jeune joueur alors âgé de 17 ans. The Telegraph par exemple avait écrit que ce recrutement était « un gâchis monstrueux » et que ses seuls faits d’armes étaient « un Norvégien de grands talents, mais dans un championnat dont les clubs sont pires que Rochdale ». Le quotidien catalan Sport était quant à lui beaucoup plus trash en 2016 : « Un an après son arrivée, Martin Ødegaard s’est avéré être un désastre ». Fernando Baquero, auteur de cet article, qualifie même cette recrue comme « l’une des plus grosses erreurs du Real Madrid sous Florentino Perez ».

Ainsi, les médias le prirent en chasse et très vite. Des comparaisons entre le néo-Madrilène et le jeune barcelonais Alen Halilović sont apparues. Bon nombre d’entre eux les qualifiaient comme les nouveaux Ronaldo et Messi. En 2017, alors en prêt et âgé de seulement 18 ans, de nombreux médias et amateurs de football le considérait déjà comme un talent gâché, au même rang que les Bojan, Ibrahim Afellay ou autres Freddy Adu.

The King in the North

Prêté au Vitesse Arnhem cette saison, Martin Ødegaard a retrouvé le style de jeu qu’il avait à Stromsgodset. S’illustrant en tant que créateur, notamment grâce à sa technique et sa vision du jeu, l’international norvégien aux seize sélections s’est montré décisif tout au long de la saison. Il a grandement participé à l’épopée du Vitesse Arnhem qui jouera ce soir contre Utrecht la finale des barrages de qualification en Europa League. En trente-sept rencontres toutes compétitions confondues, le numéro 18 du Vitesse a inscrit onze buts et délivré douze passes décisives.

« Martin (Ødegaard) a été l’une des révélations cette saison aux Pays-Bas. Il a fait la différence, a porté son équipe sur ses épaules. Je ne sais pas s’il peut être titulaire à Madrid, mais il mérite au moins qu’on lui accorde une chance. »

Adrian Dalmau, buteur de l’Heracles Almelo et ancien joueur du Real Madrid, dans AS 

Cette saison, Martin Ødegaard a été élu meilleur joueur du Vitesse Arnhem et figure dans l’équipe de la saison. Celui qui est toujours à ce jour le plus jeune joueur norvégien à jouer pour son pays (à 15 ans et 253 jours) est d’ailleurs le seul joueur hors Ajax et PSV à figurer dans ce onze. Tout un symbole.

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Martin Ødegaard a porté son équipe lors des demi-finales retour de barrage d’Europa League mardi soir. Une fin de saison en apothéose (Crédit Twitter : Nordisk Football)

Un style de jeu particulier

Auteur d’une saison remarquable avec le Vitesse Arnhem, Martin Ødegaard a également démontré des qualités sensationnelles pour son âge, de par son style de jeu notamment. Bon offensivement comme défensivement, le milieu de terrain norvégien possède également une intelligence de jeu supérieure aux autres joueurs de son âge. Il parvient régulièrement à se sortir de situation délicate grâce notamment à ses qualités techniques et tactiques. L’une de ses qualités les plus remarquées et appréciée aux Pays-Bas cette saison est son orientation du corps pour éliminer ses adversaires. C’est un joueur très élégant, semblant tout réussir avec une aisance insolente. Le jeune milieu a également progressé dans sa finition qui représentait finalement l’une de ses faiblesses majeures avec la Castilla.

Ødegaard semble donc de plus en plus adepte à prendre sa chance en cours de match. Cette saison, le milieu offensif avait – à l’image d’un Arjen Robben – pour habitude de tenter sa chance à l’extérieur de sa surface en se décalant puis en décochant une frappe pied gauche. Son profil est également similaire à celui de Mesut Özil, même si le Norvégien est plus mobile. À seulement 20 ans, il est le principal artisan de la réussite du Vitesse Arnhem cette saison. Placé sur la liste des indésirables au Real Madrid, bon nombre de clubs devraient se disputer pour s’attacher les services du jeune attaquant.

Il est toujours temps d’entrer dans le Ødegaard FC… (Crédit vidéo : Youtube rom7ooo)

Des recrues toujours plus jeunes

En l’espace de quelques mois, Ødegaard a connu son premier match pro, son premier match européen et sa première sélection, tout cela à quinze ans ! Contrairement à ce que certains peuvent penser, cela est tout sauf une bonne nouvelle. À l’image de Karamoko Dembélé (qui a fait ses débuts avec le Celtic le week-end dernier, à 16 ans), les jeunes sont médiatisés de plus en plus vite. On se retrouve ainsi avec des jeunes joueurs subissant une pression trop importante. Ce fut le cas pour Martin. S’il avait attendu une ou deux saisons avant de quitter son pays natal, la carrière du jeune scandinave n’aurait probablement pas été la même.

« Le Real a mis beaucoup d’argent sur quelque chose qui peut être une totale erreur. Je ne ferai jamais partir l’un de mes joueurs de Norvège à Madrid pour de l’argent, je prendrai le temps. Le déracinement des très bons jeunes est une erreur, c’est une erreur. »

Frédéric Guerra, agent de joueur

Cela peut ainsi nous inquiéter quant au choix du Real Madrid de recruter de très jeunes joueurs tels que les Brésiliens Vinicius Jr et Rodrygo. Si ces deux recrues s’avèrent être des échecs, les conséquences pourraient être plus lourdes. Alors qu’Ødegaard a coûté trois millions d’euros (somme dérisoire pour le club castillan), les deux brésiliens ont coûté un total de… 95 millions d’euros. De nouveaux échecs pourraient ainsi pousser Perez à réfléchir par deux fois avant de dérober des jeunes joueurs qui ont moins de cinquante matchs en professionnel dans les jambes.

La pression que les joueurs subissent au Real Madrid a incontestablement un impact négatif sur la carrière des joueurs. Cet impact est démultiplié dès lors qu’il s’agit d’un jeune joueur peu expérimenté annoncé comme une future star. Le jeune Norvégien conclura ce soir une saison qui – quel que soit le résultat – sera en tout point réussie. Une décision majeure est désormais à prendre pour l’international norvégien. Placé sur la liste des indésirables par Zinédine Zidane, le jeune attaquant est ciblé par l’Ajax Amsterdam mais également le Bayer Leverkusen, qui vient de perdre Julian Brandt.