Vent de fraîcheur en Turquie cette saison avec le retour au premier temps du club de la Mer Noire, Trabzonspor. Une équipe fleurant bon la jeunesse et qui représente un large pan de l’histoire du football turc. Une région qui respire le football et alimente la passion.

En cette semaine de Ligue des Champions qui aura vu l’Ajax d’Amsterdam et le FC Barcelone prendre de bonnes options pour la finale, les championnats vont reprendre leurs droits. En Turquie, cette saison, la bonne forme de Trabzonspor s’inscrit dans un contexte de renaissance et avec une jeunesse dorée.

L’équipe de Trabzonspor : souriez, vous êtes filmés (Crédit photo : Habertürk)

Trabzonspor, un contexte turc

Le numéro 4 est Turc, son prénom est Hüseyin. Le numéro 5 est Iranien, son nom de famille Hosseini (Crédit photo : Habertürk)

L’histoire de Trabzonspor s’inscrit dans la culture footballistique turque des années 70, à une époque que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Une période où le championnat national se jouait uniquement à Istanbul. Trois clubs se disputant le titre avec férocité tout en laissant des miettes aux autres.

Ces années-là étaient également l’époque où les clubs dits « d’Anatolie » ne pouvaient rivaliser avec les ogres stambouliotes. Dans un pays où le centralisme prenait le pas sur le régionalisme local, difficile de se faire une place. Derrière les Galatasaray, Beşiktaş ou Fenerbahçe, la logique était souvent la même.

L’équipe de Trabzonspor, championne lors de la saison 1975/1976, avec un indice : l’homme avec les couleurs de l’Australie est connu (Crédit photo : Trabzonspor)

Dans cette perspective bouchée et sans avenir pour les autres équipes, peu de personnes auraient pensé pouvoir changer les choses. Pourtant, le miracle eu lieu avec l’apparition au premier plan d’un club située sur les bords de la Mer Noire. Avec une équipe de joueurs composée par des jeunes issus du centre de formation.

La formation, une nécessité

Lorsque l’on parle de formation, deux états de fait peuvent apparaître au grand jour. Soit le club se doit de faire place à la jeunesse pour des questions de coûts et de budget. Dans cette optique les exemples de l’AJ Auxerre ou du FC Nantes des années 90 sont les plus évocateurs. Cette nécessité économique devenant plus un impératif qu’une volonté pour certains.

Soit la formation est inscrite dans l’ADN du club et permet à celui-ci de régénérer ses équipes chaque saison. À l’instar de l’Ajax Amsterdam ou du Barça, capables d’injecter du sang neuf et des joueurs connaissant la culture locale. Trabzonspor s’inscrit raisonnablement dans ces deux catégories et s’est spécialisé dans la formation de pépites locales depuis 45 ans, avec une réussite certaine.

L’hymne du champion, en version originale “Huy Huy Huy Uşaklar” (Crédit vidéo : Youtube – Yavuz Kaynar)

Aucun habitant de Trabzon ne peut oublier l’ailier Ali Kemal Denizci, le regretté défenseur Cemil Usta ou l’attaquant Necmi Perekli. Ces joueurs, encadrés par le gardien international et actuel entraîneur de Beşiktaş, Şenol Güneş. Au bout pour Trabzonspor, le premier titre obtenu en 1976 par un club hors d’Istanbul. Pour finalement, en l’espace de neuf saisons, remporter pas moins de six titres nationaux (1984).

Trabzonspor, une équipe nationale

Jusqu’aux années 90, Trabzonspor était le club turc de référence aussi bien dans le championnat qu’en équipe nationale. Capable de fournir des sélectionnés et de lutter d’égal à égal contre les Galatasaray, Beşiktaş ou Fenerbahçe sans complexe. Tout en formant des joueurs et les transférant chez les gros du côté du Bosphore. Comme une revanche et une sorte de défi permanent à l’ordre établi.

Une sacré performance puisque certains joueurs ont participé au renouveau turc au début des années 2000, avec des joueurs de premiers plans tels que le milieu à tout faire Ogün Temizkanoğlu, l’arrière gauche Abdullah Ercan. Sans oublier l’attaquant à la frappe de mule, ancien de Schalke 04, Hami Mandıralı.

Avant Roberto Carlos, il y avait Hami Mandıralı de Trabzonspor (Crédit vidéo : Youtube – For Ever)

2011, la blessure vivace

Par la suite, comme tous les clubs grandissant trop vite, Trabzonspor est quelque peu rentré dans le rang. En raison de choix sportifs discutables entre valse des entraîneurs ou joueurs ne correspondant pas à la culture locale. Avec en point d’orgue la saison 2010/2011 qui reste une flétrissure pour le peuple de la Mer Noire.

Même aujourd’hui, presque dix ans plus tard, le scandale de la corruption du championnat est ancrée dans toutes les mémoires. Malgré les demandes répétées du club pour tenter de récupérer le titre des mains de Fenerbahçe. Dans une sombre histoire dont les tenants et aboutissants ne sont toujours pas définis aujourd’hui.

Depuis lors, les matchs entre Fenerbahçe et Trabzonspor donnent souvent lieu, malheureusement, à des affrontements violents. Y compris sur le terrain, nuisant à l’image de marque des deux clubs et du football turc. Une bien triste affaire qui aura considérablement nui à toutes les parties.

Derrière les nuages, la résurrection…

Pourtant, malgré toutes les avanies subies et les récurrents problèmes financiers, le club semble renaître. Depuis quelques saisons, en revenant à ses fondamentaux et sa culture de la formation. Mais aussi à travers ses jeunes locaux nourris à l’histoire locale et aux particularités d’une ville qui respire le foot, aussi bien pour le meilleur que pour le pire.

Parmi ces jeunes loups, citons le gaucher Yusuf Yazıcı, devenu capitaine du club à seulement 22 ans cette saison. Les deux Abdülkadir de 19 et 24 ans. Respectivement, Ömür le Messi local, gaucher lui aussi ou encore Parmak (24 ans), la nouvelle révélation du club. Sans compter le gardien digne héritier de Şenol Günes, Uğurcan Çakır (23 ans) et le défenseur central Hüseyin Türkmen.

Yusuf et Abdülkadir en mode West Coast (Crédit photo : Fotomaç)

Des joueurs étrangers aussi comme l’Iranien Majid Hosseini qui ont pu éclore grâce à l’excellent travail de l’entraîneur, Ünal Karaman. Ce dernier, ancien capitaine du club dans les années 90 à l’époque où Şenol Günes entraînait cette fois Trabzonspor. Grâce auquel, avec des choix forts, le club a pu se refaire une santé en tranchant dans le vif.

Karaman, le héros fort

Karaman signifie en turc « courage » et il en a fallu énormément au technicien cette saison. Entre une équipe talentueuse, courageuse mais limitée en nombre et des querelles intestines. Notamment avec l’ancien capitaine du club, le gardien Onur Kıvrak et le buteur Burak Yılmaz. Accusés pour Kıvrak d’être le « responsable » d’une lourde défaite face à Malatyaspor par 5 buts 0.

« Trabzonspor vit sa meilleure saison avec le technicien Ünal Karaman à sa tête depuis les 8 dernières saisons. Lors de la fameuse saison 2010/2011, au bout de la 30ème journée, l’équipe avait 70 points. Cette saison avec 53 points, c’est le deuxième meilleur score depuis lors ».

Trabzonspor réussit une performance de choix cette saison (Hürriyet)

Des accusations durant un match où il ne fut pas exempt de reproches avec pour résultat de ternir son aura au club, jusqu’à la fin de sa carrière en début d’année. Pour Yılmaz, la donne fut autre puisque l’avant-centre se plaignait de salaires non versés et fut bradé à Beşiktaş cet hiver. Un club entraîné par… Şenol Güneş. Tous les chemins menant vers le soleil. Güneş voulant dire soleil dans la langue de Tarkan.

Ünal Karaman, ancien joueur du club et désormais entraîneur de Trabzonspor (Crédit photo : Hürriyet)

Dans ces conditions, le mérite de Karaman fut grand. Son caractère posé dans un environnement instable ayant permis l’émergence des jeunes pousses. Ce qui leur sera grandement utile la saison prochaine si d’aventure l’équipe reste en place.

Un avenir radieux et national

C’est un fait, l’équipe de Trabzonspor est revenue de loin et toute une région recommence à croire dans le club. Lors de la 30ème journée de championnat face à Fenerbahçe, les « bleus-bordeaux » ont tenu tête à Istanbul à leur adversaire. Le onze de départ comportait cinq joueurs turcs, une statistique rarissime en Süper Lig cette saison.

Cinq joueurs du cru donc formés au club et qui représentent l’avenir de Trabzonspor et du Milli Takım. Dans un championnat où les nationaux ont du mal à se trouver une place, ce chiffre est une prouesse. L’équipe de Trabzon a également la possibilité, l’an prochain, de se mêler à la course au titre.

Trabzonspor en action à Fenerbahçe (Crédit vidéo : Youtube – Yusuf Çelik)

Entre la mauvaise saison de Fenerbahçe, l’âge avancé des effectifs de Basaksehir, Besiktas ou Galatasaray, une place est à prendre. En allant au-delà de cette actuelle quatrième place afin de retrouver sa grandeur passée. Pour (re)montrer enfin à toute la Turquie que la tempête venue de Mer Noire n’est pas prête de s’arrêter.