La relation entre la Premier League et les joueurs français est sûrement la plus belle que le championnat anglais a connu avec un pays étranger. On ne compte plus les légendes de l’hexagone qui ont sillonné les longs et étroits couloirs des stades britanniques.

Un samedi sur deux, The French Threw-In vous présente cette relation unique entre la France et le football britannique dans tous ses aspects. La série vous propose de revenir sur l’histoire de cette relation, sur les hommes forts, les pépites actuelles… L’histoire d’amour entre le joueur français et l’Angleterre s’est même vue par moments plus forte et intense qu’entre le joueur et son propre pays. De Cantona à Giroud, en passant par Knysna et un rapport compliqué avec les médias français, retour sur les joueurs mal aimés en France et adorés en Angleterre.

Eric Cantona, le bad boy de Marseille

La vie d’Eric Cantona, c’est l’histoire d’une carrière semée d’embûches où le “King” peinera à trouver un club fixe en France. L’histoire d’un homme qui aura parcouru le pays de part en part, d’Auxerre à Martigues, de Marseille à Bordeaux, avant de se stabiliser et d’élire domicile à Manchester.

Après avoir fait ses classes à Caillols puis à Auxerre, Cantona intègre l’équipe première auxerroise sous la houlette de Guy Roux. Alors à peine majeur, il contribue fortement à la qualification de son club en Coupe d’Europe lors de la saison 1984/1985. Touché par une infection virale l’année suivante, il n’arrive pas à convaincre Guy Roux qui préfère mettre la future pépite lensoise Roger Boli à sa place. L’entraîneur décide alors de le prêter à Martigues cette saison-là. Lanterne rouge à son arrivée, l’équipe parvient à se maintenir miraculeusement. Mais Cantona commence à montrer certains signes d’indiscipline avec deux cartons rouges écopés en 15 matchs.

À son retour à Auxerre, Guy Roux fait de Cantona un titulaire indiscutable et le joueur enchaîne les bonnes performances, avec 13 buts marqués lors de la saison 1986/1987. Il fait alors ses premières apparitions avec le maillot des bleus. Mais son tempérament violent se fait de plus en plus remarquer. En 1988, il prend trois matchs de suspension pour avoir taclé les deux pieds décollés le joueur arménien – aujourd’hui entraîneur de Montpellier – Michel der Zakarian lors d’un match contre Nantes.

Le tacle avec les deux pieds décollés de Cantona sur Der Zakarian (Crédit vidéo : Youtube Classic Football)

Cantona va ensuite enchaîner des courts passages de 1988 à 1991 avec Marseille (43 matchs pour 14 buts), Bordeaux (12 matchs), Montpellier (39 matchs pour 14 buts) et finalement Nîmes (19 matchs). C’est lors de cette période qu’il va connaître ses premiers coups de sang. En 1988, il traite le sélectionneur Henri Michel de “sac à merde” car celui-ci ne l’avait pas retenu pour jouer contre la Tchécoslovaquie. En 1989, lors d’un match amical avec Marseille, il jette son maillot par terre, mécontent d’avoir été remplacé. À Montpellier, il se bagarre avec son coéquipier Jean-Claude Lemoult. À Nîmes, il jette un ballon sur un arbitre, traitant peu après la commission de discipline d'”idiots”. À la suite du dernier incident, il déclare vouloir arrêter sa carrière, à 25 ans seulement.

Si le caractère bien trempé et les nombreux coups d’éclats de Cantona ont contribué à ternir son image en France, l’attaquant français va littéralement exploser en Angleterre.

En 1992, lors de sa seconde saison en Angleterre, il contribue à la victoire de Leeds United au championnat anglais. L’année suivante, il s’envole chez l’ennemi à Manchester United et devient très rapidement une véritable légende des Red Devils. Le club remporte la Premier League en 1993 et Cantona devient le premier joueur de l’histoire du championnat à le remporter deux fois d’affilée avec deux clubs différents. Troisième du Ballon d’or en 1993, il s’impose comme une véritable idole à Manchester United.

Eric Cantona impressionne l’Angleterre entière par son jeu technique, ses accélérations, sa vision du jeu exceptionnelle lui permettant d’offrir beaucoup de caviars, ses frappes explosives et sa rage de vaincre sans pareil. Enchaînant des saisons de haute volée, le “King” devient capitaine de l’équipe de France de Gérard Houllier mais se fait rapidement rattraper par les problèmes. Le 25 janvier 1995, lors d’un match contre Crystal Palace, il assène un coup de pied acrobatique à un supporter qui lui avait proféré des insultes racistes. Condamné à deux semaines de prison ferme, il dit adieu à l’équipe de France, Aimé Jacquet ne l’appellera plus par la suite.

Le légendaire coup de pied “kung fu” de Cantona (Crédit vidéo : Youtube Ryan C)

Intégré par Pelé dans la liste FIFA 100, Cantona est élu meilleur joueur du siècle par les supporters de Manchester United en 2001. En 2005, lors d’un sondage réalisé par l’ancien sponsor du championnat Barclays, il est élu meilleur joueur de l’histoire de la Premier League. Idole à Manchester, il aura gêné les Français par son tempérament violent, les scandales récurrents et n’aura pas réussi à devenir une légende de l’équipe de France. Paradoxal mais incroyable.

Entre polémique et scandales

En 2010, l’équipe de France est marqué par le plus grand fiasco de son histoire, celui de Knysna, lors de la piteuse Coupe du Monde en Afrique du Sud. Et les protagonistes sont des joueurs du championnat anglais.

Le premier scandale survient avec Nicolas Anelka, alors joueur de Chelsea. Ses prétendus propos, adressés à Raymond Domenech lors de la mi-temps contre l’Uruguay (0-0) alimenteront toutes les unes des journaux français. De son côté, le capitaine de Manchester United Patrice Evra aura une altercation avec le préparateur physique Robert Duverne.

Si la carrière de Nicolas Anelka avec les Bleus se finit très mal en 2010, si sa réputation s’est ternie avec le fiasco de Knysna, l’attaquant français reste très respecté en Angleterre. Portant tout au long de sa carrière le maillot d’Arsenal, Liverpool, Manchester City, Bolton Wanderers et finalement Chelsea, il aura marqué la Premier League pendant 10 ans par son efficacité devant le but, sa justesse technique et son positionnement sur le terrain.

Nicolas Anelka, le phœnix qui ne se relevera pas de Knysna 2010 (crédit photo : Foot Mercato)

Evra, lui, est devenu une véritable idole des Red Devils au même titre qu’Eric Cantona. C’est avec ce club qu’il a garni sa galerie de trophées, avec une Ligue des Champions remportée en 2008 et cinq Premier League raflées pour 379 matchs sous les couleurs de Manchester United. Un club auquel il reste fidèle jusqu’au bout, quitte à créer une polémique après la victoire de Manchester United contre le PSG il y a plus d’un mois. Mais la mauvaise réputation de Patrice Evra avait déjà était renforcée par son coup de pied à l’encontre d’un supporter marseillais.

Patrice Evra et Manchester United, une histoire d’amour unique (Crédit Photo : The Belfast Telegraph)

Samir Nasri, qui n’est pas du voyage en Afrique du Sud en 2010, s’est également attiré les foudres de la presse et des supporters français. Pas franchement le meilleur ami de Noël le Graët et de Raymond Domenech, le jeune prodige de Marseille s’est vu coller sur le front l’image d’un voyou sanguin aux propos cinglants, en témoigne cette phrase adressée à un journaliste de l’AFP : « Va te faire enculer, va niquer ta mère, sale fils de pute. Va te faire enculer, comme ça tu pourras dire que je suis mal élevé ». Il n’en reste pas moins qu’il a ébloui la Premier League par ses passages à Arsenal et Manchester City, par ses gestes techniques, sa précision en tant que passeur. Il est aujourd’hui revenu dans le championnat anglais sous le maillot de West Ham.

Déception et frustration

D’autres joueurs sont devenus mal-aimés sans pour autant se montrer provocants ou faire des coups d’éclat, mais seulement en décevant les supporters français ou en étant snobé par l’équipe de France.

Olivier Giroud est le symbole parfait de ces joueurs mal-aimés en France mais très respectés outre-Manche, lui qui a délivré une passe décisive et un but contre le Slavia Prague le 18 avril dernier fait le bonheur des Blues par sa régularité en tant que buteur. Il a laissé une très bonne image à Arsenal et est considéré comme un remplaçant parfait à Chelsea.

D’autres sont tout simplement oubliés par Didier Deschamps, malgré des prestations très satisfaisantes dans des grands clubs. Aymeric Laporte, titulaire à Manchester City, n’a toujours pas joué chez les Bleus à bientôt 25 ans. Alexandre Lacazette est à seulement 16 sélections à 27 ans. Il n’était pas du voyage en Russie malgré une très bonne saison à Arsenal couronnée par 14 buts. Auteur d’un coup franc d’anthologie face à Naples jeudi dernier, le quatrième meilleur buteur de l’histoire de l’OL n’a plus joué avec les Bleus depuis le 14 novembre 2017.

Lacazette et Laporte, deux grands talents boudés par l’équipe de France (Crédit Photo : besoccer)

Les exemples de joueurs ayant mieux réussi à se faire aimer par le public en Angleterre qu’en France sont nombreux. Bien qu’ils ne soient pas reconnus en France, ils acquièrent un statut de légende, d’idole outre-Manche. L’Angleterre est finalement ce pays où les “bad boys” sont très appréciés, où les joueurs français ont plus la possibilité de s’épanouir vraiment avec leur personnalité. Un paradoxe logique.