Encore en D3 lors de la saison 2017/2018, le Real Club Deportivo Mallorca retrouvera la Liga la saison prochaine, six longues années après l’avoir quitté. L’Estadio Son Moix et ses 23.000 spectateurs Bermellones sont de nouveau prêts à rugir.  

Après avoir éliminé Albacete en demi-finale (2-1 score cumulé) et le Deportivo La Corogne de justesse en finale (3-2 score cumulé), Majorque fera son grand retour la saison prochaine sur les pelouses de l’élite. Un come-back tant attendu qui, après des années de galère, va redonner le sourire à tout un peuple mallorquín. Cette renaissance est principalement due à l’arrivée en 2016 d’un actionnaire américain, qui aura fait une petite révolution au sein du club pour lui redonner stabilité et puissance. 

Un club à la trajectoire assez étonnante

Si le RCD Majorque n’est pas aujourd’hui une des écuries les plus florissantes du football espagnol, elle demeure tout de même comme une des plus emblématiques. 

Le club est basé à Palma, qui est la ville principale de l’Île de Majorque, une des cinq îles qui composent l’archipel des Baléares (crédit photo : luxair.lu)

Avant les années 1990, son histoire n’avait rien de très passionnant ni de très glorieux puisque le club oscillait entre la première, la seconde mais aussi la troisième division. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1980, plus précisément lors de la saison 1986/1987, que le club a commencé à émerger, puisqu’il était à deux doigts de se qualifier pour la Coupe de l’UEFA. Mais il est redescendu en D2 la saison suivante et son décollage a donc été retardé.

Ce phénomène d’« ascenso y descenso » (montée et descente  en français, NLDR) est d’ailleurs assez courant et semble même ancré dans les gênes du club majorquin. En effet, ce fut le cas à de multiples reprises depuis les années 1960, comme notamment lors des saisons 1965/1966 et 1969/1970, puisque le club venait d’être promu en première division avant d’être de nouveau rétrogradé dès sa première saison dans l’élite. Et ce même scénario s’est d’ailleurs de nouveau produit lors de la saison 1983/1984. Sans oublier la double montée ces deux dernières années puisque, pour rappel, le club évoluait encore en troisième division espagnole en 2017/2018, mais jouera en Liga la saison prochaine. 

Ces données permettent quelque peu de se donner une idée quant à la situation du RCD Majorque au 20ème siècle. Mais résumer son histoire à ce phénomène d’« ascenseur » serait bien malhonnête puisque, à partir des années 1990, le ciel a commencé à s’éclaircir au-dessus du club Barralets

Comme tout club, le RCD Majorque a lui aussi ses légendes. Parmi elles, la plus célèbre est sans aucun doute Samuel Eto’o, qui a porté le maillot des Bermellones de 2000 à 2004 en inscrivant pas moins de 54 buts (crédit photo : sportpari.cm)

Les premières performances qui resteront gravées dans son histoire commencent dès 1991, puisque Majorque atteint la finale de la Copa del Rey (défaite 1-0 en prolongations face à l’Atlético Madrid). Un premier fait d’armes des plus honorifiques mais, une fois de plus, le RCD Majorque déçoit ensuite et sera reléguée en D2 la saison suivante. Coup dur.

Il faudra attendre la saison 1997/1998 pour revoir Majorque en Liga, et le club n’aura pas fait les choses à moitié pour son retour dans l’élite puisqu’il parvient une nouvelle fois à se hisser jusqu’en finale de la Coupe du Roi, mais perd de nouveau (1-1 score final, 5-4 aux penalties) face au FC Barcelone. Le club termine la saison à une sublime cinquième place en Liga. C’est d’ailleurs lors de cette saison qu’il remporte le premier titre de son histoire, la Supercoupe d’Espagne. 

Lors de la saison 1998/1999, le club continue sur sa lancée et signe certainement la plus belle saison de son histoire en se qualifiant pour la Ligue des Champions et en décrochant la troisième place de la Liga, tout en atteignant en parallèle la finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Une année splendide qui restera à jamais gravée dans son histoire. 

L’International Federation of Football History & Statistics (IFFHS) a désigné le RCD Mallorca comme le huitième meilleur club au monde lors de la saison 1999 (crédit photo : diariodemallorca.es)

Après une décennie 1990 pleine de succès, le RCD Mallorca a démarré celle de 2000 avec non moins de réussite. À cette époque, c’est le mythique technicien espagnol Luis Aragonés qui est à la tête du club. Sous ses ordres, Majorque termine de nouveau à la troisième place de Liga lors de la saison 2000/2001 et se qualifie donc pour la prochaine Ligue des Champions. Toutefois, Aragonés partira à l’issue de la saison pour rejoindre l’Atlético Madrid et le club ne parviendra pas à sortir de sa poule de Ligue des Champions en 2001/2002. La saison suivante, Majorque remporte la Coupe du Roi (3-0 face à Huelva). S’ensuivront quelques années calmes et prospères, avec tout de même de nombreux changements au poste d’entraîneur. 

C’est à partir de 2005 que la situation commence à se dégrader. Au départ, c’est surtout d’un point de vue financier que le club se porte mal, puisque les résultats sportifs sont toujours au rendez-vous : une qualification pour l’Europa League à l’issue de la saison 2007/2008 et une demi-finale de Copa del Rey la saison suivante. C’est véritablement lors de l’été 2009 que la situation s’est largement dégradée : le club ne parvient plus à assumer les salaires de ses employés et de ses joueurs cadres et se retrouve donc dans l’obligation de se séparer de certains. Ce fut notamment le cas pour le portier Miguel Ángel Moyà, le défenseur David Navarro ou encore le milieu Juan Arango. 

Lionel Scaloni, l’actuel sélectionneur de l’Albiceleste, a dû lui aussi être vendu par Majorque lors de ce fameux mercato 2009 (crédit photo : Getty Images)

Malgré ces départs majeurs, le club fait bonne figure et parvient une nouvelle fois à se qualifier pour l’Europa League. Mais c’est à l’issue de cette saison 2009/10 que le coup de grâce est porté : l’UEFA place Majorque sous contrôle judiciaire et lui retire quelques semaines plus tard la licence UEFA, qui est obtenue seulement si le club réunit un certain nombre de critères imposés pour participer aux compétitions interclubs. Dans les années qui suivent, Majorque parvient péniblement à se maintenir en Liga et continue de vendre ses meilleurs éléments lors des mercatos. En 2013, le club est relégué en D2.

Aritz Aduriz (Athletic Bilbao), Borja Valero (Inter Milan) ou encore Mario Suárez (Guizhou HFZC) ont eux aussi dû quitter Majorque lorsque le club a eu ses problèmes financiers… (crédit photo : Montserrat T. Diez)

Fin 2014, le RCD Mallorca change de direction : c’est un de ses actionnaires, l’Allemand Utz Claasen, qui prend les rênes du club afin de lui donner un nouvel élan. Mais la situation sportive ne s’améliore pas pour autant dans la deuxième partie de saison 2014/2015, même chose la saison suivante.

Il va donc falloir trouver une solution au plus vite pour Majorque qui, même avec ce changement de direction, continue d’en pâtir sérieusement sur le plan sportif.

Un nouveau propriétaire au profil surprenant

« L’arrivée de ce nouveau propriétaire est le plus beau cadeau que Majorque puisse avoir. Il a assuré la survie du club et le futur est très excitant ! »

Utz Claasen s’enthousiasme de l’arrivée d’un nouveau propriétaire (El País)

Fin 2011, les dirigeants mallorquín lancent un « appel à l’aide » afin d’éviter la relégation. C’est ainsi que, au début du mois de janvier 2016, la société américaine d’investissement Liga ACQ Legacy Partners entre dans le capital du club à hauteur de 20 millions d’euros et en devient l’actionnaire majoritaire.

Le nom de cette entreprise ne vous dit sûrement rien mais vous allez voir que vous en connaissez bien plus sur elle que vous ne le pensez. En effet, la société est composée de Robert Sarver, un (très) riche homme d’affaires américain, mais aussi deux anciens sportifs de renom : l’ancien tennisman Andy Kohlberg ainsi que Steve Nash, une légende du basket-ball. D’ailleurs, Liga ACQ Legacy Partners est le propriétaire de la franchise NBA des Phoenix Suns. 

Robert Sarver décide de maintenir Utz Claasen au poste de président du club, mais apporte tout de même sa touche en désignant Maheta Molango, un ancien footballeur suisse reconverti aujourd’hui en avocat, en tant que directeur général.

Avant d’arriver à la tête du RCD Mallorca, Robert Sarver et Liga ACQ Legacy Partners avaient tenté d’acquérir Getafe, l’Espanyol Barcelone et Levante. Sans succès. (crédit photo : nba.com)

Même si les finances se portent plutôt bien, les résultats sportifs ne s’améliorent pas et les multiples changements d’entraîneur opérés par Molango n’y font rien : Majorque est relégué en D3 à l’issue d’une désastreuse saison 2016/2017. De ce fait, Robert Sarver et sa société injectent 35 millions d’euros supplémentaires pour éponger les dettes du club.

Toutefois, le club marche véritablement sur la D3 et dominent largement l’ensemble de ses adversaires : une nouvelle fois, le club fait l’ascenseur et retrouve la D2 une saison seulement après l’avoir quitté. Le passage par la D3 semble avoir donné à Majorque une certaine stabilité et ainsi lui permettre de mieux renaitre. Et la saison 2018/2019 est venue confirmer cette impression de puissance et de renouveau puisque le club termine la saison à la cinquième position, une prouesse pour un club fraîchement promu.

L’arrivée des Américains aura donc mis plusieurs mois avant de porter ses fruits, mais force est de constater aujourd’hui que le RCD Mallorca semble lancé et son avenir s’annonce des plus intéressants.

« Nous avons investi dans l’idée de retourner en Liga au plus vite, même si nous savons que l’argent ne garantit pas le succès. Mais nous ne voulons pas seulement investir de l’argent pour le mercato, nous voulons aussi investir dans les infrastructures et améliorer le stade. »

Robert Sarver évoque ses plans pour l’avenir du club (Cadena SER, mars 2016)

Quelle saison 2019/2020 ?

Comme nous l’avons vu, les Bermellones sont arrivés à la cinquième place du championnat de Liga Adelante la saison dernière, ce qui leur a permis de jouer les barrages d’accès à la D1. Des barrages d’ailleurs parfaitement négocié en éliminant Albacete puis le Deportivo la Corogne.

https://www.instagram.com/p/BzEQgBbCXpj/?igshid=kwg6ykd5lmip
« Je suis sans mots ! En première division ! Une émotion incroyable ! ». Né sur l’île de Majorque, le légendaire tennisman Rafael Nadal est un fan du RCD Mallorca. Son oncle a d’ailleurs joué pour le club entre 1986 et 1991 et entre 1999 et 2005 (crédit Instagram : @rafaelnadal)

Même si la saison prochaine s’annonce bien compliquée que les précédentes, le club a clairement sa carte à jouer. L’objectif dans un premier temps étant bien sûr le maintien. Reste à voir désormais le mercato que va réaliser Majorque mais ils nous tardent de voir cette équipe faire son retour sur les pelouses de l’élite, six ans après les avoir quitté. La première recrue phare étant l’attaquant argentin Pablo Chavarría (31 ans) qui a rejoint les Baléares en provenance du Stade de Reims contre 2.5 millions d’euros.