Mardi matin, la Fédération Espagnole de Football et son entraineur Jorge Vilda ont dévoilé la liste des 23 féminines qui participeront au Mondial en France en juin prochain. Une liste avec des noms évidents, et d’autres moins. 

Après l’Allemagne, l’Angleterre, la France ou encore l’Australie, c’était au tour de l’Espagne de publier sa liste pour le Mondial. L’objectif est clair pour les 23 convoquées : rattraper l’échec de la dernière Coupe du Monde, et se faire une place parmi les plus grandes nations au monde. Après la finale de Ligue des Champions disputée par le FC Barcelone, la péninsule ibérique mène une opération de conquête du football féminin, à un moment crucial où ce sport commence à conquérir le grand public en Espagne. En bref, cette compétition est un tournant pour la Roja. Alors ces 23 joueuses sont-elles les bonnes pour mener à bien cette première mission ? Premier élément de réponse avec une analyse de la liste concoctée par Jorge Vilda. 

Le groupe de mondialistes espagnoles est jeune : 27 ans de moyenne d’âge.
(crédit photo : coeursdefoot.fr)

Faire oublier les derniers échecs

Car oui, la sélection féminine n’a pas connu le même succès que son homologue masculin ces dernières années. 

Lors de la précédente Coupe du Monde, en 2015, les espagnoles n’ont pas passé la phase de poules en terminant à la dernière place de leur groupe. Avec un seul petit point récolté en trois rencontres, le retour au pays fut aussi rapide qu’amer. 

Deux ans plus tard, lors de l’Euro 2017, les ibériques sont cette fois-ci sorties de leur poule en terminant à la seconde place. Néanmoins, elles ont été sorties dès le tour suivant aux tirs au but face à l’Autriche. 

L’échec des féminines espagnoles lors du Mondial 2015 est très certainement du à Ignacio Quereda et sa dictature à la tête de la sélection entre 1988 et 2015… (crédit photo : EFE)

Toutefois, il semblerait que la liste espagnole pour le Mondial 2019 soit assez similaire à celles de 2015 et de 2017… En effet, pas moins de 13 joueuses qui disputeront le Mondial 2019 avec la Roja ont déjà disputé celui de 2015. Un chiffre impressionnant lorsqu’on le compare avec celui de la France, qui n’est que de 9. Les mêmes et on recommence ?

« C’est une liste très polyvalente, avec différents profils pour pouvoir changer de jeu. Nous avons un plan A, un plan B et un plan C. Nous sommes un groupe uni et nous pouvons tenir tête à n’importe qui. »

Jorge Vilda justifie ses choix en conférence de presse.

Le Barça omniprésent

Et pour mener à bien cette première mission en France cet été, le FC Barcelone est largement sollicité. Et c’est le moins que l’on puisse dire : sur les 23 joueuses convoquées, pas moins de 10 évoluent au Barça. Le club catalan est ainsi le club le plus représenté, loin devant l’Atlético Madrid (5), pourtant triple champion d’Espagne en titre

Une présence étonnamment forte, mais qui ne l’est pas tant que ça étant donné que le Barça est composé en grande partie de joueuses ibériques et sort d’une très belle saison, en ayant notamment disputé la finale de la dernière Ligue des Champions. D’autre part, le club blaugrana comptait déjà 9 joueuses dans le groupe qui a participé au Mondial 2015, et autant dans celui qui a pris part à l’Euro 2017. 

Les 20 mondialistes espagnoles qui évoluent au pays ne sont réparties que dans 5 clubs différents : le Barça (10), l’Atlético (5), la Real Sociedad (2), Levante (2) et l’Athletic Bilbao (1).
(crédit photo : laliga.es)

De plus, l’omniprésence d’un club au sein d’une liste est plutôt monnaie courante dans le football féminin. En effet, c’est également le cas pour d’autres sélections, comme notamment la France ou encore l’Allemagne où respectivement Lyon (7) et le Bayern Munich (8) sont largement les plus représentés. Des chiffres qui semblent inimaginables chez les hommes, puisque les sélections qui participent aux grandes compétitions sont très souvent composées de joueurs issus d’une dizaine de clubs différents.

C’est d’ailleurs une des grandes différences entre le football masculin et le football féminin : il est rare que les joueuses s’exportent dans un autre pays que le leur. En effet, la liste de Jorge Vilda comporte seulement trois joueuses qui n’évoluent pas en Espagne : Irene Paredes au PSG, Celia Jiménez au Seattle Reigns et Virginia Torrecilla à Montpellier. Un chiffre très faible qui est courant en Espagne (seulement 4 mondialistes en 2015 jouaient à l’étranger, 3 à l’Euro 2017), mais également dans les autres nations. À titre de comparaison, le groupe français n’est composé que de deux joueuses n’évoluant pas en France : la gardienne Pauline Peyraud-Magnin à Arsenal et Aïssatou Tounkara à l’Atlético Madrid.

Une absence de taille…

« Elle est la meilleure joueuse de l’Atlético Madrid, mais aussi de toute la Liga Iberdrola. La meilleure footballeuse des deux dernières années en Espagne. Il est impossible de trouver la raison de son absence. » 

Le quotidien madrilène MARCA s’insurge face à l’absence d’Ángela Sosa.

La liste des sélectionneurs pour les grandes compétitions est toujours très attendue. Cette dernière est épiée par les journalistes et les observateurs. Et qui dit liste, dit souvent déception. Le sélectionneur ne pouvant prendre qu’une poignée de joueurs, il est dans l’obligation de faire des choix et il arrive quasi systématiquement que l’absence de certains interroge. C’est le cas dans la liste de Jorge Vilda. 

Si la présence de Patri Guijarro, jeune milieu de terrain de 21 ans du FC Barcelone de retour après cinq mois de blessure, a été largement saluée par la presse ibérique, une absence a particulièrement marqué les esprits. 

« Le fait qu’Angela Sosa ne soit pas convoquée pour la Coupe du Monde est inexcusable. La liste perd toute crédibilité. Elle est sûrement la joueuse la plus décisive du championnat. »
(crédit Twitter : @cchantalreyes)

Cette absence, c’est celle d’Ángela Sosa, milieu offensive de l’Atlético Madrid. Brillante balle au pied, la jeune femme de 26 ans est le véritable moteur de la formation colchonera et fut la première artisane du titre de champion d’Espagne décroché il y a quelques jours par son club. Elle a d’ailleurs été élue meilleure joueuse de Liga Iberdrola la saison dernière et est en pole position pour le redevenir cette saison. Une non-sélection qui raisonne comme une hérésie pour les médias espagnols. Et ce ne sont pas ses statistiques de la saison qui les contrediront : 30 matchs, 10 buts et 15 passes décisives. Rien que ça. Un choix des plus surprenants…

D’autres absences posent également question, comme notamment celles d’Esther González (sixième meilleure buteuse de Liga Iberdrola avec l’Atlético), Olga García (un joker que Vilda a toujours utilisé) ou encore Alba Redondo (jeune attaquante d’Albacete qui a empilé les buts cette saison en championnat).

Àngela Sosa est une des joueuses les plus talentueuses au monde.
La Roja parviendra-t-elle à briller sans elle cet été ? (crédit photo : Atlético de Madrid)

Cette semaine, le groupe effectuera sa préparation à Pampelune puis s’envolera ensuite pour Madrid. L’équipe voyagera pour la France le 30 mai, où elle disputera un match amical face au Japon. Son premier rendez-vous en Coupe du Monde aura lieu le 8 juin au Havre face à l’Afrique du Sud. La seconde rencontre se jouera le 12 juin à Valenciennes face à l’Allemagne tandis que le dernier match de la phase de poules sera de nouveau au Havre et les opposera à la Chine le 17 juin.