Dimanche dernier, Bas Dost, l’avant-centre néerlandais du Sporting Portugal s’est offert un joli doublé à domicile contre le S.C. Braga (3-0). Au-delà de ses qualités de finition, derrière la réussite du buteur hollandais se cache un club méconnu et qui a pourtant marqué bon nombres de joueurs au début de leurs carrières. Décryptage de l’A.J. Auxerre néerlandais qui, à l’instar du club bourguignon des années 80 à 2000, a été une pépinière de talents offensivifs : le S.C. Heerenveen.

Il a rejoint, en même temps, en tête du classement des buteurs, l’attaquant de Braga et son concurrent direct au titre de meilleur buteur en Liga NOS, Dyego Sousa. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : 77 matchs joués, 75 buts marqués. Non, ce ne sont pas les chiffres des buts marqués par CR7 ou Leo Messi recordman en la matière mais celles d’un autre buteur, injustement reconnu à sa juste valeur : Bas Dost. Si l’attaquant se joue régulièrement des défenses en Liga NOS depuis maintenant trois saisons et est la figure de proue du navire Sporting, il le doit probablement à son passage au sein d’une formation de son pays natal : le Sport Club Heerenveen. Club à dimension familiale, porté vers l’avant et qui peut se prévaloir d’avoir compté des joueurs marquants (des buts) aussi bien en qualité qu’en quantité.

Une culture de buts ancrée au sein du club

Les Pays-Bas ont toujours été une terre d’attraction pour de nombreuses personnes, en raison de la qualité de vie émanant du pays, du tourisme et de la richesse architecturale et culturelle vastes.

Aussi, lorsque l’on parle des Pays-Bas et de football, viennent également à l’esprit les gloires historiques du pays : Johan Cruyff, Marco van Basten, Ruud Gullit ou le football total théorisé par Rinus Michels aussi bien à l’Ajax qu’en sélection nationale. Ainsi que du nombre important de joueurs produits notamment par les trois grands clubs du pays, l’Ajax Amsterdam, le PSV Eindhoven ou le Feyenoord Rotterdam. Ces clubs comptant parmi les plus grands exportateurs de joueurs qui ont essaimé un peu partout en Europe. La formation et l’enseignement du football dans ce pays étant des institutions et l’Ajax, une fois encore, y apparaissant comme le fer de lance de ces pépinières de talents. Le tout pour l’attaque, en somme.

Pourtant, il existe, à l’ombre de ses puissants voisins, un club ne payant pas de mine mais ayant également, au cours des dernières années, eu une influence considérable sur de nombreux joueurs offensifs et buteurs passés via son Académie ou l’équipe première. Si le palmarès de ce club est peu fourni (une Coupe des Pays-Bas en 2009), le Sport Club Heerenveen, fondé en 1920 et situé dans la Province de la Frise, dans le Nord du pays dans une région où l’agriculture est l’activité principale était, jusqu’à cette saison, un modèle de régularité et de stabilité en championnat.

Les “Superfrisons” ont toujours été classés, ces 20 dernières années, entre la quatrième et la douzième place. Ce qui constitue une forme de régularité et une capacité de reconstruction importante pour une équipe voyant sans cesse ses joyaux partir saison après saison. Le travail de l’Académie des jeunes restituant, saison après saison là encore, des joueurs à forts potentiels dans un cheminement connu de tous les clubs avec peu de moyens mais beaucoup d’idées.

Que l’on songe, entre autres, aux passages de joueurs de prestiges internationalement reconnus tels que le danois Jon Dahl Tomasson (entre 1994 et 1997), pilier de sa sélection et futur joueur du Milan A.C. d’Ancelotti. Au Suédois Marcus Allbäck (entre 2000 et 2002), au Grec Georgios Samaras (2002-2006), futur joueur du Celtic Glasgow, à l’Islandais Alfred Finnbogason (2012-2014), ou bien au Brésilien Afonso Alves et ses 7 buts en un match lors de la saison, pour ce qui reste encore le quart de gloire en mondovision de Heerenveen.

En mai 2007, bien avant le PSG ou Benfica, le S.C. Heerenven martyrisait les défenses (Crédit vidéo : youtube)

Mais les joueurs les plus importants passés sous la direction du club sont bien, outre Bas Dost, les deux internationaux néerlandais Ruud Van Nistelrooy (1997-1998) et Klaas-Jan Huntelaar (2004-2006). Eh oui, ces deux joueurs ont eu aussi la particularité de briller à Heerenveen durant une ou deux saisons avant d’aller chez l’un des pontes du pays (P.SV et Ajax) puis de partir chercher gloire et fortune à l’étranger (Manchester pour R.V.N.) et le Real Madrid pour K.J.H.). Tout en ayant apporté à tour de rôle, une plus-value et un sens du but aiguisé.

Van Nistelrooy, Huntelaar, Dost : fils spirituel des attaquants d’Heerenveen

L’Académie des jeunes du club, la “Jeugdopleiding“, littéralement “la formation de la jeunesse” a également formée ces dernières années les milieux marocains Oussama Tannane, ancien de Saint-Etienne, Hakim Ziyech, une des pépites de l’Ajax ou encore le Danois Lasse Schöne, lui aussi à l’Ajax. Des joueurs offensifs ou des buteurs avec des performances statistiques importantes et impressionnantes. Ce qui n’est pas sans rappeler, en France, la similitude avec un autre club formateur et porté sur l’offensif : l’A.J. Auxerre. Et cela tombe bien puisque, à l’instar des Bourguignons, Heerenveen possède également son totem en la personne de Foppe de Haan.

Foppe de Haan, une main de la poche, une poigne de fer. Et si c’était ça, le management moderne ? (Crédit photo : www.ad.nl)

Foppe de Haan, plus qu’un entraîneur : un mentor

Si un club devait être représenté par une personne comme étant le symbole du passé, la justesse du présent et le guide du futur, Foppe de Haan serait le digne héritier de l’homme au bonnet auxerrois, Guy Roux. Presque 20 ans au service du S.C. Heerenveen dans toutes les catégories, une carrière jalonnée à former, polir et mettre en avant la jeunesse en tant qu’entraîneur principal de l’équipe première, responsable de la formation ou en sélections nationales.

Bref, l’homme, qui est accessoirement lié au “Partij van de Arbeid”, le Parti travailliste local tendance centre-gauche, a tout du savant sorcier, patient et pédagogue. Dans un pays où l’approche du football est quasi-scientifique, où l’apprentissage et le passage de relais essentiels (de Michels à Cruyff en passant par Van Gaal ou plus récemment Philip Cocu), Foppe de Haan est représentatif de son club de cœur : modestie, envie d’évoluer, permettre aux joueurs (et jeunes) de s’exprimer dans un championnat où l’attaque prime. Et surtout, une philosophie de vie afin de permettre à un club avec peu de moyens, lui aussi, de se renouveler.

Ce côté paternaliste et professoral, dans le sens de l’apprentissage et de la formation est d’ailleurs reconnu par un des principaux intéressés, Ruud van Nistelrooy, sur le site du club. Haan ayant décelé, avec pédagogie en lui, un buteur-né lors de son passage dans le club.

“Foppe heeft mij gevormd”
“Foppe m’a formé”

Ruud van Nistelrooy sur le site officiel d’Heerenveen, le 10 septembre 2011

La passion d’une vie pour son club de toujours, Heerenveen représente finalement assez bien, dans un monde footballistique encensant régulièrement un joueur ou une équipe pour les critiquer la fois suivante, une philosophie de vie. Et comme le dit le principal intéressé, l’enseignement est essentiel.

“De toute façon, quand on est enseignant, c’est pour la vie. Et coacher, c’est aussi enseigner, d’une certaine manière…”

Foppe de Haan (So Foot)

Et demain, quel avenir pour Heerenveen ?

La situation de clubs tels que Heerenveen est assez difficile à percevoir. Tout d’abord dans la mesure où il existe une certaine dépendance au talent, qui doit lui aussi se renouveler. Lorsque cela n’est plus ou pas possible, l’équipe coince et s’enfonce inexorablement. Ce qui est arrivé notamment pour l’A.J. Auxerre, en France, arrive cette saison pour le club de la Frise englué à la 15ème place de l’Eredivisie, à égalité de points avec le premier barragiste.

La situation est donc assez tendue mais des motifs d’espoirs existent et, fidèle à sa réputation de dénicheur de talents au sein de son Académie, le S.C. Heerenveen peut compter sur Michel Vlap. Milieu de terrain, offensif lui aussi, auteur de 11 buts, et qui sera la principale arme offensive, avec l’attaquant prêté cette saison par le P.SV Sam Lammers (9 buts), pour extirper les hommes de l’entraîneur Jan Olde Riekerink, ancien responsable de la “Jong Ajax”, de la zone rouge.

Michel Vlap, futur grand ? (Crédit vidéo : youtube)

Petite curiosité, même si Heereeveen n’est pas le club le plus visible sur la scène européenne, une statistique intéressante est à mentionner.

Sur les 18 clubs composant le championnat néerlandais, les “Super Frisans” sont cinquièmes dans le nombre de buts marqués, avec un total de 45 buts, à seulement deux petites unités de… Feyenoord, troisième du championnat ! Avec un total de 15 joueurs ayant scoré cette saison, ce qui prouve la capacité offensive toujours intacte du club. Comparé à la France, si d’aventure le S.C. Heerenveen évoluait en Ligue 1, avec le même nombre de buts, le club néerlandais serait… deuxième derrière l’intouchable PSG !

Aller toujours vers l’avant

Si Heerenveen est dans une posture fâcheuse. Gageons que la culture du club fera que celui-ci s’en sortira et pourra continuer à donner et former des joueurs et des hommes de valeurs.

Bas Dost, lui, sera en mission jeudi soir, en Espagne, lors du match retour de Ligue Europa en seizième de finale retour, dans une confrontation mal embarquée pour les Portugais du Sporting. Défaits 1-0 à domicile, ce sera une occasion pour le numéro 28 de Lisbonne de justifier sa réputation de renard des surfaces. Et quelque part, donner un bel exemple à son ancien club engagé dans sa survie dans l’élite.

L’un comme l’autre devant aller de l’avant. Mais n’est-ce pas déjà la raison d’être du football aux Pays-Bas que de continuer à attaquer ?